Suvigny, op. ciL, p
4. Le Times^ du 4 décembre 1838, contient une lettre signée: baron F. Thierry, où se lit ceci: « Un des principaux agents qui se sont employés pour arracher le dauphin du Temple, fut le comte de Frotté, général vendéen, à la famille duquel je suis allié: ma sœur avait épousé son frère; j'ai eu, par conséquent, les moyens de m'assurerquc le comte de Frotté a été h principal instrument de Vèùasion du dauphin et de sa fuite dans la f^endée^ où quelques temps après il organisa la guerre si célèbre dans l'histoire de France. » Cf. Nauroy, Les Secrets des Bourbons, p. 72-75.
Nous sommes en novembre 1794, à l'époque où le gardien Gomin prend possession des fonctions dont l'a investi la confiance du Comité de salut public. Gomin, nous le rappelons, n'avait jamais vu le vrai dauphin. Il ne put donc manifester de surprise quand on lui présenta l'enfant arrivé au dernier degré de la cachexie qu'il était désormais appelé à garder. Cet enfant ne pouvait plus ni marcher ni se mouvoir, par suite des tumeurs qu'il avait aux deux genoux. // ne prononçait pas une parole : son mutisme était complet. C'est ce que constateront les trois délégués du Comité de sûreté générale, chargés de renseigner leurs collègues sur la situation du « dauphin », dans les premiers mois de 1794.
Ce rapport * des députés est des moins ambigus. A toutes les questions posées au prisonnier, celuici a opposé le silence le plus absolu. Qu'en devons-nous induire? Evidemment que ce n'était plus le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, mais un enfant racbitique et muet " qu'on lui avait substitué, en présence duquel se trouvèrent les députés Harmand, Reverchon et Mathieu. « Les trois conventionnels,écritH. Provins, se sonttrouvésenprésence
i . Cf. Mémoires secrets et universels des malheurs H di la mort de la reine de France ^ par M. Lafont d'Aussonne, Paris, 1836, p. 403 et suiv. Pour la discussion du rapport d'Harmand, voir l'ouvrage de H. Provins, t. 1, 1880, p. 167 et suiv.
3. Certains ont prétendu que le dauphin était rachitique, parce que son frère Tétait. Or, il paraît avéré, d'après le document, que nous avons publié plus haut, que si son frère, le premier dauphin, l'était, lui, sans conteste, il le devait à sa nourrice. Madame Royale ne paraît pas non plus avoir été atteinte de scrofule.
d'un enfant absolument sourd, absolument muet *; cet enfanta certains moments, a interprété leurs gestes, mais son oreille est restée insensible à tout bruit, sa bouche n'a laissé échapper aucune syllabe* y>.
1. Sentant la force de l'argument, les partisans de la mort au Temple se sont efforcés de prouver que le prisonnier du Temple n'était pas devenu tout à fait muet; que « son silence était relatif». Mais tout contredit ces assertions intéressées. Voici, par exemple, ce qu'écrit Madame de Tourzel dans ses Af^/notVf s (t. 11, p. 327): '
« Gomin me dit que, lorsqu'on leur avait remis le ieune prince entre les mains, il était dans un état d'abandon qui faisait mal à voir, et dont il éprouvait les plus fâcheux inconvénients. Il était tombé dans un état d'absorbement (5ic\ continuel, parlant peu, ne voulant ni marcher ni s'occuoer de quoi que ce put être... ^
« Le pauvre Gomin, qui, malgré sa bonne volonté, ne s'entendait pas au soin des malades, ne s'aperçut pas d'abord que cet état d'absorbement tenait à une maladie dont le pauvre petit prince éUit atteint, et qui était la suite des mauvais traitements, du défaut d'air et d'exercices plus nécessaires à cet enfant qu'à tout autre... »
Eckard, de son côté, (op, cit., p. 274), tente cette mauvaise explication, ou se traduit visiblement son embarras :
... Nous sommes convaincus que le silence observé par l'auguste enfant, n'était que relatif: En effet, le jeune Louis ne l'a-t-il pas rompu, lorsqu'il fit à Simon la royale promesse de lui pardonner; lorsqu'il fit des remerciements à M. Naudin, ou lorsqu'étant seul avec M. Gomin, il lui confiait ses peines; enfin, lorsque, trop tardivement, dans la suite des médecins furent appelés pour lui donner des soins?. ' Nous sommes également persuadés que le jeune Roi, qui ne pouvait Ignorer d'où provenaient tous les malheurs de sa Famille, n'avait jamais vu qu'avec dédain, avec horreur tous les Conventionnels et tous les membres de la Commune à l'exception d'un petit nombre qui, depuis longtemps, n'avaient plus d'accès auprès de sa personne. Aussi n'accordait-il point d'autre réponse aux auteurs de ses maux, et à ses geôliers que ce regard si expressif : « Qtte m'imparte, achevez votre Victime!..,. ^