‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 242 sur 277 · M. Chantelauze, par exemple · texte numérisé non relu

M. Chantelauze, par exemple

3. Pour le détail, cf. les Annales d^oribopédie et de chirurgie pratiques^ juin 1894 ; D' de Backer, Louis Xyil au cimetière de Ste-Marguerite. Paris, Ollendorff, 1894 ; D' Oscar Amoëdo, Art dentaire en médecine légale, p. 467 et suiv.

u* Le sujet a atteint l'âge de quatorze ans — qu*il peut avoir dépassé. L'état des épiphyses, des humérus, des fémurs, des tibias, ainsi que l'examen de la boite crânienne, nous permettent de conclure dans ce sens *.

L'état des maxillaires, leur développement et leur écarten cnt, le système dentaire « corroborent cette assertion.

1' Certaines modifications dans la direction de quelques os accusent une faiblesse spéciale qui s'est traduite par une légère scoliose, un retard dans le développement du thorax et un léger degré de genu vaîgum à gauche.

En foi de quoi nous avons signé le présent rapport.

D'DE Backer, D' Bilhaut.

Paris, le 5 juin 1894.

I . Dans la terre et sous des conditions variables de température, d'humidité, d'aération, liic.y Orfila et Lesueur indiquent ainsi les altérations du système osseux : les os, disent-ils, subissent â peine de l'altération, même au bout de plusieurs centaines d'années. On a trouvé à Saint-Denis ceux du roi Dagobert, mort il y a près de douze cents ans; à la vérité, ils étaient dans un coffre de bois, placé lui-même dans un tombeau de pierre. (Cf. Oscar Amoëdo, Art dirthtaire en médecine légale, p. 355.)

2. L'identification des cadavres au moyen des dents a suscité de nombreux et importants travaux, surtout depuis quelques années.

Les auteurs du commencement de ce siècle semblent, en effet, avoir négligé de mettre à profit les indications fournies par le système dentaire au point de vue de l'identité.

Les traités de médecine légale mentionnent bien les signes que donne la dentition au point de vue de l'âge et les diiTércntes particularités des organes dentaires susceptibles d'être utilisées par un médecin-légiste, mais ils n'y attachent pas, selon nous, une importance suffisante. Or, comme les observations rapportées plus loin le montreront, nombreux sont les cas dans lesquels les dents sont le seul moyen pratique d'établir une identité.

Il a tallu de nombreuses catastrophes: Incendie du Ringtheater (Vienne), de l'Opéra-Comique (Paris), du Bazar de la Charité (Paris), pour attirer l'attention des autorités sur ce point. (Amoëdo op. cii.jp. 418-419).

Comme Ta très justement dit le D' de Backer, en guise de préface à son remarquable rapport :

« Le rôle du médecin appelé pour une expertise doit être d'une grande sobriété et 5e borner à signaler le fait brutal.

« Constater des réalités, les mettre d'accord avec les données scientifiques, faire une sorte d'équation, en plaçant, d'un côté, ce que définit la médecine légale et de l'autre, ce que Ton a sous les yeux, telle est la seule manière de comprendre le devoir en une circonstance aussi délicate...

«Les déductions, les interprétations, les explications historiques sortent du domaine médical... Notre mission se borne à livrer aux historiens les faits relevés par nous : nous en restons là... »

A l'exemple de notre confrère, nous en resterons là nous aussi. A d'autres de s'essayer à déterminer l'identification du Dauphin avec les multiples prétendants qui se sont réclamés de ce titre si ardemment convoité !...

