N'a pas signé
3. Dans la bibliothèque du duc d'Aumale, ï Chantilly, le D' Guillon a trouvé plusieurs documents intéressants.
Le numéro 457 du catalogue est intitulé : Cérémonies de France (1329-1644). C'est un manuscrit in-folio de 491 feuil* lets, relié en maroquin rouge. 11 contient la relation tn-txUnso (fol. 369 à 448) de tout ce qui s'est fait à la mort de Louis Xlll ; c'est là que le D' G. a trouvé le procès-verbal authentique de l'ouverture du corps du roi. Ce manuscrit doit être l'original du travail du sieur de Sainctot, Maître des Cérémonies de France : il y a en marge des annotations que nous
— Balayant été bouilly, lestomach remply d'une sérozité noirastré avec un ver et demy pied de longueur et plusieurs autres petits, laquelle matière aurait marqueté le fond de lestomach, iintestin duodénum d'une grandeur démesurée remply de bile porace, le jéjunum remply de mesme matière et tout jaune par dedans, lileum moins teint et moins plain d'une matière plus épaisse, le cecum dès son commancement rouge et dépouillé de sa membrane charnue, continuant de plus en plusjusquesà la fin du Colon, où s'est trouvé un ulcère qui a percé l'intestin causé par la descente de la boiie qui sortait du mézentaire inférieur qui s'est trouvé ulcéré en plusieurs endroits et qui a versé sa matière purulente qui s'est trouvée amassée dans tout le ventre^ dans laquelle nageaient les intestins, à la quantité de plus d'une chopine. Outre la couleur susdite du foye on a trouvé en sa partie cave qu'il se fendait et rompait en le touchant, dépouillé de sa propre membrane, estant coupé il s'est trouvé tout desséché et recuit dedans comme dehors. Au rein droit il s'est trouvé un petit abcès plain de boue verte enfermée dans un chyste dans sa partie inférieure et charnue. Tout le poulmon du côté gauche entièremenr attaché aux costes et moins du costé droit, en la partie supérieur du gauche s'est trouvée une grande cavité
croyons pouvoir affirmer être de la main du Grand-Maître lui-même, Monsieur le Prince.
11 existe, du reste, à la Bibliothèque nationale, deux copies de ce manuscrit de Sainctot. L'une est cataloguée sous le numéro 23.939 et l'autre sous le numéro 18.538 du fonds français. Ce second manuscrit est infiniment plus soigné que le précédent ; il provient du monastère de Saint-Germain-des- Prés, à qui il avait été légué par le duc de Coislin en
M. G. a collationné, avec le plus grand soin, les textes de ces trois ' manuscrits ; aussi a-t-il réussi à publier un procèsverbal d'autopsie de Louis Xlll aussi exact que possible.
M. Guillon insiste avec raison sur la valeur de cette pièce capitale. On ne connaissait jusqu'alors que deux procèsverbaux, d'une rédaction plus ou moins suspecte: l'un, publié par le D' Henri Dupuy, en 1829; Tautre, tiré des Commentaires de la Faculté par le D' Corlieu et reproduit par lui, traduit en français, dans ses Morts des rois de France. •
ulcérée, plaine de boue, tous lesquels accidents ont été reconnus pour véritables causes de son deced.
Fait à Saint-Germain à six heures du matin 1615, ainsy signé : Charles de Savoye, Nicolas de FHospital de Vitr>', de Souvré, Bouvart, Seguin, Vaultier, Chicot, Conrade, de la Vigne, Moreau, Yvelin, de Nogent, Baptiste Bontemps, Pcscheval,Collart, Regnault, Lycot, Colin, Alexandre le Roy, le Large.
Anne d'Autriche
Morte, le 20 Janvier 1666, d'un Cancer au sein.
Louis Xlll avait épousé, le 25 octobre 1615, rinfante d'Espagne, fille de Philippe III, Anne d'Autriche, dont il eut deux fils : Louis \ son successeur, et Philippe, duc d'Orléans* .
1. Nous avons parlé ailleurs (Cabinet secret, 4* série) des doutes qu'on a émis sur la légitimité de la naissance du futur Louis XIV. Nous n'y revenons que pour ajouter à ce que nous avons déjà écrit, cette notule, extraite du Journal de Mathieu Marais, à la date du 3 mars 1723 :
« Le père Caussin avait été fait confesseur du Roi, le 33 mars 1637. 11 fut renvoyé le 12 décembre de la même année. 11 avait parlé au Roi, foitement, le jour de la Conception, 8 décembre, pour se réunir avec la reine avec qui il était brouillé ; et Louis XIV étant né le 5 décembre 1638, ce qui fait le temps des neuf mois, Louis XIII n'avait point perdu de temps pour mettre à profit l'instruction de son confesseur. Voilà une époque bien sûre de la naissance de Louis XIV, ou plutôt de sa conception qui est due au Père Caussin. »
2. Celui-ci épousa Henriette d'Angletetre, dont il eut trois filles: Marie-Louise^ femme de Charles 11, roi d'Espagne; une seconde princesse, morte en venant au monde ; et une troisième, Anne-Marie, épouse de Victor-Amédée 11, duc de Savoie, et un fils, mort en naissant.
