‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 104 sur 277 · Le Roux de Lincy, op. cit., 1, p. 137 et suiv · texte numérisé non relu

Le Roux de Lincy, op. cit., 1, p. 137 et suiv

2. A une heure du soir, d'après une lettre de Louis Xll à Isabelle, reine de Castille (Britisb muséum, coU^ Egerton, vol. 743, f* 8), citée dans le Xl^t siècle et les Valois, par le comte H. de la Perrière.

gorge... Ce prince vesquit dans l'effort de ce catarrhe environ neuf ou dix heures... »

Que signifie ici le mot de catarrhe? S'agit-il d'une toux quinteusePou d'une expectoration provenant de la gorge? Nous avouons notre impuissance à fournir une explication acceptable. N'oublions pas que Comines n'était pas sur le lieu de l'accident ; que sa version est de seconde main : cela seul doit nous mettre en défiance. Ce qu'on ne saurait mettre en doute, c'est qu'il y eut un traumatisme crânien, et qu'il a très bien pu en résulter soit une commotion cérébrale, soit même une fracture du crâne; mais on n'a observé chez le roi, ni convulsions, ni paralysies, ni contractures, ni troubles de l'intelligence ou de la sensibilité. 11 a eu cependant de l'aphasie transitoire.

Faudrait-il en conclure que le traumatisme ne peut en aucune façon être invoqué comme une des causes de la mort de Charles Vlll et qu'il n'y a eu là qu'une coïncidence ? Alors nous serions ramené à l'hypothèse de Vapoplexie — ou à celle de V empoisonnement ?

Cette dernière version a rencontré, nous devons le dire, des partisans résolus. C'est ainsi que Paul de Musset, qui avait fouillé, lors de son voyage en Italie, les archives de Venise, a publié jadis dans le National, en 1848, un article qui produisit, à son apparition, une sensation marquée. Dans cet article, l'auteur reproduisait un certain nombre de documents qui inculpaient nettement le Sénat de Venise d'avoir fait empoisonner Charles VUI. Déjà, ôznssts Annales et Histoire de France, btXMoxtsl avait rapporté qu'on disait, mais sans preuves, que

Charles y III avait été empoisonné en fleurant une pomme d'orale.

C'est une tendance trop générale qu'ont la plupart des historiens, j'entends ceux qui mêlent trop complaisamment le roman ou la légende à l'histoire, de faire intervenir la puissance mystérieuse et occulte du poison, quand la solution leur paraît trop « bourgeoise », si on nous permet cette expression.

Dans le cas de Charles VIII, il nous semble que l'ébranlement nerveux, qui a dû résulter du choc de la tête contre le corps étranger*, chez un homme déjà usé par les plaisirs, et qu'on nous représente de tempérament faible, a pu suffire à provoquer la mort. Nous nous en tenons donc provisoirement à cette conjecture, que de nouveaux documents pourraient bien ultérieurement infirmer.

I. La porte, contre laquelle Charles VHl se heurta le front, existe encore au château d'Amboise. Elle est au bout de la terrasse. Le haut est cintré et un peu surbaissé. Au dessus on a sculpté le porc-épic, qui est, comme on le sait, l'ârae delà devise du roi Louis Xll. Le sol a été baissé, depuis, de cinquante centimètres. (Le Roux de Lincy, op. cit,).

lioais Xn

Mort, le i*' Janvier 15 15, de la Goutte.

Les quatre enfants qui naquirent de l'union de Charles VUl avec Anne de Bretagne qui avait été contractée en 1491 (6 décembre), succombèrent en bas âge.

Au mois d'août 1495» Charles Vlll, alors à Turin, recevait une lettre l'informant que la petite vérole régnait à Amboise, et .qu'on attendait ses instructions à cet égard. Le roi s'empressa de donner Tordre d'assembler plusieurs médecins, afin de savoir si le dauphin courait quelque danger.

