‹ Les Mormons (Saints de Derniers-Jours) et leurs ennemis response by T.B.H. Stenhouse, Mormons and their enemies FrenchChapitre 20 sur 33 · A M. AGENOR DE CASPAR IN · texte numérisé non relu

A M. AGENOR DE CASPAR IN

au risque de froisser l'opinion qu'il s'est faite a cet egard, lui faire connaltre celle d'un homme qu'il jugera sans doute competent en pareille matiere.

Le professeur Cooper, M. D. , de 1' Amerique, s'exprime ainsi dans sa lettre au professeur Silliman of Yale College, Connecticut, sur le rapport entre la geologieet le Pentateuque (p. 38) :

« II n'est dit nulle part dans quelle langue a ecrit Moise; si c'est dans les bieroglyphes hieraliques ou phonoliques des Egyptiens. Nous presumons qu'il les connaissait; il avait rec,u une education toute egyptienne. II n'est pas vraisemblable que les Hebreux, si longtemps entoures des Egyptiens (pendant sept ou huit generations) aient conserve leur dialecte original chaldeen. >

II serait absurde de supposer que les families elevees parmi les enfants d'Israel , n'ont pas comiu l'egyptien , et M. de Gasparin pourrait bien, il nous semble, commencer a croire que le professeur Cooper, dans une discussion aussi importante, n'etablit pas une hypothese sans fondement.

Resterait encore la difficulte de l'egyptien re" forme". Or, nous renvoyons a ce que nous avons dit (p. 68 et suiv. ) relativement aux decouvertes qui se font en Amerique, ou Ton exhume des hi6roglypb.es evidemment dgyptiens, mais neanmoins indechiffrables pour les hommes les plus verses dans ceux de l'Egypte ancienne , par la seule raison que ceux de 1' Amerique sont de l'egyptien r&formb.

Quant a l'usage suivi par les Egyptiens de transmettre a leurs descendants, au moyen de la gravure , le recit des evenements extraordinaires qui les interessaient, c'est un point qu'il n'est pas besoin de discuter. Les Hebreux ont du les imiter. M. de Gasparin dit qu'ils n'en eurent jamais l'idee; mais alors que signifie ce passage de Job (xix, 23, 24) :

« Plut a Dieu que maintenant mes discours fussent ecrits ! Plut a Dieu qu'ils fussent graves dans un livre avec un burin de fer et sur du plomb, et qu'ils fussent scelles sur une pierre de roche a perpetuite ! »

Si Job n'etait pas Hebreu, il n'en est pas moins vrai que Yidee de la gravure remonte a la plus haute antiquity.

Notre adversaire nous a fait croire un instant qu'il allait aborder serieusement la question, car il ecrit (p. 85 ) :

« Que dire des arguments empruntes a ces caracteres qu'aucun savant ne peut deckiffrer, ou a ces ruines decouvertes en Amerique et qui attesteraient necessairement l'ancienne splendeur des Nephites, des Lamanites et du peuple de Jared? »

Nous n'esperons pas reconcilier M. de Gasparin avec l'egyptien reforme et l'usage de graver des plaques ; nous savons que nos preuves le toucheraient peu. S'il etait vraiment scandalise , nous aurions plus de confiance dans nos demonstrations; mais le scandale simule est difficile a apaiser.

Notre adversaire reproche au Livre de Mormon d'avoir suppose des synagogues chez les Juifs au commencement du regne de Sedecias, d'avoir parle d' alpha et d' omega a des gens qui ne savaient pas le grec , d'avoir dit : le sud-sud-est, d'avoir parle de l'acier, etc., etc. Et pour mieux prouver l'anachronisme qui consiste a rapporter a une haute antiquite des choses d' invention moderne, la ou le Livre de Mormon, parlant des poissons, dit qu'ils furent transportes dans des vases, M. de Gasparin dit dans des bocaux. Les vases sont de toute antiquity , mais les bocaux sont en effet plus modernes. C'est peu loyal de la part de notre adversaire. Toutefois, nous allons expliquer tous ces anachronismes a la fois.

