Régis, op, cit
type du caractère névropathique, tout de contradictions et d'extrêmes : brave et efféminé ; esprit brillant et superficiel, rusé et insouciant, chevaleresque et assassin, dévot, incestueux et adonné à un vice infâme». Ce vice, c'est l'inversion sexuelle, décrite parfois sous le nom d'uratiisnie et sur lequel il nous répugne d'insister ^
Aux yeux d'un moine fanatise, débarrasser l'humanité d'un tel monstre était peut-être faire œuvre pie?...
1. Disons seulement qu'Henri 111 appartient à cette classe d'uranistes, « qui ont eu des rapports avec des femmes par nécessité sociale ou légale, curiosité, imitation, vanité, affection, entraînement, mais sans modification ou avec intensification de leur uranisme. » Raffalovitch, Uranisme et unisexualiiéf p. 4*-
PIÈCES JUSTIFICATIVES
DOUBLE* DE LA LETTRE ESCRIPTE PAR LE FEU ROY DEUX HEURES APRÈS SA BLESSURE, A LA ROYNE, SON ÉPOUSE.
Mamye, après que mes ennemis ont veu que tous leurs artifices s'en alloyent dissipez par la grâce de Dieu et qu'il n'y avoit plus de salut pour eulx que en ma mort, sçachant bien le zèle et la dévotion que je porte à ma religion catholique, apostolique et romayne, et l'accès et libre audiance que je donne à tous religieux et gens d'église quand ilz veulent parler à moy, ilz ont pensé n'avoir poinct de plus beau moyen pour parvenir à leur malheureux desseing que soubz le voille et l'habit d'un religieux; en ceste maudicte conspiration, viollant toutes les%lois divines et humaynes et la foy qui doibt estre en l'habit d'un ecclésiastique.
Ce matin estant à mes affaires, et le sieur de Bellegarde seul en ma chambre, mon procureur-général m'a amené, par mon commandement, ung jeune jacobin qui disoit avoir lettres du premier président de ma court de parlement, et à me dire quelque chose de sa part. Après m'avoir salué et baillé des lettres faulces dudict premier président, feignant
I. Cabinet bistonque, de L. Paris, hc. cit. C'est à Chenonceaux que Louise a dû recevoir cette missive. Le château de Chenonceaux était en effet le séjour de prédilection de la
avoir à me dire quelque chose de secret, j'ay faict retirer et ledit sieur de Bellegarde, et mon procureur-général : lors, ce méchant et malheurcuz m'a donné ung coup de coutteau
■ pensant me tuer ; mais Dieu qui est protecteur des roys et qui n'a pas voulu que son très-humble serviteur perdist la vie, soubz la révérence qu'il a portée à Thabit de ceux qui se disent vouez à son service, me l'a conservée par sa saincte grâce et tellement destourné le coup, que grâce à Dieu, ce n'est rien et que j'espère dans peu de jours recouvrer ma santé, tant par le sentiment que j'en ay en moy mesme, que par l'asseurance des médecins et chirurgiens qui m'ont pensé et recongneu n'y avoir aucun danger, dont j'ay bien voulu
---votrs advertic aussitost, afin que vous ne soyez poinci en peine pour les bruictz que l'on pourra faire couiir au contraire. — Priant Dieu vous avoir en sa sainte et di^ne garde^ et faict au pont de St-CIoud, le premier jour d'aoust 1589 «.
Et au dessouhs est escript de la main du roi :
Mamye, j'espère que je me porteray très bien, priez Dieu pour moy et ne bougez de là. (/4vec un^ pareil chiffre qui est c^lujf qu'il avait acoustumé de mettre au bas des lettres qu'il ècrivoit à ladicte dame).
« L'original de cette lettre est demeuré es mains de la royne, à laquelle a esté rendue seulement le io*d'aoust 1590, ouverte par le sieur de Razelin, gentilhomme servant ladicte dame, qui suigvant son commandement l'a retirée du sieur
de auquel elle avoit esté baillée, incontinant après le
coup, pour la rendre et faire tenir à ladicte dame, ce que toutes fois il n'auroit fait que sur la poursuytte et recherche qu'elle en auroit tousiours depuis faict faire.
« Collationné à l'original, par moy conseiller et secrétaire
du roy.
Signé : Megret*.