PIÈCES JUSTIFICATIVES

Ce jourd'hui seize novembre mille huit cent seize est comparue au Ministère de la Police Marie Jeanne Aladame V** Simon, âgée de soixante et onze ans native de Paris, qui a répondu à nos diverses interpellations, ainsi qu*il suit/ savoir :

Qu'elle a épousé le 15 mai 1788, Antoine Simon, cordonnier, demeurant à Paris, rue des Cordelliers; lequel fut nommé en 1792 officier municipal et ensuite gouverneur ou concierge de la Tour du Temple ;

Que son mari ayant été exécuté avec la Commune proscritte par les Evénements de Thermidor an 11 elle fut arrêtée et détenue un mois, faits qu'elle justifie par les papiers que ladite V Simon nous a représentés;

Qu'après sa mise en liberté, en vertu d'un ordre du comité de sûreté générale du 7 fructidor an 2% elle revint habiter son logement rue des Cordelliers n* 32; qu'elle est admise aux incurables depuis mai 1796.

Déclare ladite V® Simon qu'en quittant la Tour du Temple le jeune et infortuné fils de Louis XVI était en bonne santé; que pendant qu'elle lui donnait des soins, il avait été grièvement incommodé d'une maladie vermineuse dont il s'était

I. Ce document, dont nous avons pris copie aux Archives, a été, comme nous nous en sommes assufé depuis, publié par M. Nauroy, dans son très intéressant opuscule : Les Secrets des Bourbons y p. 80 et suiv.

ensuite -bien rétabli; que ses traits sont tellement gravés dans son cœur qu'elle le reconnaîtrait si jamais il pouvait lui apparaître; qu'il avait au bas de la mâchoire gauche une cicatrice ineffaçable provenant de la morsure d'un lapin blanc que le prince élevait lorsqu'il habitait le château des Thuileries;

Qu'elle a une entière conviction que le jeune Prince n'est point mort dans la Tour du Temple ainsi que la nouvelle en fut répandue dans le temps ; que cette conviction est si intime que rien ne saurait l'en dissuader.

Ladite V** Simon, pressée de s'expliquer relativement aux circonstances qui ont pu lui suggérer une telle opinion sur un événement dont toutes les circonstances ont été minutieusement constatées, a déclaré :

Que, la veille du jour où la mort du jeune prince fut annoncée par les papiers publics, elle vit, se trouvant à côté de l'école de chirurgie, passer la voiture du blanchisseur employé au Temple, qu'elle reconnut une manne ou panier, dans lequel on aura pu introduire un autre enfant destiné à être substitué au jeune Prince qu'elle dit avoir été enlevé à cette époque;

Que son opinion s'est fortifiée des propos qu'on attribue à M. Dessaut, chirugien, qui lorsqu'on lui représenta le cadavrej,du prétendu Louis XVII dit qu'il ne reconnaissait point le corps du jeune prince auquel il avait donné des soins précédemment ;

Qu'ayant une cousine, portière d'une maison place Vendôme occuppée par une administration, dont les propriétaires avaient émigré, elle a eu par cette portière, des nouvelles du Prince ; qu'elles étaient convenu ensemble d'un mot de convention pour se faire connaître, sans qu'un tiers présent pût savoir ce qu'elles disaient, si l'enfant était bien ou mal portant; qu'elle ne peut dire comment sa cousine portière pouvait être au courant des nouvelles du Prince^ mais qu'elle croit que c'était par des lettres de ses ancféns maîtres avec qui elle correspondait ; qu'elle ne peut faire confirmer ce qu'elle avance par le témoignage de sa parante, décédée depuis cinq à six ans;

Enfin, qu'elle a vu le jeune Prince, il y a eu onze ans, au mois de Juillet dernier ; qu'il est entré ayant à ses côtés

un Négre d'environ vingt ans, dans une salle des Incurables où elle se trouvait avec dix huit personnes de la maison ; qu'il passa devant elle, ne la nomma point mais la salua,en portant la main à son cœur et en lui faisant signe de garder le silence, qu'arrivé à son lit sur lequel était un couvre-pied bleu, il dit : « je vois qu'on ne m'avait pas trompé »; qu'elle a omis de dire une circonstance qui peut expliquer cette remarque, savoir qu'une dame, grande, brune qui lui parut étrangère avait demandé, six semaines auparavant, à voir la Vve Simon et qu'elle avait été conduite à son lit auprès duquel elle se trouvait, et que voyant rattendrissement qu'elle éprouvait au souvenir du Prince sur lequel quelques mots furent prononcés^ cette Dame lui dit, « ne vous chagrinez pas », en la touchant du pied pour faire cesser tout discours à ce sujet.