Joseph Smith n'etait pas un savant , surtout a l'epoque

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ou il traduisit le Livre de Mormon. D'un autre cote , en comparant l'etendue de ce livre avec le nombre et la dimension des plaques , dont une partie seulement a ete traduite, et dont le fac-simile a ele publie dans le Millennial Star, on demeure convaincu que ces plaques ne donnaient pas une histoire litteralement ecrite, mot pour mot, mais des hieroglyphes, dont un seul representait une idee, quelquefois multiple. L'inspiration divine a done revele au traducteur, non pas des mots correspondant a d'autres mots, mais des id^es qu'il a du exprimer par les mots qui lui ont paru les plus propres. II tracluisait pour des Anglais connaissant la Bible ; il a du prendre les mots anglais et les termes bibliques. Ceci explique synagogue pour assembled ou lieu de reunion L alpha et omega pour tout autre signe correspondant dans un alphabet qui n'est pas connu, sud-sud-est pour une orientation analogue exprimee en termes inconnus, l'acier pour tout autre metal prepare de maniere a obtenir une durete egale, Christ pour le Redempteur, etc. En effet, on a decouvert dans des ruines de l'Ohio et du Mexique des instruments tranchants qui attestent que les anciens habitants de l'Amerique possedaient un proce"de par lequel ils obtenaient des lames d'une durete surprenante 2. M. de Gasparin parait ou ignorer qu'il s'agit d' hieroglyphes , ou n'en tenir aucun compte. Pour

1 Dans une revelation du mojs d'aout 1831, il est predit que les Saints seront chasses de ville en ville, « de synagogue en synagogue. » Et pourtant il n'est pas de synagogue proprement dite. II est done evident que cemot est employe cornme synonyme d'eglise, de temple, de reunion religieuse.

2 Lecture delivred ad the Exhibition-room of the Fine Arts Academy, Bristol, by professor IVaslerman. of Boston, U. S. (Millennial Stor, XII, p. '44.)

nous, ces mots modernes, substitues aux mots anciens qui seraient aujourd'hui inintelligibles , ne prouvent absolument rien.

Une autre preuve d'imposture, suivant cet ecrivain, consiste en ce que le Livre de Mormon , quoique donne" comme etant ecrit par une succession de Prophetes anciens , presente une uniformite de style qui porte a le regarder comme l'oeuvre d'un seul homme ; et ce seul homme, bien entendu, c'est Joseph Smith.

Cette objection n'en est pas une. D'abord il faut savoir que les Prophetes qui avaient 6"crit avant Mormon ayant ete abreges par celui-ci, l'uniformite de style n'a deja plus riende surprenant. Outre cette explication, et en supposant que Joseph eut traduit les manuscrits originaux de ces prophetes , les differences s'effaceraient encore ; car, deux ouvrages d'auteurs differents, litteralement ecrits, s'ils sont traduits par le meme homme, perdent deja beaucoup de leur cachet original ; ils s'identifient en quelque sorte, quant au style, sous la plume du traducteur. Mais c'est bien autre chose quant il s'agit d'hieroglyphes traduits. La, a proprement parler, il n'y a pas de style possible ; il n'y a que celui de l'interprete.

Du reste, notre ennemi oublie ici le roman de Spaulding. Qu'il se mette d'accord avec MM. Guers et Favez, qui ont meilleure vue que lui , puisqu'ils pretendent reconnaitre la partie ecrite par Spaulding d'avec les interpolations de J. Smith. L'imposture est demontree par l'identite, suivant M. de Gasparin, et par le defaut d'identite, suivant MM. Guers et Favez. Messieurs, accordez-vous ensemble, s'il vous plait.

II en est de meme de la conformite du style du Livre de Mormon avec celui de la Bible. Ces deux livres se res-

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semblent : coupable et sacrilege imitation , dit M. de Gasparin. Dans le cas contraire, il ne manquerait pas de s'6crier : Voyez quelle difference entre le Livre inspire^ et l'imposture ! On sent la valeur de pareils arguments.