(Ane. f. fr. 8966, fol. 6o\
1. Les mots en italique, formule de chancellerie, sont biffés dans le manuscrit.
2. L'annotation et ce qui suit le post-scriptum autographe est de la main de .Mcgret.
RAPPORT DU CORPS MCRT DU TRÈS CHRESTIEN HENRI TROISIÈME, ROI DE FRANCE ET DE POLOGNE *.
Nous soussignez, conseillers, médecins et chirurgiens ordinaires du roy, certifions que, le jour d'hier, mercredi deuxiesme de ce présent mois d'aoust mil cinq cens quatrevingt et neuf, environ les dix heures de nuict, suivant l'ordonnance de monsieur le grand prevost de France et hostel du roy, nous avons veu et diligemment visité le corps mort de deflfunt de très heureuse mémoire et très chresticn Henri 111, vivant roy de France et de Pologne, lequel cstoit décédé le mesme jour environ les trois heures après minuit, à cause de la playe qu'il reçeut de la pointe d'un cousteau au ventre inférieur, au-dessous du nombril, partie dextre, le mardy précédent sur les huit à neuf heures du matin, et à raison des accidens qui survindrent à Sa Majesté très-chrestienne, tost et après icelle playe reçeuë, de laquelle et accidens susdits nous avons fait plus ample rapport à justice.
Et pour avoir très-ample cognoissance de la profondeur de ladite playe et des parties intérieures oflfencées, nous avons fait ouverture dudit ventre inférieur, avec la poistrine et teste. Après diligente Visitation de toutes les parties contenues au ventre inférieur, nous avons trouvé une portion de l'intestin gresle, nommée iîéoiij percée d'outre en outre, selon la largeur du cousteau, de la grandeur d'un pied, qui nous a été représente saigneux plus de quatre doigts, revenant à Tendroit de la playe extérieure. Et profondant plus avant, ayant vuidé plus avant une très-grande quantité de sang espandu par cestc capacité, avec gros tbrombus ou caillons de sang, nous avons aussi veu le mezentere percé en deux divers lieux, avec incision des veines et artères.
Toutes les parties nobles, les naturelles et animales, con-
1. Extrait des Œuvres de chirurgie, dej. Guillemeau, i649 in-f'.
tenues en la poictrine, ventre inférieur et en la teste, estoient naturellement bien disposées et suivant Taage bien tempérées et sans aucune lésion ny vice, excepté que toutes les susdites parties (comme aussi les veines et artères tant grosses que petites) estoient exsangues et vuides de sang, lequel estoit très-abondamment sorti hors par ces playes internes, principalement du mezentere, et retenu dedans ladite capacité, comme en lieu estrange et contre nature : à raison de quoi la mort de nécessité, et en l'espace d'environ dix-huict heures, est advenue à Sa Majesté très-chrestienne, estant précédée de fréquentes foiblesses, douleurs extrêmes, suffocation, nausée, fièvre continue, altération et soif intolérable, avec très grandes inquiétudes; lesquelles indispositions commencèrent peu après le coup donné, et continuèrent ordinairement jusques au parfait et fmal sincope de la mort: laquelle pour les raisons et accidents susdits, quelque diligence qu'on y eust peu apporter, estoit inévitable.
Faite sous nos seings manuels, au camp de St-CIoud, prez Paris, le jeudy matin troisiesme d'aoust mil cinq cens quatrevingt neuf.
Les médecins qui ont assisté :
Lefcvre^ Dortoman, RegnarJ, Herorard,
Les chirurgiens qui l'ont embaumé :
Poriaily Lavernotf d'Amboisey yaudelon. Le Gendre,
Le docteur Chaussier» en reproduisant ce rapport dans sa Médecine légale, l'accompagne des intéressantes réflexions qui suivent :
Dans le rapport de l'ouverture de Henri Illy on dit : Nous avons trouvé une portion de l'iniesiin gréky nommé iléon^percé d'outre en outre^ selon la largeur du couteau, de la grandeur d*un pied.
Cette tournure de phrase n'exprime point d'une manière assez précise la forme, l'étendue de la plaie de l'intestin, et laisse aux personnes qui ne connaissent point la structure des parties, l'idée que la plaie de l'intestin avait H grandeur d'un pied, ce que certainement n*ont point voulu dire les auteurs
du rapport ; mais il fallait éviter cette amphibologie ; dans un acte judiciaire, les objets doivent être exprimés de la manière la plus claire, la plus précise, et ne laisser aucune incertitude, même aux personnes étrangères à l'art * .