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MORALITE ET DU BON ORDRE QUI REGNAIENT DANS CETTE COMMUNAUTE

(Bibl. univ. )

Tels sont, vus cle pres par des hommes etrangers a l'Eglise, mais honnetes et veridiques, ces memes Mormons que nos ennemis presentent comme une horde de miserables affames.et livres a la plus honteuse immoralite.

Voici maintenant M. Pichot (p. 287) :

« Les Mormons ont des journaux politiques aussi bien que des journaux religieux, mais dans lesquels la politique se confond avec la religion, la presse periodique etant, plus qu'aucune autre forme de la litterature, « l'expression d'une societe. » Le sommaire d'un seul de ces journaux fait entrevoir que dans la theo-democratie mormone il y a place pour les prosa'iques interets de la vie habituelle. Ainsi le Deserel-ISews du 16 avril 1853, feuille populaire, avec l'epitaphe Verile et Liberie, quoique n'etant pas d'un tresgrand format, contient un peu de tout, et, en attendant le romanfeuilleton (prevision hasardee de l'auteur), consacre une colonne aux anecdotes, aux bons mots, aux petits vers. Disons que les anecdotes et les bons mots sont tres-decents, et que la poesie, signee d'un nom de femme, miss E.-R. Snow, est inspiree par la piete la plus virginale. »

Le Journal des Debats termine ainsi un feuilleton consacre aux Mormons [Debats du 7 novembre 1850) :

« Quoi qu'on pense de la religion des Mormons, nous devons croire a leur moralite, au desir qu'a leur gouvernement de la deve^ lopper, et a l'excellence de ses vues, si on l'estime par ses actes. Nous n'en citerons qu'un seul; il est date du 4 juillet dernier, et se compose de trois articles :

» Art. ler. II est ordonne par l'assemblee generale que toutes les liqueurs spiritueuses mises en vente dans l'Etat de Deseret acquitteront une taxe de cinquanle pour cent de leur prix de vente.

» Art. 2. En consequence, l'assesseur et le collecteur des taxes auront a lever le dit impot dans la forme prescrite par l'ordonnance rendue le 10 Janvier 1850.

:> Art. 3. Tous fers, aciers, fontes, verres. clous, quincailleries,

poteries, couleurs, huiles essentielles, teintures, thes, cafes, sucres, riz, melasses, fruits sees et autres epiceries, medicaments, bottes, chaussures et toutes especes de cuirs et peaux , sont exempts de tous droits. »

II appartenait a un organe respectable comme les Debats de faire une appreciation aussi judicieuse, aussi eclairee. Un gouvernement qui, dans le memeacte, frappe d'un enorme impot les liqueurs spiritueuses et affranchit de tous droits les choses necessaires ou utiles , donne la mesure vraie de sa moralite. Qu'importent , apres d'aussi honorables attestations, les assertions des Avard, des Hulbert , des Caswall , des Ely , des Boggs , des Bennett , pleiade de diffamateurs 6hontes, d'histrions, d'oppresseurs, d'apostats, de gens sans religion ni moralite? Qu'importe si leurs calomnies sont rechauffees , parodiees et surcharges en Europe par les Guers et les Favez , quand elles sont dementies par les Pichot , les Kane , les Gunnison , la Presse, le Journal des Debats, M. Stansbury et le Moniteur universel lui-merae , par les hommes les plus recommandables, par les journaux qui occupent un rang eleve parmi les organes de la pensee publique , et qui planent de toute leur hauteur sur les miserables tripotages , sur les tenebreuses infamies qu'engendre la jalousie des sectes? Oh! nous sommes bien venges !

Nous avons nomme le capitaine Stansbury et le Moniteur universel ; nous terminerons par des extraits de Pun et de Pautre. Ges documents fourniront au lecteur les details necessaires pour se former une idee assez exacte de nos principes et de notre maniere d'etre en Amerique, en dehors de nos doctrines religieuses, pour 1'etude desquelles nous renvoyons aux livres de PEglise. Laissons parler le Moniteur (N° du 1er avril 1853) :

« La construction du temple avancait rapidement.

