LES HÉMORROÏDES DE LOUIS XI
11 serait sans doute téméraire de vouloir, à l'exemple de ce que Michelet, après Lemontey, a fait pour Louis XIV, diviser le règne de Louis XI en deux périodes : avant et après les hémorroïdes. Ce roi, pourtant, a souffert presque toute sa vie des bémorroïdes] elles ont été son tourment constant, et elles suffiraient presque à elles seules à expliquer Tirritabilité de caractère, l'humeur agressive de ce sombre et maladif monarque, qui avait ses heures de gaieté — une gaieté de pince-sans-rire, mais qui n'allait pas sans une certaine causticité; on en a un exemple dans cette anecdote, qu'a rapportée quelque part l'érudit Armand Baschet *.
Dès la nouvelle de la mort de Charles Vil, les Vénitiens avalent dépêché auprès de Louis XI, comme
i. Les Princes de P Europe au Xf^I* siècle, p. 197 et suîv.
pour lui rendre hommage, deux ambassadeurs extraordinaires, Bernardo Giustiniano et Paolo Barbo.
Louis XI était loin d'être un ami sûr pour les Vénitiens et, dans les deux ans qui précédèrent la signature du traité de 1478, il se montra plutôt favorable aux intérêts de Milan, excitant l'ambassadeur du Sforza à conseiller à son duc Tenvahissement des possessions vénitiennes.
Une dépèche de cet ambassadeur milanais, Francesco Pietra-Santa, nous révèle sous un jour singulier la politique et les procédés de notre Roi de France.
La dépèche de l'envoyé milanais, dont M. Baschet a donné l'interprétation fidèle d'après le texte italien, renferme une phrase latine, que l'ambassadeur met dans la bouche de Louis XL 11 serait malaisé de la traduire sans lui ôter la piquante originalité qui est en elle. Les convenances même du langage de nos jours interdisent particulièrement la traduction du second membre de la phrase. On sait, du reste, que le roi Louis XI avait l'esprit trop gaulois pour ne point appeler les choses par leur nom.
Le samedi matin j'allais à la Cour, écrit Tambassadeur, et aussitôt que le Roi fut levé, bien qu'il ne fût encore qu'en robe de chambre {{apparello), il me fit appeler daris son appartement, et s'étant assis à une fenêtre, il me dit avant toutes choses qu'il s'était trouvé malade : puis s'étant informé si maître Pantaléon était avec moi, il le fit appeler.
Sa Majesté s'exprimant alors en latin, dit ces propres paroles : « Ego sutn passas emoroydos, quas etiam aUas^ babuif sed nonfueruni iia véhémentes ^ quod credo fuisse pr opter lahores animi et corporis in itio itinere el in eogiiandis rationibuê bellorum et etiam pr opter ahstinentiam cottus quia stet tanto tempore absens àb uxore meâ. En sorte que ce mal m'a causé quelque chaleur de tête {eerte fumositate alla testa) et m'a produit des palpitations au cœur qui me donnent de grands tourments.» Et saisissant le bras (sporgendioilbraccio) à maître Pantaléon, il voulut qu'il lui touchât le pouls et
recommanda à ses médecins de s'entretenir avec lui parce qu'il était valenibomOj qu'il le connaissait depuis trente ans, et ainsi maître Pantaléon lui donna une consultation...
On voit la préoccupation constante de Louis XV . 11 ira même jusqu'à demander une consultation à un médecin italien, par la double entremise du duc de Milan et de son ambassadeur à la cour ducale , et ce dernier sera chargé de faire la description des hémorroïdes royales. *
On peut s'étonner de cette désinvolture du médecin soignant à distance et par lettre ses malades. Mais ceci est courant dans la seconde moitié du moyen-âge'.
La consultation que nous reproduisons n'est pas datée. Notre confrère le D' Ferrari, à qui nous en devons le texte, pense qu'elle dut être écrite aux environs de 1466.
Elle fut, en effet, demandée par Emmanuel de Jacopo ou de Jacob, ambassadeur du roi auprès du duc de Milan. Or, cet ambassadeur fut accrédité à cette époque, si nous nous en rapportons à la Correspondance du roi.
On y lit, en effet, à la date du 25 avril 1460 :
De par le Roy,
Très cher et très amé frère et cousin, nostre chier et amé Manuel de Jacob, nostre serviteur et ambassadeur, s'en va présentement par devers vous auquel avons chargé vous dire aucunes choses : si vous prions que en tout ce qu'il vous dira de nostre part, veuillez adjouter plaine foi et créance.