‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 113 sur 277 · Cf. Mémoires de Vieillevillej p · texte numérisé non relu

Cf. Mémoires de Vieillevillej p

maréchal de France pour M. de Vieilleville. Ses dernières recommandations terminées, il perdit de nouveau parole et connaissance, et s'éteignit sept jours après, le lendemain des noces de sa sœur avec le duc de Savoie.

Telle est la version de M. de Vieilleville, version qui a trouvé bien des sceptiques, pour ne pas dire plus; il suffit de se reporter à la citation de Mézeray pour être édifié sur la valeur que la critique historique a accordée aux documents émanant de cette source.

Ambroise Paré* n'était pas encore à l'apogée de sa réputation ; il partageait sa charge de chirurgien ordinaire du roi avec Jacques le Roy et Jehan d'Amboise. A-t-il été appelé à voir Henri II dans cette circonstance ? Le simple raisonnement sennble l'indiquer; cependant le fait a été contesté, et malgré l'opinion de Malgaigne, qui se prononce d'une manière affirmative, on doit rester, selon nous, dans une réserve formelle, en l'absence de tout document capable d'entraîner la conviction.

Dans son ouvrage sur les plaies de teste, Paré, faisant allusion à la blessure du roi Henri, remercie M. Chapelain de la considération avec laquelle il lui demandait parfois son avis à ce sujet, mais les termes qu'il emploie nous semblent indiquer qu'il n'assistait pas aux consultations.

Dans le chapitre IX du livre X de ses œuvres. Paré est plus explicite et il semble donner une

I. Voir un peu plus loin (note D) la lettre d'A. Paré à son confrère Chapelain.

lescrtption de visu de la plaie; mais qu'il y a peu détails pour un fait de cette importance ! On peut en juger :

Le roy receut un très grand coup de lance au corps, qui fust cause luy eslever la visière, et un esclat du contre-coup luy donna au-dessus du sourcil dextre et lui dilacéra le cuir musculeux du front près l'os, transversalement jusques au petit coin de l'oeil senestre, et avec ce plusieurs petits fragmens ou esquilles de l'csdat demeurèrent en la substance dudit œil sans faire aucune fracture aux os. Donc, à cause de telle commotion ou esbranlement du cerveau, il décéda l'onzième jour qu'il fut frappé.

Rien non plus dans le passage suivant qui a trait à l'autopsie ne prouve que Paré en ait été le témoin oculaire :

On luy trouva en la partie opposite du corps, comme environ le milieu de la commissure de l'os occipital, une quantité de sang espandue entre la dure mère et pie mère, et l'altération en la substance du cerveau qui estoit de couleur flave ou jaunastre, environ la grandeur d'un pouice, auquel lieu fut trouvé commencement de putréfaction, qui furent causes suffisantes de la mort, et non le vice de rœil seulement qu'aucuns ont voulu référer à cause de la mort.

Paré relate avec un grand luxe de détails un accident analogue à celui du roi, arrivé à un simple valet (en citant les noms des médecins et chirurgiens appelés à lui donner secours): il est vraiment extraordinaire qu'il n ait pas cru devoir donner une relation plus complète, plus précise, plus personnelle de la maladie et de Tautopsie du roi Henri II. Le peu de précision des médecins dans cette circonstance, et de Paré en particulier ne s'explique que par des suppositions. Serait-ce que,

pour raison d'Etat, on ait caché pendant plusieurs jours la mort du roi, et que dans ce cas les médecins aient pensé devoir garder le silence; serait-ce que Paré ait été écarté pour un motif quelconque ? Quoi qu'il en soit, les documents que nous avons eus sous les yeux ne permettent pas d'affirmer la présence de Paré parmi les médecins appelés à donner des soins au roi après sa blessure.

Un autre fait, de nature à montrer lui aussi combien tout n'est qu'incertitude dans cette maladie, est relatif à Vésale. D'après de Thou, Philippe II, roi des Pays-Bas et gendre de Henri 11, lui aurait envoyé de Bruxelles l'illustre Vésale, son médecin ; mais ce dernier serait arrivé trop tard, un abcès s'étant déjà formé dans le cerveau du roi. En se reportant à la Collection des voyages des souverains des Pays-Bas, on voit que Philippe II, averti le deuxième jour de juillet de la blessure de Henri II, lui envoya deux chirurgiens très estimés, mais rien ne permet d'affirmer que Vésale fut l'un de ces deux chirurgiens. D'ailleurs Vésale, dans ses écrits, ne fait pas mention de ce voyage.

Il est bien difficile d'établir à l'aide de documents aussi insuffisants, la nature des lésions qui ont entraîné la mort du roi Henri II.

On a incriminé, ainsi que le dit Paré, les désordres de l'œil. Dans l'hypothèse de petits fragments de « l'esclat » restés dans l'œil, on a pu supposer le développement d'une phlogose de l'œil et la propagation de cette inflammation aux méninges et au cerveau. Cette manière de voir ne s*accorde guère avec la marche de l'affection, avec la perte

de connaissance, qui vraisemblablement n'a pas cessé un seul instant. Elle n'est pas justifiée noa plus par les résultats de Tautopsie, qui, malgré leur regrettable brièveté, semblent bien indiquer que la mort doit être attribuée à une lésion traumatique des parties encéphaliques elles-mêmes : c'est d'ailleurs l'opinion de Paré.