A l'egard des miracles, notre adversaire ne croit qu'a ceux de la Bible ; ceux du Livre de Mormon sont done des impostures. Pourquoi M. de Gasparin y croirait-il? Et comme les petites anecdotes sont des ornements agreables a ses lecteurs, il ajoute :

« Quant aux miracles publies et qui ont des incredules pour temoins, ils reussissent moins bien, si nous en croyons le recjt de certaine tentative de J. Smith, qui devait traverser une riviere a pied sec, et qui s'arreta prudemment au bord de l'eau. »

Nous savions que les incredules ne croient pas , meme quand M. de Gasparin n'eut pas pris la peine de nous l'apprendre. Les miracles du Christ n'ont pas converti les incredules de son epoque ; pourquoi serions-nous plus heureux?Mais s'il ne croit pas aux miracles operes par les Mormons, du moins il se montre d'une foi robuste a l'egard da pretendu miracle avortd qu'il emprunte a la Revue britannique. Tout ce qui est 6crit contre nous, M. de Gasparin l'adopte sans examen. Peu importe l'origine : journaux , ministres methodistes, Mormons retranckes de l'Eglise pour immoralite, romans, etc., etc., tout est accueilli par lui avec un zele peu impartial, peu judicieux, mais digne de la pieuse croisade dirigee contre les Saints des Derniersjours.

Autre argument de M. de Gasparin, aussi fort que tous ceux que Ton a deja lus :

« Le Livre de Mormon attestant la verite de l'Ancien Testament et des annales des douze apotres(le Nouveau Testament ) ! L'audace hypocrite d'un impie a-t-elle jamais ete plus loin? »

Voila le fond de la pensee de notre adversaire. Le Livre de Mormon , au lieu d'etre en contradiction avec les Ecritures admises par les pretendus Chretiens, est en parfaite harmonie avec elles et les confirme ; c'est ce qui le desespere. S'il y avait discordance entre les deux livres, il conclurait a 1'imposture ; mais il y a un tel accord , que Ton est porte a les attribuer tous deux a l'inspiration divine ; il conclut a l'hypocrisie. Que faire avec de tels adversaires?

Nous laissons M. de Gasparin dans la croyance que « les » prophecies adressees a une epoque et a une nation sont » destinies a toutes les 6poques et a toutes les nations. » Cette opinion est necessairement celle des Chretiens qui croient que Dieu abandonne la direction de l'humanite, qu'il n'a plus ni anges ni prophetes. Pour nous, nous sommes temoins du contraire , et nous croyons a Taction permanente de l'Esprit-Saint. L'intervention du Seigneur dans la conduite de son peuple est trop evidente pour que nous puissions en douter un seul instant.

Voici qui est plus curieux. M. de Gasparin, apres avoir, en six longs articles, ressuscite" toutes les calomnies des methodistes americains, sans jamais citer un mot de MM. Stansbury , Gunnison , ni des journaux Ccrits en dehors de l'influence sectaire, ose s'ecrier (p. 86) :

« On voit avec quel scrupule nous nous sommes attache a ne recourir qu'aux documents mormons pour peindreetjuger les Mormons. lis affectent, en general, de crier a la calomnie ; ils pretendent qu'on ajoute foi aux assertions de leurs ennemis. Eh bien, voici une etude attentive et consciencieuse qui n'est ba"see que surleur propre Bible et leurs propres journaux. »

Quelle est la vertu qui manque a un homme? c'est celle dont il se vante le plus. M. de Gasparin se dit scrupuleux.

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Voila pour les doctrines ; voici maintenant pour l'appreciation des hommes.

« Nous avons du en croire les Mormons quand il s'agissait de Jeurs doctrines. Nous ne sommes pas tenus de les en croire, quand il s'agit de leurs vertus. C'est un point qui appelle necessairement Intervention d'une opinion exterieure, et cette opinion, sans etre infaillible, merite cependant d'etre consultee avec soin. »

Et savez-vous quelle est cette opinion exterieure qui merite d'etre consultee avec soin? C'est celle de l'infame John C. Bennett dont nous avons parle. C'est la lettre des trois juges fugitifs d'Utah. Voila ses temoins ! Voila Yttude consciencieuse ! Voila le scrupule avec lequel M. de Gasparin s'est attache" a ne recourir qu'aux documents mormons pour peindre etjuger les Mormons! La fin couronne l'oeuvre !

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