CHAPITRE nil
EPOUSE SPIRITUELLE. — POLYGAIYIIE.
Faux-fuyants et deloyaute de nos adversaires. — La polygamie institute par revelation du 12 juillet 1843. — EUe est conforme a la loi de Dieu, a la nature, a la morale. — Lettre de Mme Belinda Pratt. — Commentaire de V Union catholique. — Extraits de John Milton; — de Bossuet, avec l'avis de Melanchton et autres chefs de la Reforme. — Effets de la polygamie dans le territoire d'Utah, attestes par la lettre des trois juges. — Reponse a une observation de M. Favez.
Nous le savons : la polygamie n'est pas dans les moeurs de cette epoque ; la civilisation europeenne L'a releguee dans la categorie des crimes ; la sagesse humaine l'a emporte sur la sagesse divine. Dans cette partie de notre tache ou nous allons heurter de front les idees recues, accreditees par une longue pratique, et replacer la morale sur ses bases veritables, il nous importe de donner a nos paroles une portee claire et precise.
Les'principes de l'Eglise de Jesus-Christ des Saints des Derniers-jours seront accueillis un jour dans l'univers entier; comme tels, ils doivent etre connus de tous. Ainsi
EPOUSE SPIRITUELLE. — POLYGAMIE. i 2 i
nous devons dire a tous que la polygamie a ete non seulement autorisee par Dieu lui-meme dans cette derniere dispensation, mais ordonnee aux membres de son Eglise, suivant qu'il Pa revels a son Prophete Joseph ( voir la revelation du 12 juillet 4843). Voila pour le principe.
Mais l'Eglise a pour but de preparer le royaume de Jesus-Christ sur la terre. Les Saints doivent se rassembler afin de constituer ce royaume, qui ne peut etre gouverne que par les ordonnances du Souverain. Le noyau de la grande nation sur laquelle J£sus viendra regner se forme aujourd'hui dans le territoire d'Utah ( Haute-Californie, Etats-Unis d'Amenque).
G'est done la, et la seulement, que ce principe de l'Eglise peut et doit etre mis en pratique, parce que la seulement la loi civile est d'accord avec la loi religieuse. Pour les citoyens memes d'Utah, la pratique de la polygamie est restreinte aux limites de ce territoire, et leur est interdite s'ils voyagent dans les nations etrangeres, sous peine d'etre retrenches de l'Eglise *.
II est done bien entendu que nos explications sur la polygamie , lorsque nous sommes en mission parmi les nations de l'Europe, se rapportent a un primipe applicable seulement dans la contree dont nous avons parle. Nous insistons sur ce point, afin que nos ennemis ne nous accusent pas d'enseigner a nos freres une pratique contraire
1 L'vm des Douze Apotres de l'Eglise, s'adressant aux Saints en mission, leur dit : <■< Freres de la pretrise, gardez-vous purs et sans tache devant Dieu. Et si vous connaissez un homme dans l'Eglise qui, ayant deja une femme, chercke a faire alliance avec une autre, sachez certainement que celui-la transgresse, et, a moins qu'il ne se repente, qu'il soit retranche de l'Eglise. » (Epitre d'Orson Pratt; Washington, octobre 1853. — Extrait du Seer (p. 167.)
aux lois de leur pays, qui doivent toujours etre respectees.
Geci premis, abordons notre sujet.
Nos ennemis ont beaucoup parle de YEpouse spirituelle. Nous lisons dans la brochure Favez, page 39 :
« Smith a vecu dans le desordre , et a donne a ce desordre la sanction de l'autorite de Dieu. En errant le systeme dit de YEpouse spirituelle, il a etabli, par voie de doctrines et de revelations, l'infidelite conjugale et la debauche dans ses plusgrossiers egarements.»
Cela signifie : « Je connais la doctrine de l'Eglise mormone, j'ai lu les revelations, et j'affirme que Ydpouse spirituelle a 6te" institute par J. Smith. » Or, M. Favez est un missionnaire de l'Evangile, et cette qualite prete a ses affirmations une autorite qui influe necessairement sur l'esprit du lecteur.
Eh bien, ce qu'il y a de vrai dans tout cela, e'est le contraire de ce que M. Favez ose ecrire. En d'autres termes, ni dans la doctrine de l'Eglise, ni dans les revelations, on ne trouve merae le mot d'epouse spirituelle. Nous l'affirmons avec offre de communiquer tous les documents n^cessaires.
A la verite", dans cette circonstance comme dans beaucoup d'autres, notre ennemi emploie cette tactique qui consiste a s'abriter derriere le nom d'un auteur (Gray's Principles and Pratices of Mormons) ; mais cette adresse ne saurait le justifier ; car; lorsqu'il s'agit d'une allegation qui implique l'immoralite de quelques cent mille individus, un 6crivain qui se respecte ne se fait pas l'echo de toutes les infamies qui peuvent passer par la tete d'un mechant homme. II porte le flambeau de l'examen et de la critique sur l'oeuvre d'autrui , pese les temoignages, et repousse ceux que l'ignorance, la passion et la mauvaise
foi ont pu egarer, r£servant aux autres un degre de confiance proportionnel a l'integrite de mceurs reconnue chez ces t6"moins. II verifie surtout les textes, ces temoins incorruptibles qu'il est si facile de consulter quand on le veut.
Or, sur quel texte s'appuie le ministre Gray, cite par M. Favez? Sur aucun. Sur quels temoignages? Sur ceux du fameux John C. Bennet (page 40), que nous avons vu retrancher de l'Eglise pour cause a" immorality , et de ce Sampson Avard (page 41 ) retranche' pour plusieurs mefaits, notamment pour avoir tent6 d'organiser la bandc des Danites. Ces deux hommes immoraux et publiquement reconnus tels, etant ainsi devenus des ennemis personnels de J. Smith, leur t^moignage Ctait suspect, particulierement en matiere de moralite, et plus specialement encore en ce qui concerne la moralite de J. Smith. Ce double motif de les rejeter a neanmoins semble a M. Gray, et apres lui a M. Favez, un double motif de les admettre.
