‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 20 sur 277 · DU GENRE DE MORT DES ROIS DE LA PREMIERE RACE · texte numérisé non relu

DU GENRE DE MORT DES ROIS DE LA PREMIERE RACE

Nous empruntons à ÏHistoire de Charlemagne, par Gaillard (tome I, p. 130-131), les détails qui suivent, dont nous ne nous portons pas autrement garant — et que nous ne reproduisons qu'à simple titre de curiosité.

Le nombre des rois et des fils de rois, morts de mort violente, en France ou sur les frontières, dans l'espace de temps que nous examinons, est effrayant ; il n'a peut-être pas été assez remarqué. C'est le tableau le plus capable de décrier à jamais l'état de guerre.

Chvis meurt dans son lit; mais je vois plus de dix rois ou fils de rois, tués ou de sa main, soit dans les combats, soit hors des combats, ou par ses intrigues. Comptons-les.

SiagrUis, fils de cet Œgidius, roi des Français, en concurrence avec Cbildéric; /4laric, roi des.Yisigoths, et le roi des Allemands, tués dans des batailles; Gondêgisile, roi de Bourgogne, tué par Gottdebaudy son frère, mais par suite de ses intrigues avec Clovis. Nous ne parlons point de Gondemar et de Cbilpéric, frères de Gondebaud et de Gondégisile : le premier, brûlé par Gondebaud, dans une tour où il se défendoit; le second, père de Clotilde, massacré avec ses deux fils par le même Gondebaud, et sa femme jetée dans la

rivière une pierre au cou . Ces événcmens ou précédent le rè;çne de Clovis, ou paroissent lui être étrangers. Mais en voici qui lui sont propres.

Sigebert, roi de Cologne, et son fils Clodoric; Cararic, roi des Morins, et son fi\s ; Ragnacaire, roi de Cambrai, tiRiguier son frère ; Remmery roi du Mans, et son frère, tous parcns de Clovis, tous assassinés par lui ou 'par ses ordres; quelquefois les uns par les autres, quelquefois le fils par le père.

Sous les cnfans de Clovis: Tkéodebert, tué à la chasse; Clodomir, roi d'Orléans, dans une bataille ; deux de ses fils égorgés par leur oncle Clotaire^ qui brûle vif Chramne, son propre fils, avec ses enfans, dont on ne sait pas le nombre.

Sigismond, roi de Bourgogne, fils de Gondebaud, fait étrangler Sig^&ic son fils dans son lit; Clodomir le fait massacrer lui-même avec sa femme et deux enfans; Gondemar^ frère de Sigismond, meurt en prison.

Mundéric^ qu'on croit avoir été fils de Clovfs, est assassiné par ordre de Thierry son frère.

Badéric et Bertier, rois de Thuringe, sont tués par leur frère Hermenfroy^ que Thierry, roi d'AustrasIe, fait précipiter du haut des murs de Tolbiac; Alamafroy^ fils de Berticr, est tué par Clotaire, son beau-frère.

Sous les enfans de Clotaire 1 : Sigehert, roi d'Austrasie ; Cbilpcric, roi deNeustrie; trois fils de Chilpéric^ Théodeberi, Mérovée et Clovis, sont assassinés : on croit que Cbildebert, fils de Sigebert, fut empoisonné, et par Brunehaut, sa mère.

Théodebert, son fils aîné, fut tué par Tbàûdoric, son frère, à l'instigation de Brunehaut, leur aïeule.

Les deux fils de Théodebert, Clovis et Mérovèe, sont tués ou par Théodoric leur oncle, ou par Brunehaut leur bisaïeule.

On croit que Tbéodoric lui-même fut empoisonné par Brunehaut, son aïeule. Quatre fils qu'il laisse sont égorgés ou engagés dans les ordres. On ignore le sort comme le nom des deux autres.

Ariberty second fils de Clotaire 11, et Cbilpêric, fils d*Aribert, furent, suivant l'opinion commune, empoisonnés par Dagobert 1, frère d'Aribert et oncle de Chilpéric.

