‹ Les Mormons (Saints des Derniers-Jours) et leurs ennemisChapitre 23 sur 32 · LES MORMONS ET LA VALLEE DU GRAND LAC-SALE · texte numérisé non relu

LES MORMONS ET LA VALLEE DU GRAND LAC-SALE

ciations, que les honorables 6diteurs de la Bibliotheque universelle de Geneve ont cru devoir en enrichir leur savant recueil. (N° de juin 1853; Geneve, Cherbuliez.J La du moins elle a et6 reproduite fidelement. Gomme la Bibliotheque universelle n'est pas dans les mains de beaucoup de personnes , nous lui emprunterons quelques extraits, dignes a tous egards de la confiance du lecteur ; car M. Stansbury, revetu d'une mission officielle , s'est rendu sur les lieux, y a sejourne plus d'une annee, et a pu etudier a fond la conduite des Mormons et l'etablissement tant decrie par nos ennemis.

Nous citerons egalement M. Gunnison. Malgre des preventions qui l'ont parfois conduit loin de la verite, cet auteur, en general, raconte d'une maniere consciencieuse ce qu'il a vu. Bien diffe>ents des pamphlets auxquels nous venons de r^pondre, leurs ecrits, quoiqu'ils trahissent une antipathic de doctrine fortement sentie , sont exempts de cet esprit de coterie religieuse , de ce style outre de requisitoire , de ce desordre d'idees , de ces contradictions flagrantes que nous avons tant de fois signales dans les brochures de MM. Guers et Favez, qui ecrivent a trois mille lieues de ce peuple dont ils ne connaissent ni la religion , ni les lois civiles , ni les mceurs , sinon par les documents suspects transmis par leurs confreres d'Amerique , documents que l'un de nos adversaires a fletris par cette phrase deja citee : « Aupr&s de certains predicants de dinomina- » lions diverses et multiples , le Tartufe de Moliere n'est » qic'un ecolier. »

Avant de laisser parler MM. Stansbury et Gunnison , nous allons publier quelques fragments des lois qui regissent aujourd'hui le territoire d'Utah. Le lecteur jugera si ces lois , votees par le corps legislatif dans la session de

4851 , sont celles d'un peuple « livre" a tons les genres de » debauche et d 'immorality. »

« Celui qui aura connu par violence une personne agee de dix ans ou plus, ou qui aura abuse d'une enfant au-dessous de dix ans-, sera puni d'un emprisonnement a vie ou pendant dix ans au moins.

» Si quelqu'un prend une fern me contre sa volonte, a l'aide de la violence ou des menaces, et la force de l'epouser, lui ou quelque autre, ou la deshonore, il sera puni d'une amende de mille dollars au plus et d'un emprisonnement qui n'excedera pas dix ans.

» Celui qui aura connu illicitement une femme, en lui administrant quelque substance capable de produire la stupefaction ou la faiblesse du corps pour prevenir sa resistance, sera puni de la peine portee au paragraphe relatif au crime de viol.

» Si quelqu'un seduit ou debauche une femme non mariee et reputee chaste, il sera condamne a un emprisonnement de un a vingt ans, et a une amende de cent a mille dollars.

» Celui qui aura attente a l'honneur d'une femme, sera puni d'un emprisonnement de yingt ans au plus et d'une amende qui sera fixee par la cour.

» Si quelqu'un commet l'adultere, il sera puni d'un emprisonnement de trois a vingt ans, ou d'une amende de trois cents a mille dollars, ou de ces deux peines reunies, suivant la decision de la cour. Si le crime est commis par deux personnes dont l'une est mariee, toutes deux sont coupables d'adultere et punies comme telles. Nulle poursuite en adultere ne sera faite que sur la plainte de l'epoux ou de la femme.

> Si un homme et une femme, meme maries, vivent ensemble d'une maniere dissolue; si Fun ou l'autre se rend coupable d'exposition deshonnete de sa personne ou de la personne d'autrui, le coupable sera puni d'un emprisonnement de six mois a dix ans, ou d'une amende de cent a mille dollars, ou de l'une et de l'autre peine, suivant qu'il plaira a la cour.

» Quiconque tiendra une maison destinee a la prostitution ou a la dissolution sera puni d'un emprisonnement de un a dix ans, et d'une amende qui pourra s'elever jusqu'a cinq mille dollars, ou de ces deux peines cumulees. En cas de recidive, la peine sera portee au double.

