Vétault, Charlemagne f p
méconnaître une pneumonie dans une maladie qui se caractérise : i° par une fièvre intense à début subit; 2° par un point de côté qui se déclare consécutivement ; 3° par un affaiblissement progressif; 4° par une fièvre continue avec soit intense et perte d'appétit.
Il y manque, pourrait-on objecter, un symptôme, capital en l'espèce, c'est l'expectoration. Mais ne savons-nous pas que, chez les vieillards, la pneumonie ne s'accompagne que très rarement de ce symptôme, pour ne pas dire exceptionnellement?
« La vieillesse, a dit depuis longtemps Charcot*, imprime à toutes les manifestations morbides un cachet particulier... Il existe pour le vieillard des immunités spéciales... Aussi les désordre3 les plus graves se traduisent-ils par des symptômes peu accentués: ils peuvent même passer inaperçus et c'est dans l'âge sénile qu'on observe le plus grand nombre de maladies latentes. C'est surtout dans la pneumonie lobaire qu'on remarque cette absence presque complète de signes généraux. »
Tous les pathologistes sont, du reste, d'accord sur ce point. «Chez le vieillard, dont l'organisme réagit peu, écrit le professeur Dieulafoy *, la première pneumonie est insidieuse, le frisson est insignifiant, et le point de côté peut passer inaperçu ; la coloration du visage et la sécheresse de la langue sont quelquefois les seuls signes révélateurs; c'est en vain qu'on attend les crachats rouilles^
!. Charcot, Leçons sur Us maladies des vieillards, 2. Dieulafoy, Manuel de pathologie interne, t. 1 (i835), p. ii3.
qui n'apparaissent pas.,, en un mot, la pneumonie est défigurée par l'âge de l'individu. »
Si l'on veut bien se rappeler que Charlemagne * était dans sa soixante-douzième année quand il a succombé, on acceptera, pensons-nous, que les observations précédentes s'appliquent de tout point à son cas.
Des réserves doivent cependant être faites, étant donnée l'insuffisance delà description clinique de la maladie dont nous avons cherché à interpréter les trop vagues symptômes.
Le successeur de Charlemagne fut son troisième fils, LouiS'le- Débonnaire, qui succéda à son père en 814.
Ce fut un esprit faible et un monarque sans autorité. Très versé dans l'astrologie, il n'eut pas de peine à interpréter certains phénomènes météorologiques comme des avertissements du ciel. Attaqué en 839 d'une maladie de langueur (?), la superstition vint accroître sa peur de la mort.
Dans une même année, par un concours bien rare de plusieurs phénomènes astronomiques,, s'étaient rencontrées deux comètes, présage qui , comme on le croyait alors, avait marqué dans les cieux les destins de la terre.
11 y eut ensuite une éclipse de soleil, si considérable qu'en plein midi l'on vit les étoiles. L'astrologue interpréta ces signes naturels contre le prince; Louis les crut funestes pour lui. Tombé malade tout à coup, il fut transporté dans une de ces îles que forme le Rhin
1 . Sur la personne de Charlemagne, v. ce qu'en dit son contemporain et secrétaire Eginhard. Il n'est pas de récit plus pittoresque et, ce qui vaut mieux, plus véridique. (Cf. Warnkœnig, op, cit., 1, p. 285 et suiv.).
aux environs de Mayence, où il se livra à l'excès de son chagrin... Il mourut en 840 ^
Charles le Chauve serait mort, le 6 octobre 877, d'un breuvage empoisonné, que lui aurait préparé son médecin et favori, Sédécias.
Nous manquons d'informations précises sur la mort de Louis II, dit le Bègue, mort le 10 avril 879 ; de Louis III, qui succomba le 4 août 882, et de Carloman, son frère, qui lui survécut deux ans (m. le 6 décembre 884).
Charles 111, dit le Gros, petit-fiis de Louis le Débonnaire, reconnu roi de France en 885, fut, dit-on, étranglé par ses domestiques, à l'abbaye de Richenaw, dans une île du lac de Constance *.