‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 168 sur 277 · Lettre du 13 février · texte numérisé non relu

Lettre du 13 février

Saint-Germain; elle y part en chaise à porteurs, disant que si elle avait à mourir, elleaimait mieux que ce fût là qu'à Paris.

Mais arrivée à Chaillot, elle sent que l'agitation du chemin lui a fait beaucoup de mal ; à Saint- Cloud ses douleurs deviennent plus violentes. A partir de ce jour, ces souffrances n'eurent plus de relâche.

Nous apprenons encore, par une lettre de Gui Patin, datée du28avril,quelfutleremède employé,

La reine fut, hier, saignée à Saint-Germain, pour diminuer la douleur et la fluxion de sa mamelle.

Nous n'avons d'ailleurs qu'à suivre la correspondance de Gui Patin pour être tenu au courant des moindres phases de la maladie de la reine.

J'ai appn's aujourd'hui (6 mai), que la reine empire.

On a parlé d'une grande consultation qui doit se faire à Saint-Germain pour la reine-mère, savoir si on lui ouvrira la mamelle pour en tirer du pus et de la sérosité maligne qui en consume la substance de jour à autre. On parle aussi d'un certain médecin nommé Châtelain, que M. de Besons intendant de justice a ici envoyé deFrontignan ; on prétend qu'il guérit ces sortes de maladies, et qu'il a de beaux secrets contre les maladies incurables. S'il ne promettoit rien on ne lefcroit pas venir de si loin. Ce sont des impostures. Le cancer ne se guérit point et ne se guérira jamais ; mais le monde veut être trompé. (22 mai 1665).

Le jeudi 27 mai, l'auguste malade éprouva un grand frisson, étant à la messe. Elle se mit au lit et le frisson lui dura six heures ; il fut suivi d'un grand refroidissement.

Survint ensuite un érysipèle qui couvrait tout le bras et l'épaule du côté du cancer.

Gui Patin continue à prendre ses informations. Mais, soit qu'il ait été mal renseigîié, soit qu'il se plaise à exagérer la situation, il est encore plus pessimiste que les officieux. Ce n'est pas seulement le bras et l'épaule que l'érysipèle aurait envahi, ce sont les deux seins !

La reine-mère est empirée ; il est survenu des érysipèles à SCS deux mamelles avec de grandes douleurs et de mauvaises nuits, à cause de quoi elle a été saignée des bras et des pieds. J'appréhende qu'il ne s'y mette bientôt la gangrène, qui lui ouvrira le ciel pour l'éternité. On dit aujourd'hui qu'elle est encore plus mal et qu'elle a reçu Textrêmeonction. Cette nouvelle sent le sapin et le plomb (9 juin).

La reine empire. On dit qu'elle veut revenir au VaWc- Grâce où l'on croit qu'elle veut mourir...

Les médecins avaient été d'avis, en effet, qu'il fallait ramener la malade à Paris. Elle fut donc transportée dans une litière de Saint-Germain, non sans de vives souffrances et de nombreuses défaillances en cours de route.

Cependant, à partir de Nanterre, Anne d'Autriche sembla éprouver un mieux qui lui permit de gagner sans accident le Val-de-Grâce, où elle désirait mourir ; lieu plein de souvenirs et témoin d'émotions de toute espèce ! Mais les médecins s'opposèrent encore à ses vœux; M"™* de Beauvais se •rangea de leur côté, prétendant que, si loin de la ville, il n'y avait pas possibilité de trouver même des œufs frais * !

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