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V. notre Cabinet secret de r histoire, 4* série

11 est aujourd'hui prouvé que, contrairement à la légende, le roi François ne succomba pas aux suites de la maladie que nos voisins appellent le mal français et que par de justes représailles, nous nommons le mal napolitain. Le savant spécialiste Cullerier avait fait cette démonstration, le plus lumineusement du monde, dans une substantielle Bien que peu épaisse brochure*.

Mais, contrairement à Cullerier, qui attribue la mort de François 1*"^ à « une affection des voies urinaires, avec abcès dans les environs du canal de Turèthre, accompagné probablement d'une fistule urinaire »; contrairement à Corlieu', qui, après avoir parlé à! intoxication urineuse, conclut que le roi a succombé, « consumé à la fois par les embarras politiques, par les jouissances d'une vie de fatigues et de plaisirs de toute nature, à l'exception de ceux de la table )>, nous nous en tenons à l'opinion que nous avons déjà émise, à une autre place : à savoir que le roi François est mort des suites d'une fistule tuberculeuse^.

11 avait, à quelques mois près, le même âge que son prédécesseur au trône : cinquante-trois ans.

1 . Tirage à part de la Galette behdomadairede médecine, i8s6.

2. La mort des rois de France depuis François /•', par le D' Côrlieu (1892).

. }, Au mois d'août 1^96, il avait eu un abcès dans la région occipitale, qui s'ouvrit spontanément un mois plus tard. Cet abcès pouvait bien être de nature tuberculeuse, d'autant que, sMI s^est ouvert spontanément, il a bien pu rester fîstuleux.

lie dauphin pirançois

Mort, le 12 août 1536, d'une Pleuro-Pneumonie.

Sur les sept enfants qui naquirent de l'union de François I" avec Claude de France, deux (deux filles) succombèrent en bas âge : Louise, née le 19 août 151 5, morte deux ans plus tard; Charlotte (i 516-1 524) ; une troisième fille, Madeleine, épousa Jacques V d'Ecosse ; son mariage fut stérile ; elle mourut à dix-sept ans * .

Des trois garçons, François, né le 28 février 1518*,

i. « D'une fièvre éthique », probablement de phtisie aiguë.

2. Et Charavay a tiouvé dans le Fonds Bétbuns (Bibl. nat., F. Fr. 2990, f' 29) cette curieuse lettre, annonçant la naissance du dauphin François :

« Dimanche dernier environ cincq heures après mydy la Royne nous fert ung beau daulphin qui est le plus beau et puissant effant que lonsauroit veoir et qui se faict le myeulx nourrir. Et la Royne qui se trouve fort bien et faict très bonne chère grâce k Nostre Seigneur. Aussy faict le Roy, Madame et mez petittez dames leurs filles. » Cf. Revue des Documents historiques, 2* année, p. 49 (n.). ' Marguerite de Navarre nous apprend que le Dauphin eut la rougeole au commencement de l'année 1526, en même temps que ses frères. 11 fut soigné sans doute par les médecins attachés à sa personne, c'est-à-dire : M' Christophe de Forest, qui touchait 300 1. t. d'appointements annuels; M* Pierre Tremeulet, 400 1, t., tandis quelesapathicaires", Julien Bauge

mourut âgé seulement de dix-huit ans (1536), nous dirons tout à l'heure de quelle fdiçon; Henri, qui fut roi de France sous le nom de Henri II, succomba accidentellement; enfin le troisième, Charles, duc d'Orléans, (i 522-1 545), mourut sans alliance et, par suite, sans descendance légitime. Il succomba aux suites d'une affection aiguë (fébrile) des voies respiratoires, consécutive à l'ingestion d'eau glacée. Unetumeur qu'il eut dans la région axillaire fit croire à ses médecins et à lui-même qu'il avait... la peste!

Cela dit, donnons quelques détails sur la dernière maladie * de François, dauphin de France, dont la mort, selon certains, n*eut pas une cause naturelle.

Un apothicaire de Tours — les apothicaires représentent, tout comme d'autres, une partie de l'opinion publique — déplorait, dans une tirade versifiée, la mort du dauphin François, que la rumeur publique disait avoir été empoisonné par l'arsenic. Les vers de l'apothicaire sont franchement mauvais, mais ne sait-on pas que c'est encore dans la Muse historique du gazetier Loret

et Gentien Larcher, ne touchaient que 160 1 . t. Ces médecins et apothicaires ne sont point ceux qui firent l'autopsie du Dauphin. (Rev, des doc, bisi,, loc. cit.)

