La Légitimité, !•' décembre
3. Cette conclusion — nous ne saurions le trop répéter — ressort non pas d'une prétendue ambiguïté de termes, mais du texte lui-même de la pièce. On ne peut tirer aucun argument de ces mots : « Le corps que les commissaires nous ont ditétre.., » Encore une fois, nous y insistons, ^est une simple formule et partisans et adversaires de la survivance de l'enfant royal, semblent désormais bien d'accord sur ce point (V. ouvrages et articles de MM. Chantelauze, P. Veuillot, de
Mais une deuxième objection se dresse devant nous, qu'il faut, avant de poursuivre notre démonstration, réduire à sa juste valeur : la preuve, a-t-on dit, que le médecin qui pratiqua l'opération posthume était parfaitement convaincu de l'identité du cadavre avec Tenfant royal, c'est qu'il déroba son cœur^. Eut-il commis ce larcin * s'il n'avait pas eu cette conviction ?
La réponse est facile : à supposer même que l'auteur du larcin, le docteur Pelletan, ait été de bonne foi', il ne réussit pas évidemment à faire partager sa conviction à ceux qui étaient le plus intéressés à le croire sur parole. 11 est, en effet, assez
la Sicotière, Osmond, etc.) ; mais, par contre, on ne saurait ne pas faire cette remarque, très importante en l'espèce, que les médecins ont constaté des maux et des infirmités que le véritable Dauphin n'a jamais eus et qu'ils n'ont pas noté les signes et stigmates ineffaçables que le substitué ne pouvait présenter... On ne saurait tout prévoir!...
1. V. 2LUX Pièces justificatives (note K) le chapitre intitulé: Uodyssée posthume dUm viscère pseudo-royal.
2. Ce ne fut pas le seul larcin que commit notre brave confrère. Damont, commissaire civil de la section du Nord, de service au Temple, assistant en cette qualité comme témoin à Tautopsie, supplia Pelletan de lui donner une poignée des cheveux qu'il venait de couper avec des ciseaux pour faciliter son opération. Ces cheveux furent conservés précieusement par Damont, qui les représenta dans un écrin, en 1815. (V. siux Pièces justificatives la note L). Quand il offrit ces cheveux à la duchesse d'Angoulême, celle-ci s'empressa... de les monter en broche ? Non, de les refuser !
3. Mais il était plus probable que c'était un calcul : « Dans le cas d'une restauration royaliste, a écrit très judicieusement M. Osmond {La Question Louis Xl^II, in La Plume, i«' et 15 août 1899), il voulait avoir un talisman qui le conduirait auxhonneurs, et quelle relique plus touchante... que le cœur (de Louis XVll). 11 était déjà bien résolu à dérober et à garder ce cœur pour les éventualités de l'avenir. » (P. 497-498;.
singulier que Louis XVIII, comme la duchesse d'Angoulême*, et le comte de Chambord, comme CharlesX, auxquels le« cœur du Dauphin » fut successivement présenté, se soient toujours refusés à accepter la relique qu'on leur offrait. On est donc amené à conclure que la mort du Dauphin au Temple n'était nullement pour les Bourbons un dogme de famille ; qu'ils connaissaient, au contraire, le secret de l'existence du fils de Louis XVI, et qu'ils avaient probablement conscience de leur usurpation des droits de l'héritier légitime.
Nous pourrions nous arrêter là, si nous faisions seulement œuvre d'historien ; mais nous n'oublions pas que nous avons à remplir une autre tâche et que nous ne devons rien négliger de ce qui ressort de près ou de loin à la médecine légale, dans les problèmes rétrospectifs où l'intérêt de la science prime pour nous l'attrait de la curiosité. Quel guide plus utile que la science dans les recherches à la poursuite de la vérité? Est-il rien de plus salutaire que la discipline qu'elle nousimposePEn nous contraignant à ne point dépasse r les limites de notre rôle professionnel, de combien d'écarts elle nous garantit, que de déclarations hasardeuses elle nous évite!...
Jusqu'ici nous nous sommes attaché à n'affir-
I . La duchesse d'Angoulême se disait pourtant convaincue en 1851, de la mort de son frère au Temple (Bégis, op, cit., p. lo-ii) ; il est vrai qu^elle a souvent varié dans ses déclarations à ce sujet (Voir la Légitimité, des 13 novembre 1887, !•' juillet 1898, etc.), et qu'on a tout lieu de penser qu'€ne savait à quoi s'en tenir là-dessus.
mer que ce que nous pouvions étayer de témoignages scientifiques ; nous sommes résolu à ne pasallerau-delà,quéllesquepuissentêtre notre opinion ou plutôt nos impressions personnelles. Il a paru assez de publications spéciales * pour éclairer la religion de ceux qui veulent connaître dans ses moindres détails ce drame vécu, qu'on ne nous restituera jamais aussi passionnant qu'il le fut dans sa brutale réalité.
L'autopsie terminée, restait un dernier acte à accomplir : il fallait procéder à Tinhumation. Bien qu'il existe un procès-verbal d'inhumation % il est assez singulier qu'on n'arrive à aucune notion précise ni sur l'heure, ni sur le mode, ni sur la date exacte de cette formalité *. Ces contradictions ne laisseraient-elles pas supposer que ledit procèsverbal a été fabriqué après coup?
L'enquête ordonnée par le comte Angles, en 181 7, fixe l'inhumation du Dauphin au 24 prairial, alors que le procès-verbal donne la date du 22. M. Sardou a donc raison de poser ce dilemme*. De
I. V. notamment la publication du journal La Ugitimitè de Bordeaux ; le numéro exceptionnel de la Plume^ consacré à la Questiott Louis A'K//(Paris 1899) et les ouvrages de Gruau de la Barre, Otto Friedrichs, H. Provins, Nauroy, de Beauchesne,ChanteIauze et Bégis ; nous ne citons pas les publications de seconde main.
3. 11 a été publié en 1898 par M. Ernest Daudet (V. le yv/i7 Temps f 7 avril 1898).