Nous n'en dirons pas davantage sur l'ignoble fable des dpouses spirituelles . Que nos adversaires essaient de nous renvoyer le dementi.
Comme nous l'avons dit au commencement de ce chapitre, J. Smith a 6tabli, par doctrines et relations, non pas I'dpouse spirituelle ni tout autre synonyme de concubine ou maitresse, mais la polygamie, ou plurality des femmes legitimes, ou mariage patriarcal. Et comme nos adversaires ne trouvent ni dans la nature, ni dans la raison, ni dans la morale, ni dans l'Ancien ou le Nouveau Testament la condamnation de cet usage, qui eut jadis l'approbation formelle du Seigneur, ils appuient leur accusation d'immoralitC en substituant tout simplement un nom a un autre. Notre loi civile et religieuse consacre le mariage solennel et legitime avec plusieurs femmes :
M. Favez appelle cela VinfidMiU conjugate et la debauche dans ses plus grossiers dgarements. Mais entrons dans la question.
Tout membre de l'Eglise de Jesus-Christ des Saints des Derniers-jours, s'il est dans de bonnes dispositions, s'il a banni de son coeur l'iniquite et la convoitise, possede individuellement I'dvidence de la divinity de cette Eglise et des enseignements reveles. Ainsi, pour nous, la legitimite du mariage patriarcal ne peut pas etre mise en question. Cette institution, n'eut-elle jamais ete pratiquee sur la terre, fut-elle en opposition directe avec les principes de morale admis par toutes les nations, n'en serait pas moins sacree a nos yeux, parce qu'elle nous vient de ce Dieu qui se plait parfois a confondre la sagesse des hommes. Mais nous sommes en mesure de prouver, sans nous livrer a une discussion tres-etendue, qu'elle se concilie parfaitement avec tout ce qu'il y a de respectable parmi les principes qui regissent l'humanite.
Comme c'est surtout au point de vue de la dignite de la femme que nos adversaires attaquent la polygamic, il nous a paru convenable de publier l'extrait suivant d'une lettre ecrite par Mme Belinda Marden Pratt. Cette lettre donnera une idee de la maniere dont le principe est entendu et apprecie par celles-la memes que Ton presente comme avilies et demoralisees par la pratique de la polygamic :
« Cite du Grand-Lac-Sale, le 12 Janvier 1854. » Ma chere soeur,
» Votre lettre du 2 octobre m'est parvenue , et je l'ai recue avec une grande joie. Ayant attendu si longtemps
une reponse a ma derniere lettre , j'ai cru que mes amis , scandalises, ne voulaient plus m'^crire. Jugez done de mon bonheur en lisant les expressions de tendresse fraternelle que m'apportait votre lettre.
» Nous nous portons tous bien ici ; nous sommes prosperes et heureux dans notre cercle de famille. Mes enfants, au nombre de quatre, sont gais et bien portants; leurs facultes physiques et intellectuelles se dOeloppent rapidement. La sante", la paix et la prosperity nous aceompagnent.
» II parait , ma chere sceur , que nous ne sommes pas plus rapprochees dans nos opinions religieuses que nous n'etions autrefois. Pourquoi en est— il ainsi? Ne sommesnous pas tous obliges de quitter ce monde avec tout ce que nous y possedons , et de recevoir dans un avenir sans fin la recompense de nos actions ici? Si telle est notre destinee, ne devons-nous pas dCsirer d'etre disabuses et de gonnaitre la v6HU, afin de la pratiquer ? Ne desirons-nous pas , dans le fond de nos cceurs , etre sinceres avec nousmemes , honnetes et franches l'une avec l'autre? S'il en est ainsi, vous m'ecouterez patiemment quand je vous dirai quelques-unes des raisons qui m'ont fait accepter et observer comme sacre ce point particulier de la doctrine de l'Eglise des Saints , auquel vous , ma chere sceur, avec beaucoup de Chretiens , faites de si grandes objections. Je veux parler de la « plurality des femmes. »
» J'ai une Bible que des mon enfance on m'apprit a considerer comme sacree. Dans cette Bible je lis l'histoire d'un saint homme nomme Abraham, qui est represente comme Ya?ni de Dieu , un homme fidele en toutes choses, un homme qui a garde" les commandements de Dieu , et qui est appele dans le Nouveau Testament le Pere des
fiddles. (Jacques n, 23. — Rom. iv, 16. — Gal. m, 8, 9, 16, 29.)
» J'y trouve que cet homme avait plusieurs femmes, dont quelques-unes etaient appel^es des concubines. (Genese xxv, 6.)
» Je vois que son petit-fils Jacob a poss^de quatre femmes dont il a eu douze fils et une fille. Les Ccrivains sacres ont parle hautement de ses femmes comme honorables et vertueuses ; elles ont , disent les Ecritures, edifie1 la maison d' Israel. Jacob lui-meme etait un homme de Dieu ; le Seigneur a beni sa maison , lui a ordonn6 de croitre et de multiplier. (Genese xxx a xxxv, et particulierement xxxv, 1 0 et 1 1 . )
» Je vois que les douze fils que Jacob a eus de ses quatre femmes devinrent des princes, des chefs de tribus, des patriarches, dont les noms sont transmis de siecle en siecle. Or, Dieu conversait frequemment avec Abraham, Isaac et Jacob ; ses anges les ont visites, leur ont parle, les ont benis, eux, leurs femmes et leurs enfants. Le Seigneur a reprouve les peches de quelques-uns des fils de Jacob , parce qu'ils ont ha'i et vendu leurs freres, parce qu'ils ont commis 1'adultere ; mais, dans tous ses rapports avec eux , il n'a jamais condamne leur organisation de famille ; au contraire , il l'a approuvee et les a benis a cet egard. II a meme promis a Abraham qu'il le ferait le pere de plusieurs nations , et qu'en lui et sa posterite seraient benies toutes les families et nations de la terre. (Gen. xvm, 17-19.) Plus loin, je vois que la pluralite a ete perpetuee, sanctionnec et reglementee par la loi de Mo'ise.
o David , le psalmiste , n'avait pas seulement plusieurs femmes : le Seigneur lui-meme , parlant par la bouche de Nathan le prophete, lui donne encore les femmes de
Saul; mais, a cause de l'adultere qu'il avait commis avec la femme d'Urie, dont il avait cause la mort, il lui ote ses femmes pour les donner a quelqu'un de sa maison. ( I Samuel xii, 7-11 .)