La propagande aux Etats-Unis et en Angleterre amenait sans cesse de nouveaux proselytes dans la ville sainte, car ce n'est point par quelques meurtres qu'on arrete les progres d'une secte ; il faut un grand massacre , une Saint- Barthelemy pour l'etouffer. Un si grand crime est heureusement impossible au dix-neuvieme siecle ; mais la haine des Gentils ne demeura pas inactive. Dans l'automne de 1845, les hostilites contre les Mormons recommencerent plus violentes que jamais. On brulait leurs meules et leurs fermes, on assassinait des fermiers. De la part des sectaires il y eut des represailles sanglantes. On manque de renseignements precis sur les motifs qui pousserent les habitants de l'lllinois a une espece de confederation generale contre la cite de Nauvoo. Les reproches adresses aux Mormons sont trop vagues pour qu'il soit possible de leur donner creance. Quelques journaux denoncent leur ville comme un repaire de faux monnayeurs et de brigands ligues contre la societe. De leur cote, les Mormons defient leurs adversaires de citer un fait de leur desobeissance aux lois. « Si » des hommes perdus de crimes , disent-ils , ont trouve » momentanement un asile a Nauvoo, jamais ils n'ont fait » partie de notre Eglise ; jamais nos magistrats n'ont hesite » a preter main-forte aux ministres de la justice pour » poursuivre ces ennemis de la societe. »

» Tels sont les crimes reproches aux Mormons; telle est leur justification. Discerner la verite de si loin n'est pas chose facile, et cependant, il faut le dire, toutes les apparences sont en faveur des sectaires. Mais le prejuge etait contre eux. Ils se disaient, ils etaient etrangers'au milieu de leurs compatriotes. Ils etaient plus riches, plus habiles, plus heureux dans leurs speculations que leurs voisins.

lis sentaient leur superiority et s'en montraient orgueilleux. G'en etait assez pour qu'on les chargeat de tous les crimes.

» Apres de longues negotiations , pendant lesquelles la guerre civile fut plusieurs fois sur le point d'eclater dans l'Etat d'lllinois , les Mormons , toujours abandonnes par le gouvernement federal , delibererent , l'inspiration aidant , de quitter encore une fois leurs foyers, et d'aller par-dela les Montagnes-Rocheuses chercher une patrie tellement 61oignee des Gentils, qu'ils n'eussent plus de longtemps a craindre leur malice. Alors une espece de capitulation eut lieu entre les chefs de Nauvoo et le gouvernement de 1' Illinois , par laquelle les premiers s'engagerent a evacuer le pays, le second a les garantir contre toute molestation pendant le temps necessaire pour leurs preparatifs. On verra comment cet engagement solennel fut observe.

» Le pays, au-dela des Montagnes-Rocheuses, etait alors aussi peu connu que FinteYieur de l'Afrique Test encore aujourd'hui ; ce qu'on en savait , on le tenait du rapport de quelques Indiens et de ces hardis chasseurs qui vivent a la limite de la civilisation , et dont Fenimore Cooper a poetise le caractere. Pour parvenir aux montagnes , on savait qu'il fallait traverser d'immenses prairies infestees par des bandes nombreuses d'Indiens belliqueux, les Sioux , les Grows et les Schoschones. La , le bois est rare, le fourrage nul pendant l'hiver et pendant une partie de l'ete. De larges rivieres, des ravins profonds opposent a la marche des cara vanes des obstacles infranchissables. Pour trouver des gues ou des passages , il est necessaire de se detourner continuellement de la ligne directe qui conduit aux montagnes. Au pied de cette chaine toujours couverte de neiges, de nouveaux dangers, de nouvelles fatigues

attendent le voyageur. Fondrieres, glaciers, precipices bordent les passages des Montagnes-Rocheuses. Au-dela, on connaissait vagueraent Vexistence d'un grand lac sale , espece de Mer-Morte, dont les rivages etaient ou un desert, ou une Terre promise : personne ne le savait encore. C'est vers ces lieux que les Mormons resolurent de se diriger pour y fonder leur quatrieme ville sainte.

» Au commencement de Fbiver de 1846, leurs premieres colonnes se mirent en marche, precedees d'eclaireurs charges de reconnaitre le pays et de signaler les passages les moins difficiles. D'immenses convois de chariots les suivaient , traines par des mules et des boeufs , et charges de meubles, d'ustensiles aratoires, de tentes et de provisions. La marche etait lente. On campait sou vent plusieurs semaines dans le meme lieu, tandis que des detachements de travailleurs tracaient une route pour franchir une crevasse ou jetaient un pont sur une riviere. Des laboureurs, cependant, defrichaient en avant de vastes espaces et les ensemencaient , afin de preparer des provisions a leurs freres qui viendraient apres eux.

