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La voici dame du palais de la reine, précédée de deux petits pages. Sa toilette à grands paniers est enguirlandee.de volants et de fleurs, sa coitTure est ornée de plumes et de pierreries, son cou ruisselle de diamants. Elle n'est guère moins élégante à l'Opéra, lorsqu'elle reçoit au seuil de sa loge les Adieux d'un jeune ollicier, qLii s'incline profondément pour lui baiser la main.
Après la femme du grand monde entrevue dans les artifices de sa
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coquetterie ou l'éblouissement de ses parures, voici l'homme de cour non moins soucieux de sa personne. Entouré, dès son petit lever, d'une domesticité attentive, il badine avec une marchande de gants; pendant
ce temps un valet de chambre lui passe ses bas, son maître d'hôtel lui présente son déjeuner, un petit abbé, son secrétaire, attend les ordres pour commencer la correspondance. Nous le revoyons à sa petite toilette enveloppé d'un peignoir, confiant sa tète à deux valets ; devant lui
sont épars des fers à friser et des boites à poudre; un tailleur aidé de son apprenti étale aux yeux de monseigneur Thabit à la dernière mode qu'il doit revêtir ce jour-là. Plus loin, dans sa grande toilette, il s'attache quelques fleurs à la boutonnière et reçoit les hommages d'un jeune auteur qui vient lui faire sa cour et lui offrir sa dernière œuvre.
Après les soucis de l'élégance, les exercices physiques absorbent une partie de son temps. Le voici aux courses, il est lui-même à cheval, causant avec un cavalier qui vient de mettre pied à terre. On aperçoit au loin une tribune et des chevaux lancés ventre à t-erre. Autre passe-temps dans la Chasse à l'arc ou le Pari gagné, lorsqu'il montre, à deux jeunes femmes appuyées à une fenêtre, l'oiseau atteint par une de ses flèches.
Dans les estampes intitulées : la Loge à l'Opéra, le Souper fin. Oui ou non, nous retrouvons retracées quelques circonstances de sa vie de garçon, circonstances qui conduisent à son mariage.
En effet, dans la Sortie de V Opéra, il descend l'escalier du théâtre avec une jeune femme portant encore la blanche parure des nouvelles mariées.
Enfin, deux scènes à demi champêtres : la Partie de whist ou la Soirée de château et le Seigneur che\ son fermier, nous montrent le petit maître dans ses terres en compagnie de ses voisins ou de ses tenanciers.
Bien que cette énumération puisse paraître fastidieuse et certains détails puérils, chacune des estampes mérite une mention spéciale. Si les sujets ainsi expliqués semblent dépourvus d'intérêt, un tout autre sentiment résulte de leur examen. Moreau le Jeune a appliqué à un milieu tout dilférent la sincérité de Chardin; avec des moyens d'expression non moins divers, il a dépeint l'existence brillante des gens de qualité, comme l'honnête peintre de la bourgeoisie avait saisi, quarante ans plus tôt, l'aspect patriarcal du foyer domestique, les occupations et les joies paisibles des intérieurs modestes.
Les détracteurs du xviu' siècle ont classé Moreau le Jeune au nombre ï des plus habiles pour habiller et faire marcher la poupée de 1780 et tant ». En employant des termes moins dédaigneux, reconnaissons que ce don d'exprimer la grâce féminine n'est pas son moindre ni son unique mérite. Le goût français, l'arbitre du bon ton dans toute l'Europe, revit dans le Monument du Costume, sous son aspect le plus caractéristique et le plus délicat.
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Cotait l'époque où la noblesse du sang coudoyait dans les salons l'aristocratie du talent; aussi la politesse n'avait jamais été plus exquise, la conversation plus brillante, le scepticisme plus spirituel. Le charme de cette société si peu sévère qui, au milieu de ses dérèglements, garda toujours le culte des choses de l'esprit et de l'art, revit en celte suite d'estampes. En les feuilletant, on s'explique plus aisément ce mot de Talleyrand : « Qui n'a pas vécu dans les années voisines de 1789 ne sait pas ce que c'est que le plaisir de vivre. »
S'il a excellé à dessiner les personnages principaux, Moreau ne s'est pas montré moins habile pour grouper autour d'eux les silhouettes épisodiques ; petits abbés, solliciteurs ou courtisans, filles de chambre et laquais, ouvreuses ou marchandes à la toilette, gens subalternes qui, par leur habileté à ourdir des intrigues, tiennent tant de place dans la comédie humaine, sont esquissés par un subtil observateur, du trait le plus sûr et le plus fin.
En outre, le cadre s'harmonise à merveille avec les figures qu'il renferme. En s'occupant des acteurs, Moreau apporte le même soin aux décors dont il les environne. Non seulement, les modes sont reproduites dans leurs moindres particularités avec une exactitude qui satisferait le costumier le plus méticuleux, mais les détails des appartements et du mobilier sont notés avec une incroyable précision. Paravents et guéridons, consoles supportant des vases de fleurs, ornements de lambris et draperies des tentures, mille objets d'agrément ou d'utilité forment un ensemble à souhait pour ravir les futurs archéologues.
En faisant oeuvre d'analyste aussi scrupuleux, Moreau semble avoir prévu l'aveuglement de la génération prochaine ; son Monument du costume demeure le plus éloquent des témoignages en faveur de l'art Louis XVI.
Les graveurs ont fort bien rempli leur tâche en conservant aux estampes l'aspect blond et léger des modèles primitifs. Les études partielles, qu'on croit avoir été faites d'après la femme de l'artiste, comptent parmi ses plus charmants dessins. Deux d'entre ces études exécutées aux trois crayons font partie de la collection Roederer, à Reims. Les compositions définitives étaient lavées au bistre, tels le Lever et Oui ou non, dont M. Edmond de Rothschild est l'heureux possesseur.