» Ici done , nous a vons la parole du Seigneur qui non seulement sanctionne la polygamie, mais qui donne veritablement au roi David les femmes de son ancien maitre Saul , a qui il les enleve ensuite pour les donner a un autre. Ici nous avons un exemple de la reprobation ct d'une punition severe pour l'adultere et le meurtre, tandis que la polygamie est autorisee et approuvee par la parole de Dieu.
» Venons au Nouveau Testament. Jesus parle hautement d'Abraham et de sa famille. II dit que beaucoup viendront de V orient et de I 'Occident, du septentrion et du midi, qui seront a table dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob (Luc xm, 28, 29). II dit encore : « Si » vous e"tes les enfants d'Abraham, vous ferez les geuyres » d'Arraham. »
» Paul l'apotre ecrivait aux Saints de son epoque : « Vous tous qui avez ete baptises en Christ, vous avez » revetu Christ ; or, si vous etes de Christ, vous 6tes done » la posterite d'Abraham et les heritiers selon la pro- » messe. » II a aussi present e Abraham et Sarah comme des modeles de foi et de bonnes ceuvres , comme le pere et la mere des Chretiens fideles.
» Regarclons quelques-unes des bonnes ceuvres de Sarah , pour lesquelles elle a ete si hautement recommandee par les apotres et proposee pour modele aux femmes chrCtiennes. « Or, Sarah, femme d'Abraham, ne lui avait » point encore donne d'enfant ; mais elle avait, une ser- » vante egyptienne , nommee Agar. Et elle dit a Abra-
» ham : Voici maintenant , l'Eternel m'a rendue sterile ; » viens , je te prie , vers ma servante ; peut-etre aurai-je » des enfants par elle. Et Abraham obeit a la parole de » Sarah. Alors Sarah, femme d'Abraham , prit Agar, sa » servante egyptienne , et la donna pour femme a Abra- » ham son mari, apres qu'il eut demeure dix ans au pays » de Canaan. (Gen. xvi, 4-3.)
» Selon Jesus -Christ et les apotres, le seul moyen d'etre sauve est d'etre adopte dans la grande famille des polygames par l'Evangile , puis de suivre strictement leur exemple.
» Jean le revelateur decrit la sainte ville , la Jerusalem celeste, ayant les noms des douze fils de Jacob inscrits sur chacune des portes (Apoc. xxi, 12.)
» En resume, je vois que les polygames 6taient les amis de Dieu; que la famille et la posterite d'un polygame etaient choisies pour etre une benediction a toutes les nations ; qu'un polygame est nomine" dans le Nouveau Testament comme le pere des Chretiens fideles dans tous les siecles , et cite comme un modele pour toutes les generations ; que la femme d'un polygame , qui engagea son mari a pratiquer la plurality , qui lui a elle-meme donne une seconcle femme , est qualifiee femme vertueuse, honorable, le modele des femmes chretiennes, la mere de toutes les saintes femmes dans l'Eglise chretienne, lesquelles doivent aspirer a etre appelees ses filles.
» Je vois que Jesus-Christ a declare que les fameux polygames se trouveront parmi les grands dans le royaume de Dieu ; que ceux qui seront sauves, dans tous les siecles, le seront parce qu'ils seront devenus membres de cette grande famille de polygames ; que tous ceux qui n'y seront pas incorpores resteront Strangers a l'alliance de promesse,
ail royauma d'Israel , et ne seront pas he>itiers de la promesse faite a Abraham. Je vois que tous les peuples de Test, de l'ouest, du nord et du midi , qui entrent dans le royaume de Dieu , entrent dans la societe" des polvgamcs, sous leur gouvernement, sous leur direction patriarcale. Personne ne peut approcher des portes du ciel sans rencontrer les noms des douze polvgamcs (les tils d'un seul homme par quatre femmes differentes) graves en gloire eternelle sur les portes formers de peiies.
» Ma chere soeur, avec les Ecritures devant moi, je ne pourrais jamais rejeter la vision celeste qui a restaure la plenitude de FEvangile et a donne de nouveau des Prophetes et des Apotres, par la seule raison que cette restauration remet en vigueur l'ancienne loi du mariage et de l'organisation des families, qui prepare la restauration de tout Israel.
» Mais laissons toute Ecriture, histoire ou usage ancien ; allons a la loi de la nature. Quel est done le grand but des relations de mariage? Je reponds : la multiplication de notre espece, et, pour nous autres femmes, d'elever convenablement les enfants. Pour accomplir ce but , la loi naturelle dicterait qu'un mari doit rester separe de sa femme a certaines epoques, d'apres la constitution meme de la femme. En d'autres termes, leur union ne doit pas avoir pour but la satisfaction des sens, mais la procreation.
» La nature enseigne a la mere que pendant la formation et le developpement de l'homme a 1'etat d'embryon, son coeur doit rester pur, ses pensees et ses affections chastes, son esprit calme, ses passions sans excitation, en meme temps que son corps doit etre fortifie par un exercice convenable. En aucune maniere elle ne doit etre su-
jette a un acte qui pourrait la troubler, l'irriter et la fatiguer. Un bon mari doit entourer sa femme cle tous les soins affectueux que reclame sa situation, mais en meme temps il doit s'abstenir de toute relation intempestive et prohibee par les lois memes de la nature , lois qui sont strictement observees par tous les animaux , sauf l'espece humaine.
