était âgé seulement de vingt-deux à vingt-trois ans
rapporte le procureur général au Parlement, qui l'avait introduit auprès de Henri. Il s'était présenté à ce magistrat de la part du fils de l'un des chirurgiens du roi, Portail, conseiller à la Cour, alors enfermé à la Bastille. Il avait fabriqué une fausse lettre, signée du nom de ce personnage, et avait de la sorte gagné la confiance du procureur La Guesle*. Celui-ci l'avait même logé
chez lui.
La veille de l'assassinat, il soupa gaiement avec les gens du magistrat, et l'on fit pfus tard la remarque qu'il avait taillé ses morceaux avec le couteau même qui devait être l'instrument du crime.
On a prétendu que Jacques Clément avait été poussé à commettre son acte par des influences diverses. Ignorant, grossier, de culture médiocre,de plus libertin et dévot à l'excès*, il était certes tout préparé à recevoir les suggestions d'un entourage intéressé à détruire le roi.
On a supposé que son prieur, Bourgoin, lui avait fait absorber un breuvage «pour le faire rêver» et que, durant son sommeil, il lui avait fait entendre une voix-* qui lui commandait de tuer le roi. «Une nuit, écrit Palma Cayet, Jacques Clément étant dans son lit. Dieu lui envoya un ange en
d'après une autre relation du temps: Discours véritabJe de Vestrange et subite mort de Henry de ValoiSy etc., in Recueil précité.
I . Cf. la lettre indiquée dans une précédente note. • 3. J. Clément, la veille de son meurtre, dormait la tête sur une Bible ouverte au chapitre de Judith. (Cf. Régis, Les Régicides dans l'Histoire ei dans h Présent y p. 77).
3. Cf. Le Martyre de Jacques Clément (is8Q)du Recueil précité.
vision, lequel avec une grande lumière se présenta à lui et lui montra un glaive nud en lui disant ces mots: «Frère Jacques, je suis messager du Dieu tout-puissant, qui te viens accertener que par toi le tyran de France doit être mis à mort: pense donc à toi comme la couronne du martyr t'est aussi préparée. Cela dit, l'ange disparut* ».
Mais les visions, qu'est-ce autre chose que des hallucinations et qu'est-il besoin, comme Ta judicieusement observé le EK Régis, d'invoquer la complicité du prieur Bourgoin ou de la duchesse de Montpensier, qui, au dire de certains, se serait prostituée à Clément pour achever de le décider?
Ce que l'on peut dire toutefois, c'est que le clergé presque tout entier glorifia bruyamment l'acte du moine assassin, à qui on osa même proposer d'élever une statue dans l'église Notre-Dame ! Si donc le crime du moine régicide ne lui a pas été inspiré par les supérieurs de son ordre, parce qu'on n'inspire pas sa folie, ses hallucinations et son impulsion àun aliéné, ceux-ci n'ont pas caché, tout au moins, la joie qu'ils en éprouvaient*.
Cequi seulementpourraitatténuer notreindignation à l'égard de l'acte commis par J. Clément, c'est que sa victime, le roi Henri 111, était aussi peu digne d'intérêt que possible.
Dans ses Etudes sur la Sélection,}2iCoby a buriné, en traits ineffaçables, la physionomie de ce prince sans caractère et sans dignité : « Henri 111 est le