CHAPITRE XI. i
vent par essaims à Nauvoo et dans son voisinage. Très-probablement, à l'heure où j'écris , il n'y a guère moins de trente mille de ces belliqueux fanatiques dans la ville et sur les territoires adjacents.
Leur établissement à Nauvoo date de trois années seulement. »
Un professeur' du nom de Newhall, qui faisait des cours publics , publia dans le Salem Advertiser (Massachusetts) le récit de sa visite à Nauvoo, en 1843. D décrit le temple comme un splendide édifice, durèrent de tous ceux qu'on cite dans l'bistoire ancienne et moderne, et la légion du général Smith comme un fort beau corps. Il avait assisté à une revue passée par Joseph lui-même, accompagné de six dames à cheval , vêtues de velours noir et de toques garnies d'ondoyantes plumes blanches. Ces dames galopaient avec le général devant le front de bandière. Joseph Smith, d'après M. Newhall, était un homme très-sociable , d'un abord facile , ouvert, plein de gaieté , d'obligeance et très-hospitalier , en un mot, un des derniers de ceux qu'on aurait crus suscités de Dieu comme prophètes où comme grands prêtres. D'autres détails, également curieux, furent publiés , vers la même époque , par un prédicateur méthodiste du nom de Prior.
« Je n'essayerai pas, dit-il, de décrire les divers sentiments dont*j'étàis agité lorsque je pris place au milieu de la congrégation, qui attendait dans un
profond silence Tapparilion du prophète. Comme il se faisat un peu attendre, j'eus tout le temps de repasser dans mon esprit les bruits qui couraient sur ce singulier personnage. Je m'attendais à voir une physionomie sombre et portant l'empreinte de la persécution et des colères concentrées qu'elle excite. Je croyais aussi découvrir en lui ces traits pensifs et voilés, ces regards tour à tour mystiques ou railleurs que les anciens sages devaient posséder. Je supposais encore que l'expression de sa figure devait trahir le remords intérieur de la supercherie , de la fourbe qui avait été le point de départ du mormonisme. Il parut enfin; mais combien je fus désappointé, lorsque, au lieu de la tête et des cornes de la hôte et du faux prophète , je vis un homme comme tous les autres et assez corpulent, dont l'extérieur ne pouvait assurément fournir aucune anne contre lui ! Restait sa prédication. Il commença à prêcher, non d'après le livre des Mormons, mais d'après la Bible. Il prit pour texte le premier chapitre de la première épîire de saint Pierre. Son début fut calme; tout son discours, plein de sens et de modération. Moi qui m'attendais à l'entendre invectiver contre les autres sectes et maudire tout ce qui n'était pas mormon, je fus bien surpris, et je ne pus m'ôter de l'idée qu'averti de ma présence il avait mis un frein à l'emportement habituel qu'on lui prêtait. Au lieu d'éclater