‹ Les Morticoles ... 8. milleChapitre 19 sur 19 · I.K& >l(illTli;OLes ;ri · texte numérisé non relu

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noire patrie. » J'avais gravé dans ma mémoire les paroles séductrices que, dans une circonstance solennelle, avait prononcées Sominde et jp les rcpélai ponclueliement : N'y aurait-il pas moyen de s'arranger, cher maitru? Nous serions disjtos^s niix jihm grands- sarripcrs. Pris d'une subite inspiration, j'allai à la fenêtre, je soufflai sur la vitre, et, sur la buée de mon haleine, j'écrivis: dix mille francs, puis j'elfagai aussitôt. Crudanet, de son œil' en vrille, inspectait alternativement nos visages. Us le rassurèrent, car il baissa la voix : « C'est bien, je mets à votre disposition une galère de l'État. Où est l'argent? — Le* voici, maître. » Sanot déposa, sur la table encombrée de livres savants, sa pesante ceinture. Que celle-ci semblait lourde et dominatrice! Crudanet secoua les pièces d'or, les compta, les rangea dans un tiroir le plus naturellement du monde, comme si elles étaient le pris de la consultation. Je regrettai une minute de n'avoir pas tracé Cinq mille, mais il était trop tard. Le grand maître des Morticoles écrivait à sa table de sa petite écriture systématique. J'aurais volontiers léché ses pieds. 1! me tendit le carré de papier, timbré du sinistre cachet : « Sur le port..., tout de suite...; au maître de la navigation. Bon Tojage! B

Deux heures après, nous quittions le quai tous les trois, sur une grande galère pourvue de vivres pour deux semaines et battant pavillon des Moriicoles. Un vent frais nous favorisait. Nous ne sentions point la pluie. Nos craintes étaient dissipées, La forte cloche de l'Espoirct de la Liberté tintait à gros bourdon dans nos poitrines. Quand nous eûmes dépassé la jetée, et qu'un courant plus vif nous annonça la pleine mer par un frémissement joyeux le long des sabords, je me jetai à genoux et fis une fervente prière. En me relevant, je vis la tête de mort blanche descendre du grand mât, aussitôt remplacée par une crois bleue. Trub hurlait, agitant sa casquette : « Qu'elle nous protège !

Qu'elle nous protège ! i Alors je me plaçai enlre mes camarades, la main sur l'épaule de chacun d'eux, tourné vers l'horizon libérateur, et je m'écriai : a Mon Dieu, tous éles la source de loule bonté, de tout amour. Sans vous, la conscience n'est iiu'uii mol, l'Iiomnie (|u'uii amas de boue et de sang. Que l'exemple des Morlicoles, cité par nous, serve à tout le monde I Les malheureux ont cru que la Matière suffisait à tout; ils vous ontcbassé de leurs âmes. Votre vengeance, c'est leur état de mensonge, de haine et de misère. Se croyant libres, ils sont esclaves; se crojant immortels parla connaissance, ils sont les plus ignorants et les plus éphémères des hommes, car la haute vérité leur échappe, laquelle n'est qu'en vous et ne vient que de vous. Accablés de maux, aveugles et sourds, ils tâtonneront sans cesse dans une obscurité meurtrière, tandis que les simples d'esprit et de cœur verront clair, auront des émotions pures et la béatitude éternelle. Gloire à vous, seul glorieux! Malheur, trois fois malheur à cette cité néfaste où votre nom est oublié ! »

G. CHABPE^TIER et E. FAS(JUELLE, Éditeurs

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