‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 214 sur 277 · Corresp. secrète. loc. cit · texte numérisé non relu

Corresp. secrète. loc. cit

Le titre de duc de Normandie n'avait plus été donné aux fils de France, d'après un autre auteur (Eckard", Mim, biU. sur Louis Xk'II, 1818), depuis Charles, quatrième fils de Charles VU, successivement duc de Berry, de Normandie et de Guyenne, mort à Bordeaux en 1472. (Eckard, op. cit., p. )).

L'enfance du futur héritier du trône — il devint héritier présomptif de la couronne et prit le titre de Dauphin à la mort de son frère, survenue en 1789— l'enfance du duc de Normandie ne fut traversée par aucun orage sérieux : c'est à peine si nous trouvons signalées par les nouvellistes des convulsions infantiles, provoquées vraisemblablement par des vers intestinaux, qui le tourmentèrent à diverses reprises.

Ces convulsions faillirent même être la cause du renvoi de sa gouvernante, la duchesse de Polignac. Un jour, la Faculté avait jugé à propos de faire appliquer à l'enfant, atteint d'une de ses crises nerveuses habituelles, des sangsues derrière les oreilles. La gouvernante, craignant que cette opération n'affectât trop vivement la sensibilité de la reine, voulut la lui dissimuler. Elle prévint néanmoins le roi, qui tenait à être témoin de l'application des petites bêtes. Mais la reine, étant survenue presque au même instant, aperçut destraces de sang et en demanda la cause à la duchesse, qui ne put que balbutier une explication. Marie- Antoinette entra dans la plus violente colère, se plaignant qu'on lui eût caché l'état de son fils, et la gouvernante eut beaucoup de peine à lui faire entendre qu'elle n'avait pas eu d'autre but que celui de ne pas alarmer sa tendresse maternelle*.

Le second fils de Marie-Antoinette était d'un tout autre tempérament que son frère aîné. A part

De Lescure, 0^. «V., t. 11, p. 84.

des affections vermineuses S il ne fut atteint que d'indispositions passagères. 11 n'était nullement* l'enfant rachitique, scrofuleux, arrivé à la dernière période de la cachexie strumeuse, que certains historiens nous ont présenté. En 1789, c'était«untrèsbel enfant», qui donnaitde«grandes espérances ». Son système nerveux était seulement très délicat, et le moindre bruit le faisait tressaillir.

L'éruption de ses premières dents avait été tardive, mais elles étaient venues sans maladie ni accident, à part deux ou trois convulsions ' ; il eut encore des convulsions à la suite de l'inoculation.

Le Dauphin ne recevait les soins que de son médecin habituel, Brunier, qui avait été appelé à cette charge le 19 octobre 1785*. Brunier avait la confiance de la reine, qui se plaignait seulement

1. Les vers provoquant assez souvent des convulsions, on a pu croire que le dauphin était sujet à des attaques de nerfs ressemblante de l'épi lepsie (V. Corresp. secrète^ t. 11, p. 360).

2. Une femme de province, voyant côte à côte madame Royale et le duc de Normandie, en 1788, ne put retenir cette exclamation : « Mon Dieu! les beaux enfants! » Correspondance secréU, piécitée, t. 11, p. 281.

Voir aussi à ce sujet, dans le numéro exceptionnel de la Plume consacré à la question Louis XVll, r Etude sur Videniiié morale de « Nauendorff » avec Louis XV!!, par Otto Friedrichs. Nous y relevons notamment cette remarque autorisée de Mme Campan: « La santé brillante et Tamabilité du duc de Normandie contrastaient avec Pair languissant et le caractère mélancolique de son frère aîné. »

3. C'est Marie-Antoinette elle-même qui nous fournit ces détails dont la sincérité ne saurait être mise en doute (Cf. de Beauchesne, Louis XVIIy édition de 1894, t. 1, p. 34 et suiv.).

4. Arch. nat., E 3470, fol. 3i9;cité par A. Chéreau, Ephéméridcs de V Union médicale.

quMIfut « familier, humoriste, et clabaudeur* ».

Quand l'enfant tomba pour la première fois malade au Temple, d'une forte coqueluche accompagnée de fièvre, il ne fut pas visité par Brunier, mais par Le Monnîer, qui, bien qu'ancien médecin de Louis XVI, se recommandait au choix de la G>mmune par une dignité de vie et une sévérité de mœurs inattaquables. Néanmoins, sur les instances de la reine, le Conseil général de la Commune avait autorisé Marie-Antoinette à appeler auprès de sa fille, « atteinte d'une incommodité grave », une plaie à la jambe, le médecin qui avait gardé sa confiance; et c'est ainsi que Brunier franchit pour la première fois (le 14 janvier 1793) le seuil de la prison du Temple*.

Au moîsdemai de l'année suivante^, ledauphin

I. De Beauchesne, ^^. cit. Madame Brunier, la femme du médecin, était attachée au service de Madame Royale depuis sa naissance. « Elle tient du caractère de son mari, écrit d'elle Marie-Antoinette ; de plus elle est avare et avide des petits gains qu'il y a à faire dans la chambre. » de Beauchesne, t. 1,

P- 37- 3. V. La Chronique médicale du T' avril 1901.

Page 1