•» Si quelqu'un trompe une femme reputee vertueuse et l'attire dans une maison de debauche, ou recele sciemment ou aide a rece-

ler quelque femme ainsi abusee, dans le but de la prostituer, il sera puni d'un emprisonnement de cinq a quinze ans.

» Si quelqu'un importe, imprime, publie, vend ou distribue an livre, pampblet, chanson, ou tout autre ecrit contenant un langage obscene, ou des peintures et descriptions deshonnetes, tendant ouvertement a corrompre la moralite des jeunes gens; si quelqu'un introduit un de ces imprimes dans une famille, ecole ou lieu d'education quelconque ; si quelqu'un achete, procure, reqoit ou possede de tels imprimes dans le but de les vendre, exposer ou colporter, il sera puni d'une amende qui pourra s'elever a quatre cents dollars. »

Nos ennemis, qui ne manquent jamais d'arguments, revoqueront en doute la stride et rigoureuse execution de ces lois ; et vraiment nous n'osons pas afiirmer que depuis leur promulgation elles aient 6te appliquees une seule fois. II est probable, au contraire, que l'occasion ne s'en est pas presentee. Mais il ne faut pas en conclure que, le cas echeant , la justice trahirait son devoir ou fermerait les yeux. Ici nous avons le temoignage d'un ecrivain non suspect de sympathie envers nous :

« La justice, disons-le a la louange de qui de droit, est bien mieux administree chez les Mormons qu'en aucun pays civilise de laterre.*

Et plus loin :

« Les Mormons sont en faveur de la peine de mort applicable a tous les crimes qui ebranlent les bases de la morale publique. » (La Presse, feuilleton du 28 aoiit 1853.)

Gunnison et Stansbury nous apporteront bientot d'autres temoignages qui donneront le coup de grace aux libelles de MM. Guers et Favez. Pour le moment, extra vons encore quelques passages de la Presse :

« Le travail est justement considere chez cette secte comme la source detoutes les vertus humaines. Le paresseux y est maudit et rejete comme une plante parasite et veneneuse. Le moindre chatiment qu'on inflige a l'oisif sans fortune, c'est de le laisser gemir ou

succomber sous le poids de la misere. Par travail, les Saints n'entendent pas seulement une occupation quelconque , soit physique, soit intellectuelle,maisun labeur productif. L'espritne suffit pas pour le travail; il faut, disent-ils, que les mains participent a l'oeuvre de chaquejour. Joseph n'etait lui-merne dispense ou excuse a Kirtland du labeur manuel, qu'en raison des soins excessifs qu'exigeaient de lui les affaires administratives.

» La bureaucratie est execree chezles Mormons. Le president actuel donne 1'exemple des devoirs qu'un bon citoyen doit remplir pour meriter la consideration de ses semblables, en travaillant luimeme de son etat de charpentier, qu'il exerqait avant sa conversion au nouveau culte, a la tete duquel son merite Fa place. Ce haut personnage travaille comme un simple ouvrier aux moulins qu'il possede non loin dela metropole oii il reside.

> Les sectaires ne paient pas d'autre impot que la dime de ce qu'ils obtiennent du fruit de leurs bras, et ce revenu est employe a faire face aux frais du culte et aux travaux les plus utiles a la communaute. En un mot, le travail est aussi sacre et imperieusement prescrit aux adeptes que la foi et la priere. Aussi le clerge se fait-il gloire de savoir diriger la charrue et l'outil de l'artisan, aussi bien que celebrer le service divin et faire retentir les verites du ciel du haut de la chaire du temple.

> Ce systeme social produit d'excellents effets en mettant sans cesse en contact tous les membres du clerge avec les fideles. Ces rapports intimes leur permettent de se bien connaitre, de s'apprecier et de s'estimer les uns les autres avec connaissance de cause ; car l'hypocrisie devient impossible dans des relations journalieres qui ont lieu sur le theatre du travail et de la fraternite. De la l'influence extraordinaire que le pretre mormon exerce sur les sectaires. Connaissant les besoins, le caractere, le degre d'instruction des fideles, le pretre ne fait jamais fausse route avec eux, aussi bien a l'interieur du temple qu'a l'exterieur.

•» Le mormonisme est perfectible, ainsi que le prouvent les revelations qui en changent et reconstituent sans cesse le dogme. L'erreur ne peut done manquer d'etre eloignee et bannie d'un culte qu1 prend le progres, e'est-a-dire la perfection, pour juge.