» La polygamie, done, comme pratiquee sous la loi patriarcale de Dieu, tend directement a la chastet6 des femmes ; elle est le gage d'une parfaite sante pour leurs enfants, et les preserve de tout mauvais penchant hereditaire.
» Vous pouvez lire dans la loi de Dieu, dans votre Bible, le temps et les circonstances dans lesquelles une femme doit rester a part de son mari. Pendant ce temps, elle est consideree comme impure , et s'il venait alors a son lit, il pecherait grievement , tant contre la loi de la nature que contre les sages prescriptions de la loi de Dieu, revelees par sa parole. En un mot, il commettrait une abomination ; il pecherait contre son propre corps, contre le corps de sa femme et contre les lois de la procreation, lois a l'accomplissement desquelles la sante, la moralite de ses descendants sont directement interessees.
» La loi divine de la polygamie ouvre a toute femme vigoureuse et sage une porte par laquelle elle peut devenir l'epouse honorable d'un homme vertueux et la mere d'enfants fideles, robustes et honnetes.
» Dites-moi maintenant , ma chere soeur , si l'alliance d' Abraham ou la loi patriarcale de Dieu etait repandue et tenue pour sacree et honorable dans l'Etat que vous habitez, quelle femme, dans tout le New-Hampshire, voudrait epouser un ivrogne, un homme afflige" de maladies h<§re-
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ditaires, un debauche, un paresseux, un dissipateur? Quelle femme voudrait devenir une prostituee, ou vivre dans le celibat, renoncant aux douces relations du manage?
» Ghere soeur, dans votre legerete vous me demandez . « Pourquoi pas la pluralite des maris aussi bien que celle des femmes? » A cela je reponds premierement : Dieu n'a jamais commands ou sanctionne la pluralite des maris: en second lieu, « le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l'Eglise, et il est aussi le sauveur de son corps. » (Ephes. v, 23.) Nulle femme ne peut servir deux seigneurs. Troisiemement , un tel ordre de choses tendrait a la mort et non a la vie, ou, pour parler plus clairement, multiplierait les maladies et non les enfants. En effet, la chose est activement pratiquee depuis des siecles dans toutes les principales villes de la chretiente; c'est le genie des institutions faussement appelees chretiennes ; c'est le mystere de la grande Babylone, la mere des impudicites et des abominations de la terre. En d'autres termes; c'est le resultat du mepris des saintes ordon- I nances de Dieu touchant le mariage, et de l'introduction des lois de Rome, qui interdisent le mariage au clerge et aux religieuses, et n'accordent aux autres hommes qu'une seule femme. Cetteloi laisse la femme exposee a l'isolement, sans mari , enfants ni amis , ou a une vie de pauvrete" , de solitude , exposee a la tentation , aux desirs deregles , aux jouissances illicites , ou a la necessite de faire de son honneur un honteux trafic. L'homme riche est tente d'entretenir en secret une maitresse , tandis que la loi de Dieu la lui aurait donnee comme une epouse honorable. Ces circonstances engendrent le meurtre, Tinfanticide, le suicide, les maladies, les remords, la ruine, le desespoir, la
mort premature, avec tout le cortege des jalousies, des miseres poignantes , la defiance au sein des families , les maladies contagieuses , et enfin l'horrible systeme de licence dans lequel des gouvernements, se disant Chretiens, accordent a leurs belles filles des patentes en vertu desquelles celles-ci descendent, je ne dirai pas au rang des betes brutes, mais a une degradation bien inferieure encore; car toutes les especes, dans la creation animale, excepte l'homme, s'abstiennent de ces abominables exces, et observent g&ieralement les lois de la nature dans la procreation.
» Je le repete , la nature a constitue la femme autrement que l'homme et pour un but different. La vigueur de celle-ci est dans le fleuve de vie qui coule en elle et nourrit l'embryon, le fait naitre et l'alimente sur le sein de sa mere. Quand la nature n'est pas en fonction pour atteindre ce but celeste, elle vient sagement a son secours, a des periodes regulieres, pour entretenir en elle la purete et la sant6 sans epuiser la source de vie , jusqu'a un age assez avance, ou il lui devient necessaire a elle-meme de cesser d'etre feconde , afin de jouir d'une vie plus tranquille au sein du cercle de sa famille qui lui est attachee par tant de liens, et qui, a cette phase de sa vie, est dans l'age viril et peut lui procurer les soins et le confort qui lui conviennent, et ou elle peut ainsi se preparer a un changement de monde.
» II n'en est pas ainsi de l'homme ; sa force a un autre emploi. II doit se mouvoir dans une sphere plus vaste. Si Dieu, dans cette vie, le juge digne de la promesse faite du centuple (Math, xix, 29 ; Marc, x, 29, 30), il peut aspirer a la souverainete patriarcale, a l'empire et a la domination ; il pourra devenir prince ou chef d'une ou plusieurs
tribus, et, comme Abraham, il pourra mettre sur pied, pour la defense de sa patrie, des centaines et des milliers de ses propres guerriers, n6s dans « sa propre maison. »
» Un noble homme du Seigneur, plein de l'Esprit du Tout-Puissant, qui est juge digne de converser avec Jehovah ou avec le Fils de Dieu, ou avec les esprits des justes sanctifies ; un homme qui enseignera a ses enfants la verity 6ternelle et les fera marcher purs dans cette voie, est plus digne d'une centaine de femmes et d'enfants que 1' ignorant , esclave des passions , des vices et des folies humaines, n'est digne de posseder une seule femme et un seul enfant.
