‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 109 sur 277 · CATHERINE DE MÉDICIS RÉHABILITÉE · texte numérisé non relu

CATHERINE DE MÉDICIS RÉHABILITÉE

« Dans combien de libelles, écrits dans des temps de trouble et de faction, des écrivains mercenaires ou mal instruits n'ont-ils pas entrepris de noircir la mémoire de Catherine de Médicis par des empoisonnements imaginaires? N'a-t-on pas été jusqu'à l'accuser d'avoir chargé deux Italiens d'empoisonner toute l'armée du prince de Condé, et de leur avoir donné dix mille francs, qui devaient être employés à payer les drogues nécessaires pour l'exécution de cet horrible projet ? Si la Reine de Navarre, mère d'Henri IV, meurt à Paris, d'un abcès dans la poitrine, on ne laisse pas de dire et de publier qu'elle a été empoisonnée par des gants parfumés, qui lui ont été vendus par un marchand, nommé maître René, que Ton qualifie d'empoisonneur î gages de Catherine de Médicis.

» Si Daudelot, frère de l'amiral de Coligny, meurt à Xaintes, d'une fièvre pourprée, on met encore sa mort sur le compte de cette princesse. Ces calomnies se trouvent dans les écrits des contemporains, et les historiens les répètent.

» II n'y a pas jusqu'à M. le Laboureur qui ne nous ait débité de fausses anecdotes sur la méchanceté de cette Reine, quoiqu'il ait presque toujours travaillé sur les pièces les plus authentiques, et qu'il ait mérité d'être mis au rang des auteurs classiques, par la multitude et par l'utilité de ses recherches. Cet écrivain, si sage d'ailleurs, et si judicieux, si accoutumé à puiser les faits qu'il raconte dans les meilleures sources, ne suit plus sa méthode ordinaire quand il se met à parler de la Reine Catherine de Médicis. On voit qj'il

n'écrit plus que d'après les libelles manuscrits ou imprimés des Huguenots, dont il avait fait une étude particulière...

» On ne prétend pas sans doute justifier cette Reine sur toutes ses actions ; il s'en faut beaucoup : mais encore ne faut-il pas lui en attribuer, auxquelles il est évident qu'elle n'a jamais pensé...

» Il est done évident que la Reine Catherine désira sincèrement de voir le Duc d'Anjou, son fils, élevé sur le trône de Pologne. M. le Laboureur ne se contente pas de le nier, il va plus loin encore, puisqu'il accuse tacitement la Reine Catherine d'avoir fait périr son fils, Charles IX. On pensera ce que Port voudra, dit-il, de la mort du Roi Charles, arrivée quatre mois après le départ du Duc d^ Anjou pour la Pologne; et pour faire mieux entendre ce que l'on en doit penser, il ajoute : que véritablement il faut avouer que cette princesse étoit trop savante dans la destinée de cet état et de sa famille ; comme pour dire, qu'étant résolue de faire périr Charles IX, il ne lui était pas difficile de prévoir sa fm prochaine* ».

PROCÈS-VERBAL d'OUVERTURE DU CORPS DU DAUPHIN FRANÇOIS, FILS DE FRANÇOIS l"

Qyoique Vacte de Visitation et ouverture du corps de Monseigneur le Dauphin ait déjà été publié par M. A. de Terrebasse dans ses Inscriptions de la ville de Vienne en Dauphiné, t. Il, p. 330, et par M. Ludovic Lalanne, dans son édition de Brantôme, t. III, p. 446, nous croyons devoir le reproduire ici. En voici donc le texte :

Par devant nous Pierre Broë et Jehan Pelous, notaires royaulx, habitans de la ville de Tournon-sur-le-Rosne, en ladite ville et chasteau d'icelle, furent présens en leurs personnes messeigneui s messires Pierre de Werty, grand maître deseaues ctforestz de France; Adrien Ticrcellen, seigneur de