» Lorsque le soleil a desseche les hautes herbes des prairies, les troupeaux ne peuvent plus y trouver leur nourriture, abondante au printemps et apres les premieres pluies d'automne. II fallait prevoir ces dangers du climat, se temr en garde contre ces changements de saison , et se preparer des camps sur les bords des rivieres , dans les pays boises, ou bien sur des collines ou la vegetation n'est pas brulee par la secheresse.

» Pour la marche, point de route tracee ; on s'avancait la boussole a la main. Tantot les convois d' emigres sillonnaient peniblement de vastes marecages, ou, plusieurs fois dans la meme journee , il leur fallait decharger et re-

charger leurs chariots ; tantot ils entraient dans des plaines arides qui leur faisaient endurer tous les tourments de la soif et decimaient leurs troupeaux. Plus loin, exposes a des rafales de neige et de pluie, ils etaient obliges de bivouaquer sans feu sur une terre nue, humide et glacee. Quelquefois la lueur d'un incendie devorant les hautes herbes jetait l'effroi dans la caravane, et il fallait des prodiges d'energie pour ecarter le fleau.

» Aux approches de l'hiver de 1847, les Mormons fonderent une ville provisoire de baraques et de huttes baties de boue et de branchages , en attendant que la neige eiit cesse de couvrir les prairies. Ils avaient amene de Nauvoo une musique militaire qui se faisait entendre dans toutes leurs haltes. Qui le croirait? en butte aux tourments de la soif, de la faim; exposes a toutes les miseres de la vie errante, ces hommes de fer ne perclirent jamais leur gaite. Lorsqu'ils s'etaient entoures d'un retranchement de chariots, lorsqu'ils avaient parqu6 leurs troupeaux, rentre le fourrage ; lorsque les detachements envoyes pour faire du bois et de l'eau avaient assure a la troupe un jour d' existence , les predicateurs commencaient une priere , une exhortation ; les pelerins entonnaient un hymne d'actions de graces , puis la musique faisait entendre dans le desert des valses et des contredanses ; et, sauf la rarete des habits noirs et des gants jaunes , sauf des costumes un peu sauvages , des mines un peu etranges , on aurait pu se croire dans un bal champetre aux environs d'une grande ville.

» L'ordre que les chefs avaient introduit dans les colonnes d' emigres etait admirable ; jamais troupe disciplinee ne se garda mieux, ne campa, ne bivouaqua avec plus de regularity. Ni la marche ni la fatigue n'interrompaient le travail. Les femmes filaient assises sur les chariots. A chaque

halte on entendait le bruit des marteaux et des metiers. En route on faisait du drap et de la toile ; on forgeait des essieux de voitures , des instruments de labourage ; on tannait avec du goudron et a la fumee les cuirs des animaux dont la caravane se nourrissait. Jamais, quelle que fut sa situation , elle ne manqua a celebrer le dimanche par un repos complet pour les hommes et les animaux , et peut-etre n'est-il pas inutile de dire ici, comme un fait qui permet d'apprecier le caractere des Mormons, que pendant toute la duree de leur pelerinage, on ne vit personne maltraiter les boeufs et les mules qui trainaient les chariots. C'est a cette douceur et aux soins constants qu'ils apportaient a menager leurs attelages , qu'ils durent en grande partie de surmonter heureusement tant d'obstacles.

» Au milieu de leurs campements, lescorbut et le typhus les atteignirent , et en peu de jours firent de nombreuses victimes. Des families d'emigrants furent enlevees tout entieres, et il n'y eut guere de detachement qui ne perdit un tiers de son effectif. lis avaient fait provision de medicaments aussi bien que d'armes et de meubles de toute espece ; mais personne n'avait songe a emporter des cercueils. Pour des hommes de race anglaise, etre porte dans la terre a demi-nu , sans une biere bien close , c'est une aggravation a la mort. Dans notre vieille Europe, au sein de nos grandes villes , on a vu plus d'une fois , dans les epidemies, les cadavres abandonnes sans sepulture. Les Mormons imaginerent de creuser peniblement des troncs d'arbres qu'ils allaient chercher fort loin, et d'y renfermer leurs morts. lis ne manquerent jamais a ce pieux devoir, et Ton peut aujourd'hui calculer leurs pertes et suivre leurs traces aux amas de pierres soigneusement entass^es le long de la voie qu'ils ont suivie.