» Dans l'ordre patriarcal du gouvernement de la famille, la femme est sous la loi du mari. Elle l'honore, l'appelle « Seigneur, » comme Sarah a honore Abraham et lui a obei. Elle vit pour lui, pour accroitre sa gloire, sa grandeur, son royaume, sa famille. Ses affections sont concentrees sur Dieu, son mari et ses enfants.
» Lui, il a aussi un chef envers qui il est responsable. II doit garder les commandements de Dieu et observer ses lois ; il ne doit pas prendre une femme a moins qu'elle ne lui soit donnee selon la loi et l'autorite" de Dieu.
» Ainsi une nation organisee sous la loi de l'Evangile, ou en d'autres termes, sous la loi d' Abraham et des patriarches, sera pr&ervee de la licence; l'adultere et la fornication n'y seront point toler&s. On n'y verra pas de ces maisons ou Ton fait un trafic monstrueux de la beaute des filles de la terre ; les hommes riches n'auront aucun motif de garder une maitresse, les femmes n'auront aucune tentation de mener une vie dereglee.
» Ainsi , en bonne conscience , et, comme vous le
voyez, en me basant sur la parole de Dieu, j'ai forme des
liens qui me sont chers et que je ne pourrais jamais me resoudre a rompre. J'ai un epoux bon et vertueux, et je I'aime; nous avons quatre petits enfants qui nous sont mutuellement chers. En outre, mon 6"poux a sept autres femmes vivantes et une qui est partie pour un monde meilleur. II a en tout plus de vingt-cinq enfants. Toutes ces meres et ces enfants sont pour moi l'objet d'une vive tendresse ; nous sommes lies ensemble par une mutuelle affection, par une longue connaissance et une association de chaque jour. Les meres, en particulier, sont liees par une communaute de peines, de fatigues, de souffrances et d'egards desceurs (sisterly kindness). Nous avons toutes nos imperfections dans cette vie ; mais je sais que celles-ci sont des femmes bonnes et vertueuses, et que mon mari est un digne homme qui garde les commandements de Jesus-Christ et qui preside sur sa famille comme Abraham. II travaille pour nous toutes avec diligence, il nous aime toutes, et il cherche a nous rendre heureuses. II nous enseigne les commandements de Dieu, et il nous reunit autour de lui, dans le cercle de famille, pour invoquer le Tout-Puissant matin et soir.
» Mon mari et sa famille ont la confiance, l'estime et Tamitie de tout le territoire et d'un vaste cercle de relations en Europe et en Amerique. II enseigne avec succes la morale et la religion, et il occupe un siege honorable dans le corps legislatif d'Utah. »
Nous ne poursuivrons pas plus loin la reproduction de cette lettre de Mme Pratt ; la question y etant envisagee sous toutes ses faces , il nous reste peu de chose a ajouter.
VUnivers catholique, en publiant (17 juin 1854) quelques extraits de cette lettre , se montre entierement de-
pourvu d arguments contrc la polygamie. M. dc Laroche- Heron se garde bien de reproduire les preuves deduites de l'Ecriture par Mme Pratt , qu'il insulte de la facon la plus ignoble en declarant qu'il la qualifie dame par antiphrase. Au lieu de soumcttre a ses lecteurs les raisons donn^es en faveur de la plurality des femmes, il les passe sous silence et les analyse ainsi :
« Sa grande argumentation consiste a dire qu'il n'y a ni adultere ni prostitution la oil il y a polygamie, jeu de mots fort oiseux en verite, et qui se resume a etablir qu'il n'y aura pas de vice des que Ton donnera au vice le nom de vertu. »
On reconnait la toute la bonne foi des ultramontains. L'auteur, pour faire une part d'injures a tous ses ennemis, fait hommage au protestantisme de l'invasion de la polygamie parmi nous :
« Notre siecle, dit-il, etait destine a voir la polygamie renaitre en Occident au-dela des mers, engendree par la decomposition (style Favez) et la licence des sectes protestantes. »
L'article de M. de Laroche-Heron renferme une seule objection ; la voici :
« Madame Pratt fait un vaste etalage d'erudition biblique poui prouver que l'etat parfait de nature aux yeux de Dieu est l'etat de polvgamie; mais, dans ses nombreuses citations, elle oublie dementionner le chapitre II de la Genese, oil l'Eternel tient ce langage : « II n'est pas bon que l'bomme soit seul; faisons-lui une aide sem-
blable a lui Ainsi l'homme quittera son pere et sa mere pour
s'attacber a son epouse, et ils seront deux dans une seule chair. » Tant que les Mormons n'auront pas efface ces versets, tant qu'ils n'auront pas prouve que Dieu donna a Adam une pluralite d'Eves, il n'y aura besoin d'invoquer ni l'Evangile ni la tradition pour confondre les Mormons. »
A cet ergotage , appuye- sur un mot ecrit au singulier, nous repondons par l'extrait qui va suivre.
Citons maintenant un passage du celebre poete anglais Milton , qui a traite la question de la polygamie dans le
premier livre de sa Doctrine chretienne, ouvrage traduit du latin en anglais par Charles R. Summer, D. D., eveque de Winchester.
» Dans la definition que j'ai donnee (du mariage), je n'aipasdit, suivant Topinion commune, qu'il consistait dans l'union d'un homme avec une femme, de peur d'accuser de fornication permanente et d'adultere les saints patriarchcs, colonnes de notre foi, Abraham et autres personnages qui eurent plus d'une femme a la fois , et d'exclure ainsi du sanctuaire de Dieu, comme batarde, la sainte posterite qui est sortie d'eux, c'est-a-dire tous les enfants d'lsrael , pour lesquels le sanctuaire fut edifie. Car il est ecrit (Deut. xxm, 2,) : « Le batard n'entrera point dans » l'assemblee de l'Eternel, meme jusqu'a la dixieme g6"ne- » ration. »
» La polygamic est done un veritable mariage , sinon tous les enfants nes de telles relations sont des batards, ce qui exclurait toute la race de Jacob, les douze tribus choisies de Dieu. Mais comme une telle assertion serait extremement absurde , pour ne pas dire impie, e'est le comble de rinjustice, et en meme temps une tendance dangereuse en religion , de regarder comme peche ce qui ne Test pas en realitC.