Existait-il une fracture du crâne, fracture de la voûte orbitaire avec irradiation vers les parties postérieures ? Rien ne nous autorise à le dire, et les seuls documents que nous possédons à cet égard consistent dans le récit de Paré. Or, on se le rappelle, chez le roi blessé on ne constatait pas de signes de fracture, et dans sa relation de l'autopsie, Paré ne fait pas mention de l'état du crâne: ce qui ne veut point dire qu'il n'y eut pas une fracture linéaire, qui a pu d'autant mieux passer inaperçue que la contusion directe des parties molles de l'orbite a pu masquer l'ecchymose sousconjonctivale, ce signe important des fractures du crâne.

Un épanchement sanguin, nous dit Paré, s'était produit entre la dure-mère et la pie-mère, à la partie postérieure du crâne, au niveau de Toccipital, c'est-à-dire dans un siège opposé au point d'application du traumatisme ; de plus, au voisinage de cet épanchement, la substance cérébrale de couleur jaunâtreavait subi un commencenrient de putréfaction. 11 n'est donc pas nettement question d'abcès. Les lésions précédentes, l'épanchement sanguin, de même que l'altération de la substance cérébrale elle-même, doivent être rapportés à une contusion cérébrale.

Quant à la cause directe de la mort, tout porte à croire, en l'absence de données plus précises, qu'elle est due à une méningo-encépbalite, provoquée par un foyer de contusion cérébrale, avec épanchement sanguin dans les enveloppes de l'encéphale, au voisinage de ce foyer.

LETTRE D'aNNE DE COSSÉ A M. LE MARÉCHAL DE BRISSAC RELATIVE A LA MORT DE HENRI

r' juillet 1559.

Monsieur, j*ai sçeu de vos nouvelles par M. de Monbazin bien au long et le mandement de vostre santé, qui m'a fort réjouie, et mesmement tant de bonnes paroles qu'il m'a dites de vostre part qui me remet la vie... Je crois que ne faudre (z) à remercier la royne par une honestre laictre que je vous assure qui porte vertus ; je n'ay sorti de la chambre que hier, qui fust ung jour malheureux pour nous tous et surtout pour le roy qui voulut estrt des tenans du catrième. Après avoir fort bien faict, le fils de Mons. de Lorges contre qui il couroit en lice, lui donna un si malheureux coup de lance qui le blessa en l'euil de fasson qu'on ne savoit ce qui en devoît avenir. Ce matin sur les dix heures on l'a pancé, et l'a-t-on trouvé mieulx beaucoup que l'on ne panssoit, toutçfoi^ Ton pance qui (qu'il) perdera l'euil, et i a aparance ; toute fois l'on nose encore juger certenement. Monsieur de Sàvoye l'a veillé ceste nuit, et lui a donné un orge monde à quatre heures, qui (qu'il) la (a) retenu et arepi)sé,et autres bons sines, grâce;, à Dieu. Mes l'on crainct fort l'euil. Les fiansailles dudict seigneur et de Madame furent mercredy dernier; les nosses devoist estre mardi, qui seronst retardées par ce facheulx accident, et vous promès que l'on connoist une amitié entre le roy et lui qui contante tout le monde. 11 n'est possible de leur parler de chose de ce monde, car toutes <ces princesses et princes estrangers sont tous épleurés et fort

estonnés; il sanble à leur contenance que nous aultres francoys nous ne le saurions estre davantage. Vous serez avertit de ce que adviendra... Dieu vous veuille consailleret tenir en parfaicte santé. Je espère que je vous voyre (z) contant, avec l'aide de nosrte seigneur, Monsieur, pour la fin je lui suplie vous donner très-heureuse et longue vie. De Paris, ce premier jour de juillet 13^9.

Votre très humble et obéissante seur.

Anne de Cossé .

LETTRE DAMBROISE PARE A M. CHAPELAIN, CONSEILLER ET PREMIER MÉDECIN ORDINAIRE DU ROY*

Entre les occasions. Monsieur, qui ont eu le pouvoir de me résoudre à ne différer plus longuement la publication et lumière de ce présent traitté, la plus notable et suffisante a esté ceste là que je ne puis sans un bien grand regret et douleur extrême vous exposer, attendu le dommage et malheur que par le moien d'icelle tout le royaume de France a dernièrement receu. Ce a esté la playe du feu Roy Henry, nostre très souverain seigneur, pour à laquelle remédie toutes et quantes fois qu'estoient assemblez les médecins et chirurgiens délégués à ce, et vous, Monsieur, comme premier et superintendant de tous, estiez ordinairement présent pour après raisons entendus de tous les délibérans, donner une conclusion et certain arrest de ce qu'il falloit exécuter en mal si dangereux, vous de vostre grâce me faisiez quelque fois l'honneur de m'en demander mon opinion et advis. En quoy certes je ne feis faute d'observer et retenir plusieurs sentences notables lors mises en avant, cognoissant par cela combien est la science de chirurgie non moins nécessaire que prouffitable aux inconvénients qui journellement et à l'impourveu

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