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PIÈCES JUSTIFICATIVES
La lettre, inédite, que nous publions ci-dessous et que nous devons à la parfaite obligeance du libraire-expert Aug. Voisin, donne des détails très circonstanciés sur les derniers moments de la duchesse d'Angoulême.
Elle est écrite par un des médecins qui donnèrent leurs soins à la princesse dans sa dernière maladie ; c'est donc un témoignage de haute valeur.
Froshdorf 27 octobre 1851 .
Monsieur le Comte.
Je viens mettre sous vos veux quelques détails sur les accidens qui se sont successivement présentés pendant le cours de la maladie de Madame la comtesse de Marne * .
Madame la comtesse jouissait d'une santé parfaite, lorsque, le 13 de ce mois, à la suite d'une longue promenade à pied elle fut spontanément atteinte d'une pleuro-pneumonie caractérisée par les symptômes suivants : douleur profonde avec voussure très prononcée dans l'hypocondre droit, son mat à l'auscultation du poumon du même côté, dans une assez grande étendue, respiration difficile, pouls dur et fré-
I . Cest le nom que la duchesse d'Angoulême avait adopté depuis qu'elle vivait en exil.
quent, langue rouge à sa pointe et soif ardente, froid aux extrémités, urine rare et safranée, nausées et vomissements qui ont été immédiatement favorisés par l'émétique donné en lavage et suivie d'évacuations bilieuses très abondantes qui ont produit une amélioration telle, dans l'état général delà malade, que madame la comtesse de Marne, les deux jours suivants, a pu être placée, à plusieurs reprises, sur un canapé, à s'occuper, selon son habitude, des demandes de secours qui lui étaient adressées avec la personne chargée de ses œuvres de charité ; lorsque le quatrième jour une aggravation spontanée vint détruire toutes les espérances : les forces vitales s'affaiblirent tout à coup, des douleurs aiguës se dévelop-' pèrent au cerveau accompagnées, par instants, de troubles dans les idées, la respiration devint plus difficile, les crachats rares et sanguinolents, la peau sèche et brûlante, le pouls variant de quatre-vingt-dix à cent, cent vingt et même cent trente pulsations et malgré les moyens immédiatement appliqués à chaque indication, tels que sangsues, cataplasmes émoi liens sur les points douloureux, sinapismes aux extrémités, vésicatoires et les autres prescriptions consacrées par l'expérience médicale, rien n'a pu empêcher les progrès de la maladie et le lo, à 1 1 heures dix-sept minutes du matin, au moment même où Madame la comtesse de Marne rendait le dernier soupir, une violente contraction a été suivie d'un jet considérable de sang noir qui s'est fait jour par les narines et par la bouche. C'était le dernier effort d'une agonie de vingt-quatre heures, qui a été, chez l'auguste princesse, une longue suite de prières les plus ferventes pour la France et pour monsieur le comte de Chambord.
D'après les intentions formelles de Madame la comtesse de Marne, aucune investigation n'a été faite sur ses rester mortels.
Monsieur le Comte de Chambord, sur mon invitation, a fait appeler en consultation le premier Médecin de l'Empereur; et cet honorable confrère a joint ses soins aux miens, près de la princesse, dans cette courte et déplorable maladie.
Recevez, je vous prie, Monsieur le comte, la nouvelle assurance de mon profond et respectueux dévouement.
Baron Thévenot de SArar-BLAiSE.