Le Dauphin François était très taciturne, fuyant la société et même brutal. Quand les enfants de son âge venaient partager ses jeux, il les maltraitait tellement que les gentilshommes ne laissaient plus leurs fils se mêler à la compagnie de rhéritier du trône.

I. 11 avait été malade au mois d'octobre 1333^ à Marseille: il fut soigné par le médecin du pape Clément Vil, à qui il fit remettre, à litre d'honoraires, cinq cents écus soleil (Cf. Rn, des doc, bisi,, 11, p. 61).

que l'on trouve la chronique la plus pittoresque, la plus véridique de la vie au temps de Louis XIU ? Or donc, messire Thibault Lespleigney*, apothicaire à Tours, s'exprimait en ces termes :

Le primogenite (premier-né) de France,

François, dauphin, de François fils,

En cest an de mil trente et six (1530),

En mourut par fausse t raison..

O pernicieuse poison •,

Pestilente et envenimée.

Par ton dart fut exanimée

La fleur des très loyaux François...

L'opinion publique n'avait donc pas hésité à voir un crime dans la mort du Dauphin, si subite et si imprévue. Les uns prétendaient y reconnaître la main de l'Empereur, tandis que d'autres nommaient tout bas Catherine de Médicis^

11 est bien peu vraisemblable que Charles-Quint ait été pour quelque chose dans la mort du Dauphin, fils de François 1«'; et, quand son caractère autoriserait à le croire capable d'un tel crime, on

1 . Promptuaire des médecines simples en riibme joieuu, par Thibault Lespleigney, chapitre de VArcenic (nouvelle édition; Paris, H. Welter, 1899, p. 12).

2. 11 est à remarquer que poison est ici du genre féminin. Ce mot a été fémimin jusqu'au commencement du xvn'siècle. 11 signifiait primitivement ir^i/vâ^^; ce n'est que plus tard qu'il prit un sens malfaisant. (Cf. les Dictionnaires de Littré, Hatzfeld, Darmesteter, Thomas, etc.).

9. Cf. Archives curieuses de VbisU de France, de Cimber et Danjou, 1- série, t. IX, p. 10. Quelques-uns insinuèrent que Catherine de Médicis avait pcut-êt^e songé par ce moyen à rapprocher son mari des marches du trône (Cf. Œuvres de Marot, édit. Guiflfrey, t. III, p. 465 et suiv.). V. également aux Pièces justificatives du chapitre la note A.

cherche vainement quel intérêt il aurait eu à le commettre; l'opinion publique en France ne l'en chargea pas moins avec unanimité, avec acharnement; il fut réduit à se défendre*.

On arrêta le comte Sébastiano de Montecuculo; on lui fit avouer dans les tortures qu'il était l'agent d'Antoine de Lève, l'un des favoris de Charles- Quint, et l'on pensa avoir fait ainsi la lumière sur les relations qui rattachaient cet empoisonneur subalterne au véritable coupable, que l'on était décidé à trouver plus haut*.

Pourquoi les soupçons s'étaient-ils portés sur Montecuculo (ou Montecuculi) ? C'est que les apparences étaient vraiment contre cet infoituné gentilhomme.

Le Dauphin François était de passage à Tournon, se rendant à Valence avec le roi son père. En dépit de la chaleur, qui était accablante, le Dauphin voulut se livrer à son sport favori et joua une partie de paume. Très altéré à la suite de cet exercice violent, il envoya son écuyer, Sébastien Montecuculli, chercher de l'eau dans une tasse en terre, dont Brantôme a donné une minutieuse description'.Le Dauphin vida la tasse d'un trait; presque aussitôt il se sentit pris d'un malaise. On prétend.

I. Lettre privée, responsive d'ami à autre, réfutant conputatioH controuvée et publiée caîomnieusemeni et sinistrenunt du côté du roi de France et par ses ministres cotttre Pempereur et aucuns princesses serviteurs, sur la mort du feu daupbin (Granvelle, t. II, p. 500 et suiv.)« Cité par A. Desjardins, Les Sentiments moraux au xvi« siècle, p. 126.

•3. Gui ff rey, Marot, loc. cit.

3. V. dans les œuvres de B. le chapitre sur le Daupbin Fran^ çois (t. 111, p. 174-I77>.

mais rien n*est moins prouvé *, que profitant d'un moment d'inattention, l'écuyer aurait mêlé au breuvage une poudre empoisonnée (de l'acide arsénieux ou du réalgar, qui est un sulfure d'arsenic).

Quoi qu'il en soit, le Dauphin dut rentrer à Tournon, tandis que le roi poursuivait sa route. C'était le 6 août (1536). Le mal empira rapidement et quatre jours plus tard, le Dauphin n'était plus!