» La legitimite de la polygamic, loin d'etre une question futile, me parait au contraire de la plus haute importance et reclame une solution.
» Ceux qui nient sa legitimite essaient d'appuyer leur opinion sur la Genese (n, 24), ou il est dit : « L'homme » laissera son pere et sa mere et se joindra a sa femme , » et ils seront une meme chair, » passage reproduit dans saint Mathieu (xix, 5). Ceci est certainement ingenieux. J'y ajouterai ces paroles de l'Exode (xx, 17) : « Tu ne
» convoiteras point la maison de ton prochain , ni sa » ferame, ni son servileur, ni sa servante, ni son boeuf, » ni son anc. » II serait ridicule d'arguer qu'il n'est pas dit maisons , mais maison, ni serviteurs, mais serviteur, pas meme voisins , mais voisin , car c'est l'usage general , en donnant des coinmandemcnts de ce genre, d'employer lc noinbre singulier, non clans un sens numerique, mais comrne designation de l'espece dont il s'agit.
» En ce qui concerne cette phrase : « les deux (et pas plus) ne seront qu'une chair , » il faut observer d'abord que le contexte fait allusion au mari et a la femme seulement avcc laquelle il s'agissait de divorcer, sans s'occuper du nombre des femmes , soil une ou plusieurs. En second lieu, le mariage est considere commc relation; or, dans une telle relation , il ne peut y avoir que deux parties. De meme, si un homme a beaucoup d'enfants, sa relation paternelle est multiple, mais en vers chacun d'eux elle est unique et complete en elle-meme ; de meme aussi , si un homme a plusieurs femmes , la relation qui l'unit a chacune d'elles ne sera pas moins parfaite en elle-meme, et le mari ne sera pas moins une chair avec chacune d'elles, que s'il n'avait qu'une seule femme.
» Ainsi , Ton pourrait dire d'Abraham , en ce qui concerne Sarah et Agar individuellement : ces deux n'e'taient qu'une seule chair , et avec de bonnes raisons , car on dit de celui qui frequente les prostitutes , n'importe le nombre, qu'il est une seule chair avec chacune d'elles. (I Cor. vi, 16) : « Ne savez-vous pas que celui qui s'unit avec une » prostituee devient un meme corps avec elle? Car deux , » est-il dit, seront une chair. »
» L'expression peut done etre appliquee avec autant de justice au mari qui a plusieurs femmes qu'a celtii qui n'en
a qu'une. D'ou il suit que le commandement dont il s'agit ( lequel en effet n'est pas un commandement , ainsi qu'il a etc" d^montre, ) ne renferme rien contre la polygamie , ni comme prohibition directe , ni comme censure implicite, a moins de supposer que la loi de Dieu , telle qu'elle a 6t6 reveled par Mo'ise, etait en opposition avec les commandements precedents du Seigneur, ou que, quoique le passage en question ait ete connu d'une multitude de pretres, de levites, de prophetes, d'hommes de tout rang, dont la vie fut sainte et agreable a Dieu , la fureur de leurs passions les a precipes, par une impulsion aveugle, dans une fornication continuelle ; car nous sommes reduits a cette supposition , dans le cas ou le pr^cepte que nous examinons rendrait la polygamie incompatible avec le mariage legitime.
» Un troisieme passage invoque (Deut. xvn, 17,) est si loin de condamner la polygamic pratiquee soit par un roi, soit par tout autre , qu'il la permet expressement ; seulement il y apporte les memes restrictions qui sont faites quant a l'amas des chevaux ou des tresors , comme cela est evident d'apres les versets 17 et 18.
» Sauf ces trois passages mal-a-propos alleguCs , on ne trouve pas dans toute la loi, ni dans aucun des prophetes, qui en etaient les rigides interpretes et qui etaient constamment en garde contre les vices du peuple, la moindre interdiction contre la polygamie.
» Quant aux paroles de Christ (Math, v, 32, et xix, 5), le passage de la Genese (ii, 24,) y est repete non pas pour condamner la polygamie, mais pour refrener la liberte illimitee du divorce , ce qui est bien different , et ces pa-
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roles ne peuvent etre appliquees a un autre sujet sans violation directe de leur signification....
» On nc doit pas conclure de ces expressions (I Cor. vii, 2) : « Que chacun ait sa femme et que chaque femme » ait son mari, » que nul ne doit en avoir plus d'une, car la signification du preccpte est que tout homme devrait avoir sa propre femme, a lui-memc, mais non qu'il ne devrait en avoir qu'une. II est enseigne directement que les 6 veques et les Elders ne devaicnt avoir qu'une seule femme (I Tim. hi, 2, et Tit. i, 6) , sans doute afin qu'ils pussent s'acquitter avec une plus grande diligence de leurs devoirs ecclesiastiques. Le commandement lui-meme est une preuve suffisante que la polygamic n'etait pas dCfendue aux autres, et qu'elle 6tait alors pratiquee dans l'Eglise....