» Pendant que les premieres colonnes des Mormons traversaient peniblement la prairie et frayaient parmi les plus rudes fatigues une route aux freres qui allaient les suivre, le reste des citoyens de Nauvoo travaillait avec un redoublement de zele et d'activite a l'achevement du temple. lis s'etaient fait un point d'honneur , un devoir religieux de n'abandonner leur patrie qu'apres avoir consacre ce monument mysterieux de leur culte. Au jour fix6, un grand nombre d'etrangers arriverent a Nauvoo de toutes les parties de l'Union. Quelques-uns avaient abandonn^ leurs campements de la prairie pour assister a cette solennite douloureuse ; car ce temple , eleve de leurs mains , decore" des offrandes du riche et du pauvre, allait bientot etre abandonne aux Gentils. Un instant cette ville, vouee a la destruction, reprit une apparence de vie et se para pour sa derniere fete. Les ceremonies sacrees s'accomplirent , et quelques heures apres tous les mysterieux ornements du temple disparurent, la foule des pelerins se dispersa, et le plus grand nombre reprirent tristement le chemin du desert.

» Les derniers travaux pour l'achevement du temple avaient cependant ranime la haine des Gentils de l'lllinois. lis savaient que les Mormons avaient rendu les armes qu'ils avaient recues du gouvernement ; ils avaient vu la fleur de leur jeunesse partir pour les Montagnes-Rocheuses , et ils espererent avoir bon marche du reste. Au mepris de la convention juree, un corps d' environ deux mille hommes, avec du canon, se presenta devant Nauvoo, esperant surprendre la ville. Ils furent chaudement repousses par une petite troupe de trois cents hommes de la legion de Nauvoo, commandee par un general Wells, Ce fut seulement lorsque le dernier delachement des exiles se fut mis en

marche que la horde assiegeante penetra dans la ville. Elle y celebra sa facile victoire par des orgies , et bientot par l'incendie du temple, qui n'offre plus aujourd'hui que l'aspect d'une ruine ancienne.

» En meme temps que Immigration apprenait , dans le desert, la perfidie de ses ennemis et recevait cette nouvelle preuve de 1' indifference ou de l'impuissance du gouvernement a faire respecter les promesses les plus sacr^es, un message du president des Etats-Unis venait sommer les exiles, comme citoyens de l'Union, de fournir leur contingent a l'armee federate , qui se disposait alors a attaquer la republique du Mexique. II n'y eut pas un moment d'hCsitation. La loi commande, il faut obeir. Le lendemain de la reception de cet ordre , un bataillon de cinq cent vingt hommes partait pour la Nouvelle-Californie, pret a verser son sang sous ce drapeau dont l'ombre ne les avait jamais proteges. En ce moment , bien qu'ils se trouvassent sur le territoire d'Indiens nombreux et assez mal disposes a leur livrer passage , les exiles se separerent , sans murmurer, de la fleur de leurs soldats. On vit alors les femmes remplacer les hommes dans une partie de leurs travaux. Elles guidaient les attelages, et parfois conduisaient les charrues. Le malheur et le sentiment religieux avaient uni les sectaires qui semblaient ne plus faire qu'une famille. Dans les marches , chacun abandonnait son chariot pour relever ou reparer celui d'un camarade. Le riche partageait son pain avec le pauvre ; et si de tels actes ont valu aux Mormons le reproche de communisme , souhaitons a toute l'Europe de n'en voir jamais que de semblables !

» Le 21 juillet 1847, apres dix-huit mois passes dans le desert, l'avant-garde des Mormons arriva sur les bords du Grand Lac-Sale. Quelques jours apres un terrain avait ete

consacre pour l'emplacement d'une ville , et tout autour on voyait des boeufs labourer la terre , des hommes ensemencer , planter, arroser. Les colons s'occupaient activement a distribuer, clans des canaux d' irrigation, les sources d'eau vive qui tombent des montagnes pour se perdre dans le Lac-Sale. D'autres profitaient de ces ruisseaux pour etablir des moulins et des scieries. En Janvier 1848 ils avaient bati un fort capable de repousser toutes les tribus indiennes du Nouveau-Monde. Six mille acres avaient ete enclos de palissades, selon l'usage americain, et une population de plus de cinq mille personnes etait fixee dans la ville nouvelle, qui porte le nom de Deseret, mot mysterieux qui, dans la langue des anges , signifie la cite1 de I'abeille. Les Mormons ressemblent, en effet, a I'abeille par leur activite incessante et leur faculte de changer de demeure sans changer de caractere. Pour eux, le travail est une loi divine. « Nous sommes , disent-ils , les fermiers du Tres- » Haut ; notre devoir est d'ameliorer son champ , pour » qu'il en nourrisse ses Saints. » On ne voit pas un individu inoccupe dans leurs pays. Le president-prophete , M. Brigham Young, est charpentier, et, a ce qu'il parait, charpentier fort habile. Joseph Smith , en raison de ses inspirations continuelles qui lui prenaient beaucoup de temps, est le seul Mormon qui ait ete dispense de travailler de ses dix doigts.