François I" ne chercha point à calmer l'opinion publique, qui se montrait fort surexcitée, car cette agitation servait à la fois et sa politique et ses ressentiments. Tout indique même que ceux qui l'approchaient de plus près avaient fini par ajouter créance à ces bruits. Dans une lettre à son frère, Marguerite ne se borne pas à compatir à sa douleur, mais elle lui exprime énergîquement le désir que la « vengeance » suive de près cette « sy grande cruaulté > de Charles-Quint •.

Les historiens, les poètes " accréditèrent la ver-

1. Ce n'était là, du reste, qu'une supposition ; néanmoins, Sebastien de Montecuculo fut condamné à être tiré à quatre chevaux. La rédaction de cet arrêt laissait subsister tous les soupçons qui avaient été répandus contre l'Empereur. Le récit de l'exécution est rempli de détails atroces. Le peuple mutila les restes du supplicié, et les enfants jouèrent «à la pel lotte » avec sa tête. (Chronique du Roy François /*', p. 189, citée par G. GuiflFrey. hc, ciL)

2. Génin, Lettres de Marguerite de Navarre, 1. 354, (cité par Guiffrcy).

3. Le P. Lt\o\\giBibUbisi, de la France) et Brunet (Afani/^/ du Libraire j 11, 5* éd.), mentionnent sur ce sujet les trois opuscules suivants :

I* Copie de larresi du grand conseil donné à Rencontre du misérable et meschant empoisonneur de Monseigneur le Dauphin ;

sion de rempoîsannement. Un chroniqueur cependant, Belcarius *, parla bien du verre d'eau sucrée, mais il attribua la mort à une imprudence d'un genre particulier *. Ce qu'il y a de certain, c'est que les médecins du temps ignorèrent complètement la nature de la maladie à laquelle succomba le dauphin, et qui était, selon toute vraih semblance, une pleuro-pneumonie, occasionnée

avec aucunes épistres it rondeaux $ur la mort de mondict seigneur {\^^t)\

2* Nouvelle deffence pour les Françoys, A lencontrede la nouvelle enlreprinse des ennemys. Comprenant la manière deviier tous poisons, avec les remèdes à lenconlre diceulx, dédié au gentilhomme gui a faict rêsponce au secrétaire Alemand son amy sur le différent de l'Empereur et du roy trescbresiienFran^ çoys premier de ce nom (par Bertrand de la Luce, médecin). Paris, Dcnysjanot, (1537) ;

5* Du glorieux retour de Lempereur de Provence, par tmg double de lectres, escriptes de Bouloigne à Romme à Labbè de Caprare : translaté d^ Italien en Françoys ; adjousié le double du dicton prononcé à ta condempnation de lempoisonneur de feu monsieur le Dauphin de France, Lyon, 1537.

M. le D' Dorveaux {Prompiuaire de Lespleigney), a, en outre, signalé : V Apparition de Ganellon, publiée à Lyon en 1542, que le Bibliopoliana (n* 4}) dit être une pièce satirique contre Antonio de Leyva, célèbre général espagnol, et l'écuyer Sébastien Montecucculli, l'empoisonneur prétendu du dauphin fils de François I".

I. Voici comment s'exprime Belcarius (Beaucaire), en latin, le latin dans les mots, etc. :« Delphinum nonnulli, exparvm pilœ ludo multo sudore madentem, aqua frigida intemperantius hausta, alii ex nimia vénère cum Lestrangia, aulica matrona, mortem sibi conscivisse existimarunt. » (Belcarius, Commeniarii rerum gallicarum, XXI, 677). Cf. Guiffrey, op, cit,, p. 446. Cette demoiselle de Lestrange, dont il est ici question, était une fille de la reine, cousine germaine de Brantôme (Cf. Rev. des £>. //., loc. cit., p. 62).

3. Comme son père, il aimait la chasse et... la galanterie, ce qui nuisait à son tempérament. (Cf. Rev, des D. //., ann. cit., p. 61).

par ringestion d'une boisson froide en pleine transpiration.

Le procès-verbal d autopsie*, tout imparfait qu'il soit, permet cependant de tirer quelques inductions. Nous pouvons au moins — et en cela nous sommes d'accord avec Littré, qui l'a formulé avant nous *, — affirmer que le dauphin François n'est pas mort empoisonné. Mais le procès-verbal est rédigé en termes trop obscurs pour qu'on puisse en conclure rien de plus. Ce sont les circonstances dans lesquelles est survenue la mort qui nous autorisent à émettre l'hypothèse qu'il a dû succomber à une pleuro-pneumonie a frigore.

1. V. à la fin du chapitre, aux Piècis justificatives^ la note B.

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