Olivier Laurens, Bernard Chaussade,Jean Michel et plusieurs autres médecins se réunirent. Le résultat de la consultation fut qu'il y avait eu des cas de petite vérole à Amboise, mais qu'elles tiraient à leur fin; du reste, des ordres étaient donnés pour empêcher les gens de la ville de communiquer avec le château. Les archiâtres estimèrent qu'il n'était pas nécessaire que l'enfant changeât de résidence. Anne de Bretagne envoya au roi un courrier rassurant.

Les nouvelles devenaient bientôt plus alarmantes et le 6 décembre, le dauphin succombait, à peine âgé de 4 ans (il était né le 10 octobre 1492).

Chacune des trois années qui suivirent la mort du jeune dauphin, Anne de Bretagne mit au monde un enfant.

Le premier fut un fils nommé Charles: il naquit le 8 septembre 1496 et mourut le 2 ou 3 octobre suivant; le second fut encore un fils, nommé François, né en 1497, mort peu de jours après sa naissance; le troisième fut une fille, née en 1498, quis'àppelaitcommesamère, Anne;t\\t ne vécut pas* .

Anne de Bretagne ne fut pas plus heureuse avec son second mari.

Elle eut avec Louis Xll le même nombre d'enfants qu'avec Chartes VIU : deux fils, dont Thistoiren'apas conservé les noms; et deux filles. Les

I. « En vain la pauvre mère prenait-elle toutes sortes de précautions pour assurer la vie de ces frêles créatures que la hiort lui arrachait si vite: elle appelait de son pays, ou des environs, les femmes des officiers de sa maison, ou de celle du roi, pour lui servir de nourrfces ; les croj^nces superstitieuses de sa Bretagne lui revenaient à Tesprit: elle avait un coifret rempli d'amulettes ; elle en tirait pour les donner à la nourrice, avec un chapelet de cassidoine et jaspe, un écu de Guyenne enveloppé dans du papier, un morceau de cire noire renfermé dans une bourse de drap d'or, six langues de serpent : une grande, deux moyennes, trois petites ; le sort fatal qui poursuivait la reine ne put être conjuré. L'opinion singulière que ces naissances funestes résultaient de l'illégalité du mariage de Charles VllI avec Anne de Bretagne courut le monde, et l'impitoyable Commynes eut soin de la répéter. » Le Roux de Lincy, op, cU,y 1. 1, p. 134-5.

fîlles seules ont vécu. L'aînée, Claude de France \ née le 15 octobre 1499, épousa François d'Angoulême, devenu roi sous le nom de François 1"; la seconde, Renée de France (1527), naquit à Blois, le 25 octobre 1510; elle épousa le duc de Ferrare ' . Le premier fils, issu du mariage de Louis XII avec la reine Anne, vint au monde le 21 janvier 1 503, après le voyage que fit Anne de Bretagne dans le Dauphiné et à Lyon, mais il mourut en naissant; le même sort était réservé au second, qui vint au monde le ai janvier 15 12*.

De nombreux portraits en buste ou en pied, de nombreuses médailles nous permettent de juger du physique d'Anne de Bretagne,

Elle était d'une taille moyenne (sa taille éstoit

1. Ce fut pendant la première expédition du roi, quelques jours après son entrée à Milan, qu'Anne de Bretagne donna le jour, au château de Blois, à cette fille.

L'année 1507, elle eut de vives inquiétudes au sujet de cette enfant: celle-ci fut prise, au mois d'avril, d'une « fièvre continue », que les médecins s'empressèrent de déclarer inguérissable.

Claude avait alors un peu plus de sept ans ; elle revint à la santé malgré les fâcheux pronostics des médecins; aussi la reine les chassa-t-elle hors de sa présence et défendit-elle qu'ils approchassent de son enfant. Obligée de quitter Blois et de se rendre à Grenoble au devant du roi, qui revenait d'Italie, après avoir puni la révolte de Gênes, elle avait défendu à la dame de Tournon, gouvernante de la petite princesse, de laisser venir aucun médecin : « Ma commère, lui écrivait-elle de Grenoble, à la date du 11 Juin, j'ay reçu vos lettres et les bonnes nouvelles de ma petite fille dont je suis bien ayse : faites m'en toujours savoir... Elle n'a que faire des médecins et vous en donnez toujours garde comme avez fait jusqu'ici.»

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