» Aussi, pas un pauvre parmi eux. Je me trompe : apres avoir construit des ecoles , un hotel-de-ville , un caravanserail pour les etrangers , ils penserent a batir un hospice pour les pauvres. En gens prudents qu'ils sont , ils voulurent savoir combien de leurs freres avaient besoin des secours de la communaute : il y en avait deux, qui se sont peut-etre enrichis depuis lors. »

Nous avons nomme aussi le colonel Kane. L'auteur cles Mormons illustres lui a emprunte le rapport qu'il a fait a la Societe historique de Pensylvanie , le 26 mars 1850, ( Historical Society of Pennsylvania , March 26 , 1 850 ) , sauf la partie qui lui a sans doute paru trop favorable a notre Eglise, et qu'il a tout simplement laissee1. G'est une lacune que nous allons combler.

« Je viens d'accomplir la tache que m'avait imposee 1'invita-

tion de votre comite. Je 1'ai fait aussi completement que possible, sans abuser de votre bienveillante patience. Mais je ne dois pas terminer sans exprimer en quelques mots precis l'opinion que j'ai congue et que je conserve des Mormons; les libelles diriges contre eux m'en font un devoir de conscience. Peut-etre aussi mon opinion sera mieux comprise apres l'expose que je viens de faire.

» Je vous ai parle d'un peuple que son industrie a enrichi, autour duquel elle a rassemble tout ce qui constitue l'abondance, le confort, le luxe d'une vie raffinee. Je vous les ai montres repousses jusque dans les lieux sauvages par la brutalite et contre toute justice ; cherchant sur un sol vierge un foyer bien loin des lieux qui leur etaient chers ; s'avancant prives du necessaire, endurant la faim et decimes par la maladie; emmenant peniblement avec eux leurs femmes et leurs enfants, les vieillards, les pauvres, les infirmes ; remplissant chaque jour, durant leur marche. les devoirs du Chretien; resserrant les liens de la famille, de l'amitie, de la charite; partageant le necessaire et bravant le danger; joyeux au milieu des privations, et perseverants jusqu'au triomphe. Je vous ai parle d'hommes qui, menaces par la famine, atteints par la contagion, mais toujours doues de l'energie qu'exigeait la necessite du moment, construisaient des routes et des ponts, tracaient des villages

1 M. Pichot, moins scrupuleux encore, s'approprie, dans le commencement de son ouvrage, environ trente-cinq pages du rapport de M. Kane; puis, sans indiquer qu'il cesse de transcrire cet ecrivain, il l'abandonne neanmoins et se met a reproduire les calomnies des methodistes americains , laissant croire au lecteur que ces choses sont empruntees au colonel Kane, qui s'est bien garde de les reproduire, car il en connaissait la faussete. Nous devions signaler cette petite trahison de M. Pichot.

et preparaient des champs de ble pour ceux qui viendraient apres eux, pour des hommes auxquels ils tenaient par une nature commune, peut-etre par une souffrance commune; d'hommes qui ont ramene la prosperit6 dans leurs maisons fondees au desert, et qui, dans leur cite a peine batie, etendent leur pieuse hospitalite sur les emigrants en detresse; d'hommes qui, loin du frein des lois, y obeissent par pure volonte, ou trouvent au fond de leur religion quelque chose qui n'est pas en contradiction avec les lois humaines, qui en est meme la consecration, et qui sollicitent actuellement du gouvernement des Etats-Unis, non une indemnity, car leur appel serait sans espoir, et ils le savent, — non une protection, car aujourd'hui ils n'en ont pas besoin, — mais cette identite d'institutions politiques, cette communaute de lois avec nous, qui etait sans contredit leur droit de naissance quand ils furent pousses au-dela de nos limites.

» J'ai dit que je voulais vous exprimer l'opinion que je me suis creee des Mormons ; vous pouvez en tirer une pour vous-meme de ces faits. J'ajouterai que je ni'ai pas encore entendu une seule accusation dirigee contre eux comme peuple, contre la purete habituelle de leur vie, leur probite dans le commerce, leur tolerance pour les divergences d'opinion religieuse, leur respect pour les lois et leur devouement au gouvernement constitutionnel sous lequel nous vivons, que je ne sache parfaitement, par mes propres observations ou le temoignage des aulres, etre denlee de tout

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