CHAPITRE XV
Les Mormons expulsés de Nauvoo.
La mort de Joseph et de son frère fut annoncée à la veuve du prophète par une lettre collective de John Taylor , de William Richards , les deux saints qui se trouvaient dans la prison au moment de la catastrophe, et de* Samuel E. Smith, frère puîné des deux martyrs , qui . lui-même ne leur survécut que cinq semaines. La lettre , écrite en toute hâte , suppliait les habitants de Nauvoo de rester calmes et convaincus que Dieu continuait de régner sur le monde. EHe leur recommandait de ne pas se précipiter hors de la ville pour attaquer Carthage , mais de rester chez eux et de se tenir sur la défensive, prêts à repousser la populace du Missouri. Elle ajoutait que les habitants du comté de Hancock étaient eux-mêmes dans les plus vives alarmes, s*attendant à une vengeance signalée des Mormons; mais les signataires de la lettre letr avaient promis qu'il n'en serait rien.
Il y avait deux post^scriptum à cette lettre.
I.c premier portait la signature de Thomas Ford , gouverneur et commandant en chef de riUînois ; Thomas Ford, invitait les Mormons à se tenir sur le pied de défense jusqu'à ce qu'il envoyât des forces suffisantes pour les protéger. Le second posi'scriptum portait la signature de M. R. Deming, brigadier-général de l'armée d'Illinois, agissant sous les ordres du gouverneur. Il était adressé ,à M. Orson Spencer , un des douze apôtres des Mormons, et lui recommandait avec instance, ainsi qu'aux habitants de Nauvoo, de délibérer mûrement avant de prendre aucune résolution , la prudence seule pouvant prévenir leur destruction matérielle. Le brigadier-général se trouvait, disait-il, dans sa résidence privée lorsqu'avait été commis », cet horrible crime, qui serait certainement condamné par les trois quarts des habitants du Missouri. »
Le lendemain, de grand matin, la légion de Nauvoo fut convoquée et haranguée par M. Phelps, rédacteur Awjovmal Mormouy et par d'autres principaux membres de la communauté. Tous suppliaient les légionnaires, ainsi que tous les autres citoyens , de. protéger l'ordre public. La légion resta sous ^ les armes depuis dix heures du matin jusqu'à trois ^ heures de l'après-midi, attendant l'arrivée des corps de Joseph et d'Hiram. « Vers trois heures , dit le Times and Seasons publié à Nauvoo trois jours après Tévénement, le cortège funèbre fut
Ui LES MORMONS.
reçu par une immense réunion de peuple assemblé à Test du temple. On ne comptait pas moins de huit à dix mille personnes. Tous les honneurs funèbres furent rendus aux deux martyrs. Les pleurs et les lamentations les plus solennelles montèrent jusqu'aux oreilles du Dieu tout-puissant et appelèrent sa vengeance. Une oraison funèbre fut prononcée par le docteur Richards; quatre autres Mormons haranguèrent ensuite la multitude, et l'invitèrent à rester paisible. Cette immense assemblée, ajoute le même journal, résolut d'une voix unanime de demander aux lois le châtiment d*un si audacieux attentat, et, si sa plainte n'était pas écoutée, d'invoquer la vengeance de Dieu. Pleurez , veuves et orphelins , dit en finissant le Times and Seasons, pleurez. Américains, la gloire de la liberté s'est évanouie ! »»
Le gouverneur Ford, sûr qui pesait la plus grave responsabilité, tenta de se justifier dans une adresse au peuple de l'Illinois , mais il y parvint assez mal. Il redoutait une levée en masse des Mormons , et , le troisième jour après le meurtre , il envoya deux de ses officiers à Nauvoo pour s'assurer de la disposition des citoyens. Le§ deux officiers avaient également l'ordre de se rendre à Varsovie , où la milice ennemie des Mormons s'était rassemblée en grande force. Ils devaient s'assurer si elle ne méditait pas quelque attaque sur Nauvoo, et