D'un second mariage avec Charlotte-Elizabeth, de Bavière, fille d'un comte palatin du Rhin, il eut trois enfants : un prince, mort à 3 ans; Philippe, qui devint régent en 1715 et Elizabeth-Charlotte, qui épousa le duc Charles de Lorraine.
On sait qu'Anne d'Autriche est morte d'un cancer au sein. Le fait est connu ; nous n'y ajouterons que certains détails qui nous ont paru assez communément ignorés * .
La santé de la reine commença à s'altérer dès le 10 avril 1663. On se trouvait à la fin du carême- La reine se plaignit tout à coup de grandes lassitudes dans les membres, de nausées, et eut une fièvre très violente, qui dura plusieurs jours. Les purgations, les saignées, les émétiques — ou les efforts de la bonne nature finirent par avoir raison de ses malaises.
C'est le 4 octobre 1664 que la reine éprouva les premières atteintes du mal qui devait l'emporter. Elle était allée de Vincennes, où était la cour, visiter les Petites Carmélites à Paris. Là elle eut une faiblesse, qui l'obligea à rester ce soir-là coucher au Val-deGrâce.
Le 10 du présent mois d'octobre, elle sentit une grosseur au sein, très douloureuse, qui lui causa de vives appréhensions : ayant eu l'occasion d'observer chez des religieuses du Val-de-Grâce le mal qui la dévorait, elle ne se fit pas longtemps illusion sur sa nature.
Ce fut pendant une retraite de la reine dans son abbaye préférée, au moment des fêtes deNoél,que la maladie se déclara dans toute sa violence. Les médecins, qui jusqu'alors n'avaient guère prescrit
I. Cf. Mémoires de madame de MoUeviile; Raspail, Revue complémentaire des stiences médicaleSy i8s8 ; Lettres de Gui Patin, édit. Réveillé-Parise ; D' Scrvier, Le yal-de-Grâw, Paris, 1888; Comenge, Clinica egregia^ Barcelone, 1895, p. 2cy7, etc., etc.
que des emplâtres de cigùe — vieux remède encore en usage dans la médecine populaire — durent convenir de leur impuissance. Cest alors qu'on fit appel à un pauvre prêtre de village qui se prétendait possesseur d'un remède infaillible contre de pareils maux.
L'abbé François Gendron, curé de Voves (Eureet-Loire) promit à la reine de lui « endurcir son sein,à ce pointde le rendredurcomme une pierre». En récompense de ses soins inutiles, le roi lui octroya les bénéfices de l'abbaye de Maizières, en Bourgogne. Son onguent se composait dé belladone et d'une poudre de pierre grise, de la Beauce, calcinée*. Ce remède la fit horriblement souffrir et ne réussit pas à arrêter la marche de l'inexorable mal.
On engage alors la malade à essayer d'une nouvelle médication, et on l'invite à quitter Gendron pour se remettre entre les mains d'autres empiriques: elle fit choix d'un certain Ailhaut, médecin Lorrain, célèbre dans les deux derniers siècles par la poudre qui porteson nom, simple purgatif composé de 4 décigrammes de scammonée, 8 de suie et 8 de colophane: ce qui, pour l'effet, n'est en définitive que de la scammonée.
Chose curieuse : on pouvait voir il y a encore peu d'années, et nous ne sommes pas certain qu'il n'y soit pas encore — à la quatrième page des journaux et à la façade intérieure des vespasiennes un Ailhaut (ou Alliot), assurant la gué-
I. Brémond (D^ Revue de littérature nièdicala, cité par Witkowski, Tetoniana^ p. 68 et suiv.
rison des cancers ! Nous espérons bien qu'il ne se réclame pas de son ancêtre, qui échoua si complètement dans le cas d'Anne d'Autriche.
Dès la nouvelle de la maladie delà reine c'était à qui proposerait son remède.
Une certaine femme en promettait la guérison, mais elle en a quitté l'entreprise, écrivait Gui Patin à son confrère Falconet ^. On parle d'un moine de province et d'un autre charlatan que l'on veut faire venir de Hollande ; de quel côté qu'il vienne, il m'importe fort peu, mais je ne pense pas qu'ils la guérissent. Mon Dieu ! qu'il y a de sottes gens au monde, et particulièrement chez les grands seigneurs, de croire que telles buses puissent guérir les maladies que les médecins n'ont pas pu guérir.
A vrai dire, les médecins n'avaient pas manifesté une opposition trop vive quand on avait parlé de faire venir Alliot; mais Gui Patin, jaloux des prérogatives de la « très salubre » Faculté, n'avait pas manqué l'occasion de décocher une pointe à cet intrus, qui venait piétiner les plates-bandes doctorales.
On a fait venir, mandait-il à son correspondant *, un médecin de Bar-le-Duc, nommé AlIiot, qui est grand charlatan et disciple de Van Helmont.
Le 28 février, Gui Patin écrit encore :
On dit que la reine d'Angleterre la mère est fort malade à Londres ; notre reine mère empire aussi de ça.
Le 20 avril 1665, la reine a voulu suivre la cour à