» Ecoutons les paroles de Dieu lui-m6me, car Tautcur de la loi en est le meilleur interprete (II Sam. xii, 8). « Je t'ai donne" les femmes de ton Seigneur en ton sein ; » et si c'est encore peu, je t'eusse ajoute telle et telle » chose. » Ici il n'y a point d' equivoque ; Dieu a donne des femmes a David , a l'homme qu'il aimait ; il les lui a donnees comme une de ses grandes benedictions; il lui aurait donne da vantage si ce n'eiit pas ete assez. En outre, l'argument meme dont Dieu se sert envers David a plus de force lorsqu'il est applique au don des femmes qu'a aucune autre chose. — « Tu aurais du t'abstenir de la » femme d'un autre , moins parce que je t'avais donne la » maison ou le royaume de ton Seigneur, que parce que » je t'avais donne les femmes du roi. »
» Nous ne devons pas omettre ce passage (II Chron. xxiv ,2,3): « Joas fit ce qui est droit devant l'Eternel » durant tout le temps de Jehojadah le sacrificateur , et » Jehojadah lui donna deux femmes, » car les deux mem-
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bres de phrase ne sont pas mis en opposition ni separes l'un de l'autre, mais il est dit, sans aucune disjonction, que , sous la direction de Jehojadah , Joas fit ce qui est droit, et que par l'autorite de ce meme sacrificateur il se raaria avec deux femmes... Done, puisque la droiture de Joas est mentionnee sans aucune exception relative a ce double mariage, il est evident que la polygamic n'etait pas consideree comme un sujet de censure ; car l'ecrivain sacre n'aurait pas neglige^ une telle occasion de faire cette exception , si , en realite , il s'y trouvait quelque chose qui meritat la reprobation.
» A quel titre pourrait-on considerer comme deshonorante ou honteuse une pratique qui n'est interdite a personne, meme sous l'Evangile? Car cette dispensation n'abroge aucun des reglements civils anterieurs a son introduction *. II est seulement prescrit que les Elders et les diacres soient elus parmi ceux qui sont unis a une seule femme (I Tim. m, 2, et Tit. i, 6). Ceci n'implique pas qu'il y ait du mal a epouser plusieurs femmes, car dans ce cas la prohibition aurait ete imposee a tous egalement, mais que ceux qui n'en ont qu'une seule, ayant par la
1 En 1539, !e landgrave Philippe de Hesse voulut, sa femme vivant, en epouser une seconde. A cet effet il demanda une consultation aux eminents auteurs de la reforme, Martin Luther, Philippe Melanchton, Martin Bucer, Antoine Corvin, etc. Ceux-ci donnerent un avis favorable au second mariage, a condition toutefois de le tenir secret. lis ajoutent dans leur consultation, rapportee par Bossuet (Hist, des Variations, liv. IV) : « C'est ainsi que nous l'approuvons, et dans les seules circonstances que nous venons de marquer : car l'Evangile n'a ni revoque, ni defendu ce qui avait ete permis dans la loi de Mo'ise a l'egard du mariage ; Jesus-Christ n'en a point change la police exterieure, mais il a ajoute seulement la justice et la vie eternelle pour recompense. »
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meme une moins grande responsabilite clans les affaires domestiqucs, auraient plus do loisirs a consacrer aux affaires de l'Eglise. Done, puisque la polygamic est interdite dans ce passage aux ministres de l'Eglise seulement , et non a cause d'aucun peche dans la pratique , et puisqu'elle n'est interdite a aucun autre , ni dans ce passage ni ailleurs , il s'ensuit qu'ellc etait permise , corarae nous l'avons d6montre, a tous les membres de l'Eglise, et qu'elle etait pratiquee par beaucoup d'entre eux, sans aucun scandale.
» En dernier lieu, et d'apres repttre aux Hebreux (xiii, 4), voici ma conclusion : La polygamic est ou le manage, ou la fornication, ou l'adultere ; l'apotre ne reconnalt pas un quatrieme (Hat. Le respect du a tant de patriarches qui 6taient polygames empechera, je l'espere, de la consideYer comme fornication ou adultere ; car « Dieu jugera les fornicateurs et les adulteres, » tandis que les patriarches etaient les objets de sa faveur speciale , comme il en temoigne lui-meme. Si done la polygamic est a proprement parler le mariage, elle est aussi, selon le meme apotre, legitime et honorable : « le mariage est honorable entre » tous, et le lit sans souillure. »
» II me parait suffisamment etabli par ces arguments que la polygamic est conforme a la loi de Dieu. Cependant, afin qu'il ne reste aucun doute , je citerai de nombreux exemples d'hommes que leur saintete a places au rang des modeles a imiter, et qui figurent parmi les lumieres de notre foi. Je nommerai d'abord Abraham, le pere de tous les fideles et de la sainte semence ( Gen. xvi, 1 , etc.) ; Jacob (xxx), et, si je ne me trompe pas, Mo'fse (Nomb. xn, 1).... Ensuite je rappellerai Gideon, ce remarquable exemple de foi et de piete ( Juges vm, 30, 31), et Elkana, l'austere levite, pere de Samuel, qui etait si loin de se croire moins
agreable a Dieu a cause de son double mariage, qu'il prenait avec lui ses.deux femmes , chaque annee , en la presence immediate de Dieu , pour l'adorer et lui sacrifier a Silo. II ne fut pas reprouve de Dieu, mais au contraire s'en retourna chez lui beni du Seigneur qui lui avait donne Samuel, l'excellent enfant de promission (I Sam. 11, 10)....
