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QUATRIÈME PÉRIODE : PÉRIODE DE CACHEXIE

Pendant assez longtemps, malgré des malaises passagers, la morphinomanie est compatible, surtout si le morphinomane vit dans de bonnes conditions hygiéniques, se surveille et ne s'abandonne pas les yeux fermés au courant qui l'entraîne, avec un état général assez satisfaisant, l'exercice d'une profession et les exigences de la vie sociale. Il vient un moment, toutefois, oîi l'équilibre se rompt : l'on voit alors les troubles fonctionnels que je viens de décrire s'accentuer et devenir permanents, le sujet perdre dans l'usage de la morphine toute retenue et toute prudence et se dessiner cette déchéance physique, intellectuelle et morale qui présente avec celle de l'alcoolisme cbronique de si frappantes analogies.

Les symptômes du morphinisme cachectique ne diffèrent guère de ceux de l'opiophagie poussée à ses dernières limites, laquelle a, de préférence, exercé le talent descriptif des observateurs. « L'intoxication chroniquepar l'opium, dit Litle,estcaractérisée par les phénomènes suivants : troubles dans le sommeil, étourdissements, tournoiements de tête, quelquefois de la céphalalgie; un appétit capricieux, une langue blanche, souvent de la constipation; un sentiment d'oppression indéfinissable et la perte d'expression du regard. Plus tard, une sécrétion abondante de mucus se fait par les yeux et souvent par le nez ; les digestions sont trou-

l'on so propose d'entreprendre. L'emploi de cette méthode, qui n'a d'un peu cruel quo l'apparenco, est parfaitement admis dans les hôpitaux et la plupart des malades s'y prêtent volontiers.

1. Voir Ranvier, Leçons sur L' histnlnyie du si/stème nerveux. Paris, 1878; et Lkloih, Hecherc/tes cliniques et analomo-palijologiques sur les affections cutanées de nature nerveuse, Th. Paris, 1882. "

blées, la miction difficile el un (''coulement muqueux se fait par les organes de la f,'énération. Les organes sexuels, d'abord anormalement excitables, perdent peu à peu leur tonicité; le corps maigrit, les muscles s'émacient et sonlle siège de douleurs intenses pendant la première moitié de la journée; peu à peu, les traits s'affaissent et prennent un air d'hébétude caractéristique. En même temps, les sourcils se froncent, lès paupières s'entourent d'un cercle noirâtre, les yeux s'irradient et prennent un aspect hagard et stupide. Les traits acquièrent l'expression d'une vieillesse prématurée; les facultés génitales s'affaiblissent et, chez les femmes qui ont des enfants, la sécrétion lactée ne s'établit pas. Bientôt les aliments et les boissons sont vomis presque continuellement; il y a des douleurs d'estomac, même quand le malade n'est pas sous l'influence de l'opium ; souvent il y a de la diarrhée, les urines sont troubles, rendues à des intervalles plus rapprochés; des maladies de vessie se développent assez souvent. Dans d'autres cas, c'est une dyspnée qui peut aller jusqu'à la suffocation ou bien ce sont les signes d'une affection organique du cœur qui se développe; d'autres fois, ce sont des affections furonculeuses ou charbonneuses très graves. Le moral est profondément atteint; le fumeur tombe dans un état d'indolence, d'apathie, qui lui fait abandonner son travail et souvent demander au vol l'argent dont il a besoin pour satisfaire sa funeste habitude. Sur quarante Chinois enfermés dans la prison de Singapoor, trente-cinq étaient fumeurs d'opium et quatorze d'entre eux dépensaient par mois, en opium, huit schellings de plus qu'ils ne gagnaient. »

Le tableau clinique du morphinisme cachectique ne le cède en rien à celui que l'on vient de contempler. II est encore aggravé par les troubles tropliiques de la peau qui couvrent le corps de furoncles, d'abcès, parfois même de phlegmons et d'anthrax. Pâle, émacié, la peau terreuse, l'haleine fétide, les yeux hagards ou éteints, le corps couvert de plaies suppurantes et de cicatrices, le malheureux morphinomane ne vit plus que pour la morphine, ne pense plus qu'à elle, erre comme une âme en peine à la recherche du poison et ne recule, pour s'en procurer, ni devant la honte d'en mendier, ni devant le péril d'en voler; il ne compte plus les piqûres; son intelligence est éteinte, son sens moral annulé; le temps qu'il ne consacre pas à lare-

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