‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 112 sur 277 · Franklin, op. cit., et de Thou, Histoire universelle · texte numérisé non relu

Franklin, op. cit., et de Thou, Histoire universelle

2. « On dit qu'alors ce prince, passant devant la Bastille, jetta les yeux de ce côté là et que se souvenant des conseil* 1ers qu'il y avoit fait emprisonner depuis peu de jours, il dit plus d'une fois qu'il craignoit bien d'avoir traité injustement des innocens, et que le cardinal de Lorraine qui étoit présent dit à ce prince que cette pensée ne pouvoit lui être inspirée que par l'ennemi du genre humain; qu'il devoit la rejetter et demeurer inébranlable dans sa foi. Je n^oserais assurer si ce fait est véritable ou supposé, ne voulant écrire que des choses certaines et dont tout le monde convienne; car les médecins soutiennent que quand on a reçu une pareille plaie, on perd l'usage de parole, soit que le cerveau soit blessé, soit que la violence du coup l'ébranlé de son siège, soit qu'une veine rompue épanche le sang dans sa substance, soit que la dure-mére, qui l'enveloppe, étant enfoncée, le pénètre et en sépare la continuité, b De Thou, loc. cit.

D'après le récit de Mézerai, le roi perdit donc la paroleet la connaissance aussitôt après l'accident. On a voulu y voir la preuve certaine que le cerveau avait été touché : cela est exact, mais il peut arriver, même en ce cas, que le blessé ne perde pas connaissance.

Mackensie et d'autres auteurs ont insisté sur ce pointrque fréquemment le blessé non seulement ne perd pas connaissance, mais fait quelquefois plu sieurs kilomètres à pied avant l'accident, avant de tomber mort presque subitement; ou qu'il n'est pris que plusieurs jours après d'accidents phlegmoneux, méningitiques ou tétaniques, rapidement mortels, qui, d'autres fois, ne surviennent pas malgré une perte de substance cérébrale. La porte d'entrée est du reste quelquefois si petite que ni le blessé ni l'entourage, surtout dans une rixe, ne se rendent compte de la profondeur de la pénétration*.

On doit donc toujours attendre, avant de formuler un pronostic quelconque, quel que soit l'état, parfois excellent, du blessé pendant les premiers jours, état général ou état local. On examinera aussi avec le plus grand soin l'état cérébral, vu la possibilité d'accidents méningitiques, quelquefois très tardifs.

C'est ce qui est arrivé dans le cas de Henri 11. La méningite ne s'est déclarée que quelques jours après Taccident^ : on trouva un épanchement

1. Pronostic et traitement des plaies de Vorhite^ par le D' Alb. Tcrson {Journal des Praticiens, 9 octobre 1897).

2. Von mit tout en œuvre pour le guérir : « Durant quatre jours, les chirurgiens anatomisèrent quatre testes de

entre les membranes du cerveau, bien qu'il n'y eut pas de lésion extérieure apparente. Cetépanchement, d'abord sanguin, était devenu purulent. 11 s'agit donc bien, comme Ta très bien indiqué le professeur Lannelongue. dans la remarquable consultation rétrospective que nous donnons plus loin*, de méningo-encépbalite, consécutive à un traumatisme.

criminels, que l'on avoit décapitez en la Conciergerie du Palais et aux prisons du Grand-Chastelet, contre lesquelles testes on coignoit le tronsson par grande force au pareil costé quMl estoit entré dedans celle du Roy ». Mémoires dt yieilleville.Ww. Vil, chap. XXVlll.

i. V. aux Pièces justificatives, la note A.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

EXAMEN CHIRURGICAL DE LA BLESSURE REÇUE PAR HENRI II AU TOURNOI DU 30 JUIN IÇ59*

Par le professeur G. Lannelongue^ de Tlnstitut.

Si les descriptions abondent sur l'accident royal (lettres privées, documents historiques variés), il n'en est pas ainsi pour ce qui a trait à la maladie elle-même; ici tout est incertain et contradictoire. Les renseignements scientifiques qu'on croirait trouver dans Ambroise Paré, chirurgien ordinaire du roi, sont tellement insuffisants qu'on a le droit de se demander si Paré a réellement assisté le roi dans sa dernière maladie.

La plupart des récits concordent d'une manière suffisante pour faire admettre que l'accident a été immédiatement suivi de perte de la connaissance et de la parole. M. de Vieilleville, dont le témoignage a paru suspect à divers historiens*,

I. Extrait des Grandes scènes historiques du xvi* siècle, par Alf. Franklin.

3. « Les Mémoires du maréchal de Vieilleville contiennent diverses circonstances curieuses et intéressantes des règnes

affirme cependant que le roi prononça» <i^une voix faible il est vrai, quelques paroles, qu'il pardonna au jeune comte de Montgomery, défendit qu'on lui infligeât aucun châtiment, et commanda à M. de Vieilleville de ne laisser pénétrer qui que ce fût dans ses appartements, sauf les médecins et les chirurgiens. Ces derniers, accourus en toute hâte, cherchèrent à sonder la plaie, et malgré des expériences faites sur la tête de quatre suppliciés, ils ne parvinrent pas à se rendre un compte exact des lésions qui pouvaientexister.Chose incroyable, Paré, comme nous le verrons, ne donne aucun renseignement sur l'état du blessé, pas plus qu'il ne parle des soins qui lui furent donnés.

D'après une lettre d'Anne de Cossé * à M. le maréchal de Brissac, une légère amélioration se serait produite dans l'état du roi, mais ce renseignement, d'une bien minime valeur, on le comprend, n'est même pas confirmé par M. de Vieilleville*, dont nous suivons le récit, à défaut du témoignage des médecins.

Le quatrième jour, la fièvre qui s'était montrée aussitôt après l'accident cessa ; le roi reprit connaissance, fit venir la reine, la pria de hâter les noces de sa sœur, et lui fit signer un brevet de

d'Henri II, de François 11 et de Charles IX, que l'on chercherait en vain dans les historiens de son temps, qui les ont totalement omises, ou rapportées trop superficiellement. Ils ont été écrits par Vincent Carloix, son secrétaire, et par conséquent ils n'ont pas la même autorité que s'il les avait écrits lui-même. » Griffet, Traité des preuves de VHistoiriy p. iM(D'C.).

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