» Je viens a David, que Dieu aima au-dela de tout autre homme , et qui prit deux femmes outre Mical ; ceci lui arriva , non dans un temps d'orgueil ou de prosperity , mais a l'epoque ou il etait courbe par le malheur , et lorsque, comme nous l'apprenons par beaucoup de psaumes, il se livrait entierement a l'etude de la parole de Dieu et reglait sa conduite selon la droiture (I Sam. xxv, 42, 43). «Et » David connut que l'Eternel l'avait affermi roi sur Israel, et » qu'il avait eleve sonroyaumeacausedesonpeuple d'Israel, » et David prit encore des concubines et des femmes de Jeru- » salem ( II Sam. v, 12, 43). » Tels furent les mobiles, telles furent les pensees honorables et saintes dont il etait anim£, savoir par la consideration de la bonte de Dieu en vers son peuple d'Israel. Son entendement celeste et prophetique ne voyait pas dans cette institution primitive ce que dans notre aveuglement nous supposons voir si clairement. II n'hesita pas non plus a proclamer dans le conseil supreme de la nation les mobiles purs et honorables auxquels il a cru que ses enfants nes dans la polygamic devaient leur existence. « Entre tous mes fils, car l'Eternel m'a donne » plusieurs fils, il a choisi, etc. »
» Je ne dis rien de Salomon , malgre sa sagesse , parce qu'il parait avoir excede les bornes convenables, quoiqu'on ne lui reproche pas d'avoir pris beaucoup de femmes, mais d'avoir e-pouse des femmes etrangeres ( I Rois xi , \ ; Ne"hemie xm, 26). Son fils Roboam prit beaucoup de femmes,
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non pendant les mauvaises annees de sa vie, maisdurant les trois ans qu'il marcha dans la voie de David (II Chron. xi, 17, 21, 23).
» Nous avons deja parle de Joas ; il se determina a prendre deux fommes, non pour satisfaire ses passions licencieuses ou les desirs incontinents qui accompagnent le pouvoir absolu , mais par le conseil et avec la sanction d'un homme tres-sage et saint, Jehojadah le sacrificateur.
» Qui pourrait croire que tant d'hommes du caractere le plus saint ont pech£ par ignorance pendan^tant de sieeles, ou que leurs cceurs ont etc si endurcis, ou enfin que Dieu aurait tolere une telle conduite chez son peuple? G'est ici le cas d'appliquer la regie admise par les theologiens : « La pratique des Saints est le meilleur interprete » de la loi. »
Nous pourrions multiplier les citations et (Hablir surabondamment la legitimit^ du mariage patriarcal ; mais nous croyons en avoir dit assez sur ce principe. 11 nous reste a demontrer que si la polygamic est conforme a la loi divine, a la nature et aux intdrets les plus chers de I'humanit^, son application ne blesse en rien ce que Ton est convenu d'appeler la morale ou meme les bienseances. On ne s'attend pas sans doute a nous voir entrer dans des details explicites sur les relations intimes des epoux dans le territoire d'Utah ; il nous suflira de reproduire plus loin, dans un extrait de la relation publiee par M. Stansbury, l'appreciation de ce judicieux ecrivain. Nous y renvoyons le lecteur.
Nous trouvons une preuve irrecusable de la moralite qui regne la ou la polygamic est en vigueur, dans la lettre meme ecrite par les juges fugitifs d'Utah, dont nous parle-
rons bientdt. Dans ce document official, ou ils signalent au congres de l'Union la polygamic pratiquee par les Mormons, on lit ce passage, que nous emprunlons aux Archives du christianisme (Paris, 26 fevrier 1 852) , ou il est fidelement et litteralement traduit :
« Nous regardons comme un devoir de consigner dans ce rapport officiel que la polygamie ou pluralite des femmes est ouvertement pratiquee dans le territoire d'Utah avec la sanction et l'autorisation directe de l'Eglise. Cette coutume est si generale, qu'on trouverait tres-peu de fonctionnaires, et peut-etre n'en est-il pas un seul, qui n'ait plusiturs femmes. Il en resulte meme UN MONOPOLE EXTRE- MEMENT PREJUDICIABLE AUX FONCTIONNAIRES QU'ON Y ENVOIE RESIDER. >
A coup sur , cet hommage n'est pas suspect. Oui, il est certain que la polygamie constitue, dans le territoire d'Utah, un monopole extrtmemeni pr&judiciable aux fonctionnaires L1BERTINS qu'on y envoie re'sider. Ou elle est en vigueur, il n'y a plus de filles publiques pour les menus plaisirs de ces honnetes monogames. Voila le resultat de la polygamie !
Quand ce rapport fut publie pour la premiere fois , la presse americaine fut unanime pour fl^trir cette derniere phrase , qui decele dans ses auteurs, dont deux sont MA- RIES, une immoralite poussee jusqu'au cynisme. Aussi leurs amis, des la seconde edition du rapport, ont-ils fait disparaitre entierement ce honteux passage, qui d'ailleurs prouve directement le contraire de ce qu'ils veulent prouver. M. Favez, qui possede la premiere edition, a ce qu'il parait, s'est permis , selon son habitude, une petite addition de quatre mots, qui substitue au cri de la luxure desappointee celui d'une vertueuse indignation. II transcrit
(p. 70) : « ce qui etablit un monopole et presente un
» tableau pe'nible a supporter pour les officiers qui y re"-
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» sident. » Qu'cst-ce, pour M. Favez, qu'une falsification de plus ou do moins? D'aillcurs, la fin sanctifie les moyens.
Nous rcnvoyons, pour l'exposition et la discussion du principe dc la polygamic, aux trailcs speciaux publics par notre Eglise. En terniinant, nous rCpondons a une petite m6chancete dc M. Favez, qui vicnt a notre adrcsse personnelle, comme redacteur du Re flee tear . D'abord nous rcnvoyons notre adversairc a la fin dc L'article en question, page 6 de cc journal; il y vcrra la date de 1839, epoque a laquelle la polygamic n'etait pas etablie , puisquelle ne l'a ete qu'en 1843.
La revelation relative a la polygamic nous est parvenue dans le Millennial Star, au moment meme ou ee numero du Reflecteur etait sous presse a Lausanne. Le memo jour nous livrames cettc revelation a un traducteur , et nous nous disposions a 1'imprimer avec l'ouvrage de M. Pratt sur ce sujet, dont nous avions dejatraduit dans ce but deux numcros, quand nous apprlmes que la mission franca ise se proposait elle-m&me de publier tous ces documents. Deslors, et ne voulant rien precipiter dans une matiere qui exigeait des soins, nous primes le parti d'attendre. L'ouvrage n'a pas encore paru.