CHAPITRE II
L'atelier Je Le Bas. — Les débuts de Moreau. — La revue de la maison du roi à la plaine des Sablons. — Un recueil de croquis de l'artiste.
On piochait ferme le cuivre dans l'atelier de Jacques-Philippe Le Bas.
Mais les rapports existant entre les disciples et le maître, dont l'entrain égalait le désintéressement, étaient marqués de la plus sincère cordialité.
Parmi les camarades de Moreau, un certain nombre d'externes ou de pensionnaires, venus d'un peu partout, étaient gratuitement instruits et l'.ébernés.
Toutefois, lu tranche gaieté du célèbre graveur ne diminuait en rien son ascendant sur l'esprit de ses élèves. « Il avait une manière de les reprendre qui lui était particulière. Un mot, un seul de ses gestes, était plus expressif que les dissertations les plus savantes et les démonstrations de la plupart de ceux qui se mêlent d'enseigner. Le^ persiflage était l'arme a plus acérée dont il se servait pour aiguillonner ceux qui marchaient plus lentement que les autres'. » Lorsqu'un élève lui apportait avec assurance quelque insuf-
I . Notice sur Le Bas rédigée par Joullain ^t insére'e en tête de l'œuvre du graveur, au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale.
lisante besogne, Le Bas l'accueillait en lui disant : « Vous méritez
bien que je vous embrasse n. et l'ironique accolade i.-nii<;n!t plus
PO HT II AIT PRESUME Dl) LE BAS.
de confusion au présomptueux que les plus sévères remontrances. Un tel maitre ne revit-il point tout entier dans le spirituel croquis
LES MOREAU i5
que nous eu a laissé Moreau ? Il l'a représenté assis, une main appuyée sur une longue canne, le torse et la tète rejetés en arrière, la lèvre légèrement proéminente prête à laisser échapper quelque saillie inattendue ou quelque brusque repartie.
L'excellent homme qui devait, jusqu'à sa dernière heure, se préoc-
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cuper du sort d'autiui et recommander au prêtre, appelé pour l'assister à son lit de moi t, un jeune graveur peu l'ortuné, ne se départit point envers Moreuu Je sa sollicitude accoutumée. De plus, son e.xpérience d'éducateur devinant en lui un talent qui sommeillait encore, il lui assura les moyens de se perfectionner dans les arts du dessin et de la composition. Chaque samedi, l'élève recevait le travail qu'il devait exécuter le
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dimanche, travail assez rémunéré pour lui permettre de consacrer le reste
de la semaine à ses études personnelles.
De cette façon, il collabora de bonne heure à l'ouvrage du comte de Caylus sur les antiquités grecques et romaines, s'essayant en outre à animer de minuscules figures de son invention, déjà assez élégantes,
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cert;,ines planches d'architecture, projet d'une place pour le roi, projet d'un temple des arts, d'un arc de trioinphe, de machines pour transporter la statue de Louis XV, coupe et élévation du Vauxhall.
La première eau-forte signée de Morcau porte le millésime de 1761. Cette très petite pièce, non encore dépourvue de gaucherie et de timidité, représente une sainte Trinité sur des nuages, dominant une réunion de fidèles en costume Louis XV dans l'attitude de la prière. 11 grave à cette même date, d'après Gravelot, la Fondation pour marier dix filles renou-