1. Griffet, Traité des preuves de r Histoire, p. 26} et suiv.

Brosse, chevaliers et chambellans ordinaires de feu très hault, très puissant et très excellent prince François, dauphin de Viennoys, duc propriétaire de Bretagne, fîlz aisné du roy nostre sire, roy de France à présent régnant; Charles de Cossé; Jacques des Quars; François de la Noe, gentilzhommes de la chambre dudit feu seigneur: messire Loys de Ronsart, chevalier, seigneur de la Possonière, conseiller et maistre d'hostel ordinaire dudit feu seigneur ; Jehan Babon, maistre de sa garde-robe; Jehan Bernartde Bertinholes; Julien Crochart, dit Cortinhy; Jehan Lefranc; Françoys de Senesmes, dit Luzerches; Jehan de Montjoye, varlets de chambre ordî« naires; Thomas Gilbert, barbier, et George Le Bouchier, huissier de chambre dudit feu seigneur ; lesquels tous ensem* ble ont présenté à maistres François Myron, Jehan Lemoyte, médecins ordinaires dudit seigneur, et maistre Jehan Champier, médecin ordinaire de monseigneur le cardinal de Tournon,et à maistre Noël Giraudeau et Loys Buysson, dit Panchart, chirurgiens ordinaires dudit seigneur, le corps dudit feu seigneur, tous actestans et affermant par leur foy et sermens prestez corporel lement, levans leurs mains à Dieu, estre icelluy lequel trespassa hier en ce lieu de Tournon entre sept à huit heures du matin pour icelluy corps estre visité par dehors et ouvert par dedans, et estre cmbasmé ainsi qu'on a de coustume embasmer les corps des princes pour les ensépulturer. Lesquelz médecins, cirurgiens, barbiers et apothicaire l'ont receu de leurs mains et visité ainsi que s'ensuyt :

Premièrement ledit corps a été apporté tout nud sur une table et visité par dehors, auquel ne s'est trouvé aulcune postule que une cicatjice d'une apostume qu'il avoit eu entre les deux espaules. Le reste des espaules et muscles du doz, Tentour du col et hault de poitrine sont de couleur de sang meurdri, et derrière s'estendoit jusques aux fesses. La bouche et le nez tous environnez déglaçons de sang.

Itenij a esté ouvert ledit corps et s'est trouvé par dedans es parties de la poitrine quand on les a ouvertes plus de humidité que en bas.

lUmf les intestins se sont trouvez tous jaunastres et pleins de vent et de grande puanteur.

Jtem, l'estomac bel et entier et vuyde.

Item, la rate de mesme en son estât naturel .

Item, le foy s'est trouvé, pour la moitié de luy, de couleur lyvidc, et quant l'on l'a fendu ladicte moytié s'est trouvée fort seiche, et l'autre moytié naturelle.

lUm, la bourse du fiel a esté trouvée grande et natureltc.

Item^ le polmon a esté trouvé... plein de eslevures.

lUm, le cuer grand, tout flestry, mol et uny.

Hem, les roignons se sont trouvez grands et entiers et bien netz.

Item, la veyne grande et entière.

Item, a esté ouverte la teste et s'est trouvé le cerveau grand et entier, et les voynes des foy es fort pleines de sang.

Item, pour ce que ledict seigueur luy vivant, durant la maladie de laquelle il est décédé, s'estoit plaingt de quelque doleur, quand on le tournoit, au costé droit, a esté regardé par dedans s'il y a voit apparence d'appostume et ne s'en est point trouvé; et a esté par dehors incisé à plusieurs lieux et ne s'est rien trouvé aussi.

Ce faict, ledit corps a été embasmé, et icelluy prest à mectre en cercueil, les susdicts médecins, cirurgiens^et appothicaire l'ont rendu illec aux chambellans et varletz de chambre cy dessus nommez, actestans et affermans par leui serment ce que dessus estre vray.

En signe de quoy, nous dicts notaires royaulx, nous sommes soubzignés et avons fait signer ces présentes auxdicts sieurs médecins, cirurgiens et appothicaire, le onziesme jour d'aoust, mil cinq cens trente six : P. Broë, notaire; J. Pelous, notaire; F. Myron, J. La Moueste; Jean Champier, N. Giraudeau; Loys Buisson; Bineau; Baugé.

En tesmoing des quelles choses et pour les faire formes auctentiques et establis à tousjours y a esté mys et apposé le scel royal establi au bailliage de Viveroys.

Signé: P. Broe, notaire; J. Pelous, notaire.

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