CHAPITRE XI
Extrait d'un ouvrage de Caswall. — Trahison du colonel Hinkle. — Sentence atroce d'une cour martiale composee de 19 officiers et de 17 predicateurs. — Mansuetude des gens d'eglise; silence de MM. G-uers et Favez. — Extrait de M. Pichot sur la persecution.
Nous pourrions nous arreter ici , car nous avons largement rempli notre tache, qui consistait a repousser des calomnies lancees sous le masque de la religion et de la vertu. Si nous consacrons quelques pages a l'historique des persecutions dirigees contre les Saints, c'est parce que nous tenons a etablir que les ouvrages de MM. Guers , Favez et autres ne sont que la queue de ces persecutions , dont les premiers instigateurs , en Amerique , furent des ministres m6thodistes. C'est toujours le meme esprit qui nous poursuit : les personnes seules changent suivant les climats. Du reste, le tableau de ces violences offrira certains details qui manquent a cet opuscule, et achevera de faire connaitre les moyens employes par nos adversaires, dans une
contree ou la liberte des cultes est consacree et garantie par la constitution. Dans ce chapitre encore, c'est chez nos ennemis que nous prendrons nos documents.
Le predicateur Gaswall, que nous avons deja cite, a ecrit un second ouvrage intitule : Prophet of the nineteenth century (le Prophete du dix-neuvieme siecle), oil il prend plaisir a raconter en detail les actes de cruaute" commis en vers les Mormons.
« Une bande malheureuse, dit-il, de 190 femmes et enfants proteges seulement par trois hommes, voyagea dans une direction l'espace de plus de vingt milles (dont neuf sur une plaine aride), sans oser s'arreter pour attendre l'arrivee de leurs maris et peres. Dans une autre direction, environ 200 femmes et enfants ont continue jusqu'a la riviere Missouri, ou ilspasserent la nuit entiere, sans abri, par une grele humide et un froid penetrant. Par suite de cette persecution, beaucoup de Mormons moururent, tandis que leurs ennemis triompbants brulaient leurs maisons abandonnees et prenaient possession de leurs bestiaux, de leurs meubles, de leurs provisions et des terrains qu'ils avaient mis en culture. Encore le mardi 30 octobre, 240 miliciens qui n'etaient pas attendus attaquerent une petite compagnie de Mormons a Haun's Mills (Moulins de Hauns). Une vingtaine de ces derniers ont ete pousses dans une forge de marecbal ou ils furent massacres de sang-froid. Les ennemis ont fait feu avec leurs carabines par les interstices des plancbesdont le batiment etait construit. Un enfant de neuf ans a survecu un instant au massacre general en se blottissant sur le soufflet. II fut ensuite decouvert et fusille. L'auteur desa mort s'est Justine en disant froidement : « Les petits rejets deviennent de grands arbres; si Ton permet a cet enfant de vivre, il deviendra Mormon comme son pere.» Un vieillard, qui avait ete soldat dans la revolution americaine, tomba frappe d'une balle, mais il vivait encore. Un des ennemis prit une faux et trancba les doigts de ce vieillard lorsqu'il etendait les bras pour demander merci. II lui detacha ensuite les deux mains, puis les deux bras, puis enfin la tete roula separee du tronc. »
La ferocite qui animait le predicateur anglican Gaswall s'exprime encore dans les lignes suivantes, extraites du
meme ouvrage (p. 178). Disons d'abord que lors de la persecution du Missouri ; quand les milices se disposaient a executer l'ordre d'extermination du gouverneur Boggs1, le colonel Hinkle, commandant de la milice des Mormons, se rendit au camp des ennemis. A son retour, il annonca a Joseph Smith que s'il voulait s'y presenter avec Sidney Rigdon , Parley P. Pratt et autres chefs de l'Eglise , il pourrait y avoir un arrangement qui empecherait l'effusion du sang. Geux-ci, confiants dans cette parole, s'y rendirent avec lui. lis etaient a peine arrives devant le general ennemi, lorsque Hinkle, s'adressant a lui, dit : « Voici les » prisonniers que j'ai promis de vous livrer. » lis furent arretes, juges et condamnes le meme soir, apres avoir essuye" plusieurs decharges d'armes a feu. Laissons maintenant parler Caswall :
« Une cour martiale fut tenue pour juger les prisonniers, sous la presidence du general Lucas. La commission militaire se composait de dix-neuf officiers de la milice et DIX-SEPT PREDICATEURS DE DIFFERENTES SECTES , qui avaient servi comme VOLON- TAIRES contre les Mormons. Cette singuliere cour decida que le prophete et ses camarades seraient conduits sur la place publiquede Far-West, et la, FUSILLES EN PRESENCE DE LEURS FA- MILLES. »
Caswall ne dit pas s'il se trouvait lui-meme parmi les dix-sept predicateurs ; au moins il etait digne de figurer dans ce sauvage tribunal , car il approuve la sentence sanguinaire dans les lignes qui suivent :
1 Si les Mormons se trouverent alors en armes contre la milice, c'est parce que, ignorant encore cet nrdro d'extermination donne par l'autorite, et ne pouvant y croire, ils s'imaginaient avoir a se defendre contre la populace ameutee, et non contre des troupes regulieres.