» La civilisation fait souvent usage d'instruments etranges pour deblayer son chemin et marcher a son but. Cette secte qui menaqait de detruire, disaient les envieux et les peureux, la Republique

des Etats-Unis, la religion et la famine, va produire une nation qui promet, au contraire, de raffermir et d'efurer tout ce quelle semblail vouloir aneanlir dans le principe.

» Par son travail incessant, son intelligence collective et sa bonne administration , cette secte a deja transforme un immense desert sauvage en region fertile et hospitaliere. Le glorieux etendard federal y flotte dans toutes les directions, pour y servir de guide et d'egide protectrice au voyageur qui parcourt ces recentes conquetes du progres et de la civilisation.

» Ayant vingt ans d'ici, des cbemins de fer sillonneront en tous sens ce vaste desert de l'Ouest, perforeront les flancs rocheux des montagnes qui s'y groupent majestueusement, relieront les deux Oceans, offriront au commerce et a 1'industrie des debouches d'une importance incalculable ; et cette ceuvre gigantesque, pour ne pas dire miraculeuse, sera due en grande partie a une nouvelle caste designee par le nom de Mormons. »

A cet aveu d'un ecrivain etranger a l'Eglise , il est curieux de comparer quelques lignes de M. Favez (p. 79) :

« Et c'est en parlant d'une telle population et de son heureux sort, qu'un apotre mormon, M. Snow, ecrivait : — « Tout y est en grande tranquillite; point de rapports de police, ni de meurtres, ni de guerres dans notre petit monde. Quelle paix! quel repos! quelle solitude ! Nous vivons libres ! » — Relation menteuse que les fails 3 confirmes par de nombreux temoignaycs, sont loin dejustifier. »

Cette courte citation renferme DEUX MENSONGES.

D'abord, la Voix de Joseph (p. 73), citee par M. Favez, et qu'il a sous les yeux, donne ce passage comme extra/it d'une lettre prive'e. Ce n'est done pas M. Snow qui l'^crivait , et notre adversaire se trompe volontairement en le lui attribuant.

Ensuite, la Voix de Joseph a ete imprimee a Turin en Janvier 4851 ; or, il n'existait a cette date aucun fait ni aucun Umoignage contraire, de l'aveu meme de tous nos ennemis , et M. Snow etait parfaitement dans la verite.

En effet, au moment ou M. Snow ecrivait la Voix de Joseph , M. Stansbury , capitaine du corps des ingenieurs topographes de la republique des Etats-Unis , et M. Gunnison, son lieutenant, etaient tous deux en mission dans le territoire d'Utah ; et la, vivant au milieu des Mormons, ils ecrivaient les relations dont nous allons reproduire des fragments; et qui confirment pleinement ce que M. Favez ose appeler un MENSONGE. Nous renoncons a exprimer notre indignation a ce predicant darbyste.

Voici des extraits de Gunnison :

« La gaite qui brille sur le visage de tous ces homines qui se livrent au travail, mais sans exces ; les relations constantes de bon voisinage, le calme parfait qui regne dans la ville et dans la campagne, sont des sujets d'admiration pour le voyageur qui sort des sombres et steriles gorges des montagnes pour entrer dans cette vallee florissante.

» Voici un fait qui demontre leur etat de confort et de prosperity. Ayant fait des recherches pour savoir combien de personnes seraient disposees a habiter une mdhbn des pauvres, ils n'en trouverent que deux qui etaient dans le cas de recourir a l'assistance publique, et ils en conclurent que le temps n'etait pas venu de construire tine maison de charite. Et ceci arriva parmi des milliers d'individus qui, trois ans auparavant, avaient perdu tous leurs biens ou en avaient ete depouilles, et qui avaient eu la plus grande peine a transporter leurs families dans la Vallee. (Page 32.)

» Vers la fin de novembre, l'abondance des neiges et la rigueur inusitee du froid forcerent M. Stansbury a interrompre ses travaux pour cbercher dans la ville des quartiers d'biver. Ce ne fut pas une chose facile, car l'emigration y avait recemment amene un si grand surcroit d'habitants, qu'une bonne partie d'entr'eux, et meme le president Young, etaient forces de loger une partie de leur famille dans des chariots. Ils les chauffaient avec des poeles et les meublaient de tapis, de maniere a en faire des chambres a coucher assez confortables. La securite dans laquelle vivaient ainsi, au milieu de la rue, des centaines de femmes et d'enfants, sans autre protection qu'une toile et des lois, etait vs temoignage evident de la

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