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LES FILS DE LOUIS XVI

A. — Louis- Josepb'Xavier-François (1781-1789).

Le 22 octobre 1781, le peuple de Versailles et de Paris était en liesse : la reine Marie-Antoinette avait, après mille alternatives de tourments et d'espoir, donné naissance à un Dauphin.

On se souvenait encore de la révolution qui s'était opérée dans la santé de la jeune mère, lors de son premier accouchement : la foule avait envahi la chambre où elle reposait, et il en était résulté un si grand ébranlement qu'elle fut plusieurs jours à se remettre. Pour ne pas voir se reproduire au second accouchement les accidents qui avaient signalé le premier, on prit la sage précaution de limiter le nombre des personnes qui pourraient approcher sa Majesté.

Le silence observé par les assistants avait laissé la Reine incertaine sur le sexe de l'enfant qu'elle venait de mettre au monde — jusqu'au moment où le Roi lui dit, les larmes aux yeux : « Madame, les espérances de la nation et les miennes sont remplies ; vous êtes mère d'un Dauphin *. »

Ce fut une joie générale : on n'entendit à cette occasion qu'une note discordante, qui vint des tantes du Roi. Comme la Reine leur faisait part de sa joie d'avoir donné un Dauphin à la France : <( Nous nous bornerons, répliquèrent-elles aigre-

I . Mémoires relatifs à la famille royale de France pendant la Révolution, par Catherine Hyde, Paris, 1826, t. 1, p. 151..

ment, à répéter un mot de notre père sur ce sujet. Une d'entre nous se plaignait à Louis XV que son époux, imitant à son égard la continence du Dauphin vis-à-vis de vous, elle ne pouvait, bien que mariée depuis longtemps, se vanter d'être emme ni espérer d'être mère. — « Une princesse prudente, repartit le Roi, ne manque jamais d'héritiers. »

Mais le sentiment des deux vieilles filles n'était pas partagé par l'immense majorité de la nation, dont l'ivresse semblait réellement tenir du vertige. C'était à qui donnerait aux souverains la marque la plus manifeste de son dévouement. La princesse de Lamballe en a rapporté un exemple touchant, dans le journal rédigé par une dame attachée à son service*. Le Roi allaita Marly;la princesse revenait de Rambouillet. Leurs voitures se rencontrèrent. Les deux postillons sautèrent de cheval, se jetèrent à genoux sur la grande route, malgré la boue dont elle était cou. verte, et ne cessèrent de bénir Sa Majesté, toujours dans la même position, qu'après avoir perdu de vue le carrosse du Roi ^

Le jour de la naissance du Dauphin, un feu d'artifice fut tiré sur la place d'Armes de Versailles. Les discours, les vers, plurent de toutes parts. Les différents corps de méfiers de la ville furent, à cette occasion, présentés au Roi. Les ouvriers,

1 . Madame Catherine Hyde, marquise de Govion-Broglio- Solari, auteur des Mémoires relatifs à la famille royale de Fraftce, précités.

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