Dagobert, en dépouillant Aribcrt et ses enfans du partage qui leur était dû^ mérita d'être soupçonné de leur mort.

Voilà, dans l'espace d'environ cent cinquante ans, depuis l'an ^8i jusqu'à l'an 630, époque de la mort d'Aribert et de Chilpéric, plus de quarante rois ou fils de rois, ou tués dans les batailles, ou assassinés de sang-froid, ou empoisonnés, sans compter beaucoup d'enfans de ces princes, tués au berceau, et dont on ne sait ni les noms, ni le nombre.

Nous ne parlons pas encore de Cbildéric II et d'un de ses fils, assassinés par Rodillon, ni de Dugobert II, fils de Sigebert II, assassiné par ses sujets; ces événemens sont postérieurs à l'époque où nous nous arrêtons dans ce moment.

Par l'effet de cette férocité, qui entretient l'esprit de guerre chez les nations barbares, tel était le sort des rois chez les Français et chez leurs voisins, dans le temps que nous examinons.

Observons encore que la vie de ces rois, active jusqu'à l'agitation et à la turbulence, ne remplissoit jamais le temps ordinaire de la durée de l'homme. La fatigue, poussée jusqu'à l'épuisement, consumoit avant le temps ceux dont le fer et le poison respectoient la vie.

Pour ne parler que de ces derniers, ce Clovis, dont le règne paroît avoir été long, parce qu'il fut plein, et que les époques en sont marquées par de grands événemens et de grands crimes, Clovis mourut à quarante-cinq ans, Thierry à cinquante-cinq, Tbéodeba Ide zvzni vingt; Cbildebert et Cloiaire ne passèrent pas soixante ans ; Cbérebert ne passa pas cinquante; Contran fut le seul qui, ayant mené une vie plus paisible, la poussa jusqu'au de là de soixante-huit ans.

Ciotaire II j dont le règne est réputé long, parce qu'il fut roi à quatre mois, mourut vieux .à quarante-cinq ans, et Dagobert décrépit, à trente-six.

Cette liste est courte, parce qu'elle ne contient que les rois morts dans leur lit; le plus grand nombre est de ceux qui périrent d'une mort violente. La brièveté de la vie des premiers est plus sensible encore dans le reste de la première race.

Des deux fils At Dagobert /, Sigebert II j roi d'Austrasie, et Clovis II, roi de Neustrie, moururent à vingt-un ans.

Des trois fils de Clovis 11, Ciotaire III mourut avant dixhuit ans, et Tbierry avant quarante. Encore un coup, nous ne parlons pas de Cbildéric, qui fut assassiné avec son filS;

ni de Dagobert II, fils de Sigebert II, assassirté par ses sujets.

Des deux fils de Thierry, Clovis III mourut avant quinze ans, et Cbildebert à vingt-huit. Dagobert III, fils de ce dernier, mourut à seize ans. Cbilpéric //n*atteigntt pas cinquante ans. Thierry d$ CbelUs, fils de Dagobert 111, mourut à vingtdeux ou vingt-trois ans.

La durée de la vie des rois est à peu près la même sous la seconde race.

Scus la troisième, elle est plus longue et plus égale. Le plus grand nombre est de ceux qui meurent de cinquante à soixante ans; mais itestpeut-étreàremarquerque,dansi'espace de prés de quatorze siècles, dans trois races différentes, dans une liste de soixante-cinq rois, en ne comptant que ceux qui ont régné à Paris ; de cent au moins, en comptant tous ceux qui ont régné dans les différentes parties de la France, liste qui peut encore être grossie par celle des héritiers du trône non parvenus au trône, on ne trouve que deux rois septuagénaires, Cbarlemagne et Louis XI f^; soit que cette brièveté générale de la vie des rois vienne des embarras et des chagrins du trône, ou de la facilité funeste qu'ont les rois et les princes de satisfaire toutes leurs passions.

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