« Si ce jugernent eut ete execute, des milliers d'hommes auraient ete sauves de l'infamie du mormonisme, et Smith serait entre dans l'eternite avec un fardeau moins lourd de crimes irremissibles. »
0 pieux regret ! zele religieux comparable , sinon superieur a celui de Torquemada ! 0 mansuetude des gens d'eglise ! Pousses par une ardente rivalite , des ministres du Dieu de paix, oubliant les haines qui divisent leurs sectes , saisissent le mousquet et s'enrolent pour faire feu sur les Mormons ! Ne pouvant les vaincre quand ils prennent les armes pour defendre leurs foyers , ils soudoient un Judas qui les livre par trahison , et , juges alteres de sang, les condamnent a etre fusilles sur la place publique, en presence de leurs families ! Et un ministre chretien a le courage de publier ce honteux monument de l'atrocite sacerdotale !
MM. Guers et Favez ont soin de garder le silence sur ces abominations. Ne craignez pas qu'il leur arrive de dire la verite, surtout si cette verite doit fletrir leurs confreres de l'Amerique. La verite ! mais est-ce done la ce qu'ils veulent faire connaitre? Ils ont cite Caswall, mais seulement dans ses calomnies contre nous , jamais dans le recit de nos souff ranees.
Empruntons maintenant a M. Pichot quelques citations qui formeront une esquisse rapide de nos persecutions , et n'oublions pas, en lisant les appreciations de cet ecrivain, qu'il est un de nos plus ardents ennemis.
« Tandis que les dissensions de son Eglise se trouvaient provisoirement calmees par de judicieuses mesures, Joseph Smith voyait croitre l'animosit6 des Missouriens contre toute la secte. Pendant le mois d'avril, dit-il dans son autobiographie, la premiere emeute reguliere s'assembla a Independance (Sion) pour deliberer sur l'expulsion ou la destruction immediate de l'Eglise dans le comte de
Jackson. Le nombre des emeutiers etait d' environ trois cents
Apres avoir passe la journee en vains efforts pour se mettre d'accord sur un plan d'expulsion des Mormons , les liqueurs fortes ne contribuant guere a eclaircir les idees, les emeutiers finirent par un veritable vacarme missourien, et chacun resolut d'en faire a sa tete... Les Mormons etaient insultes, parfois meme battus dans les rues et sur les routes; les querelles et les collisions devenaient de plus en plus frequentes.
» Les Mormons resolurentde reclamer la protection de M. Dunklin, gouverneur de l'Etat de Missouri, et de lui demander justice des outrages infliges a la secte... Le gouverneur Dunklin ecrivit une lettre pleine de sens et de conciliation en reponse a la petition des Mormons ; il declara Vattaque dont Us avaient etc I'objet illegale et injustifiable ; il leur conseillait de rester oil Us elaienl et de s'adresser, pour le redressement de leurs griefs, aux tribunaux or din aires du pays. La lettre eut une grande publicity, et les Mormons, comptant sur la protection du gouverneur, resolurent de rester dans le Missouri et de batir Sion. lis intenterent meme une action contre les principaux meneurs de l'emeute, et s'assurerent, moyennant mille dollars, les meilleurs avocats pour plaider leur cause.
» La populace n'en courut pas moins de nouveau aux armes le 30 octobre pour les expulser. La toiture de dix des maisons des Saints fut enlevee, et ces memes maisons en partie demolies, dans un endroit nomme Big-Blue. Plusieurs autres maisons furent egalement saccagees quelques jours apres a Independance. Les Mormons, dans certains cas, defendirent leurs proprietes, et il s'ensuivit un combat regulier entre une trentaine de Saints armes de fusils et un beaucoup plus grand nombre de Missouriens Egalement bien armes. Dans cette echauffouree, deux des anti-Mormons furent tues. Les cboses prirent un aspect si alarmant, que Ton convoqua la milice sous le commandement du lieutenant-gouverneur Boggs. Malheureusement cette milice etait, depuis son chef jusqu'au dernier homme, hostile aux Mormons, el les malheureux Saints virent bienqu'ils n'avaient pas d'autre alternative que de comballre. »
Nous publierions des volumes sur ces vexations, durant lesquelles les Mormons n'obtinrent jamais la protection des lois et des fonctionnaires. L'histoire de notre Eglise se con-
fond avec celle de ses persecutions. Parmi nos ennemis , les hommes d'eglise seuls se refusent a fletrir nos bourreaux ; quelques-uns vont jusqu'a les glorifier ! Dieu leur pardonne !