Qu'il ne s'est passé, depuis onse ans et demi, aucune circonstance propre à confirmer ou à détruire la certitude où elle est de l'existence du fils de Louis XVI.

11 a été inutilement observé à la V'* Simon que les détails qu'elle mettait à l'appui de sa croiance étaient tous invraisemblable^ n'ayant de circonstance que par sa crédulité, alimentée par les nouvelles absurdes qui circulèrent dans le temps où il mourut; qu'une fois pleine de l'idée que le Prince n'était point mort, clleapu rapporter à sa croyance les visites qu'elle a reçues, dans l'objet de satisfaire une simple curiosité, et nous avons continué nos questions sur sa situation dans la maison des Incurables, sur les personnes qui l'auraient visitée avec l'intention de la faire expliquer relativement au Dauphin; et elle a répondu :

Qiie depuis le retour du Koi, invoqué par les vœux qu'elle n'a cessé d'adresser au Ciel, elle a été constament ptvséeutée par des personnes de la maison qui sont loin d'avoir pour 1«s Bourbons les sentiments dont elle est animée;

Qu'elle a toujours été très discrète même »ytc ses commensales de chambrée sur Texistence du prince;

Que, dans une visite dont Mme la duchesse de Bcrry a honoré la maison, la princesse lui a parlé et qu'elle lui a dit dit tout ce qu'elle vient de raconter ; qu'elle en avait reçu la promesse d'un secours en linge et vêtements ; que au mot de convention pour avoir des nouvelles de l'existence du

prince (Aslikos-Morlinghot) elle avait souri et le lui avait fait répéter deux fois pour s'en souvenir.

Que, depuis deux mois, elle a été visitée successivement par deux Dames, qui paraissent de condition, qui Tont entretenue de ce qu'elle pouvait savoir sur l'existence du Dauphin et qu'elle a reçue de l'une six francs et de l'autre quatre francs et elle a terminé par reconnaiUe qu'il y aurait indiscrétion grave à causer légèrement de détails qui, d'après nos observations, n'étaient peut-être point conformes à la vérité, reconnaissant que dans cette croyance elle n'était inspirée que par la conviction ou le désir de voir ses vœux réalisés.

Et a ladite veuve Simon signé après lecture.

Veuve Simon.

Paris le i6 novembre 1816 '.

Note «.

Un rapport de Police a fixé l'attention sur la veuve Simon, pensionnaire des Incurables, dont les discours accréditaient l'opinion de quelques personnes sur l'existence de Louis XVII, contre les documens historiques qui établissent sa mort, dans la tour du Temple en l'an 111 ; il importait d'éclairer de semblables allégations, et de savoir à quoi s'en tenir sur une femme qu'on avait lieu de croire domiciliée à Toulon et remariée à un sieur Girauld. Le fait est que celle de Paris est réellement la veuve du cordonnier Simon^ exécuté après les événements de Thermidor.

On a recueilli d'elle et consigné dans le procès-verbal * ci-

1 . Publié par Nauroy, Les Secrets des Bourbons, p. 77 et suiv., mais collationné par nous sur l'original, qui se trouve aux Archives.

2. En marge, cette phrase qui prête à maintes réflexions : « Cette affaire n'est peut-être pas sans importance, »

3. Remis ce procès-verbal au cabinet avec une note d'ensemble, le 4 mars 1826. L'original de ce procès-verbal a é:é réintégré le 6 mars : il n'a été joint à la note qu'une copie certifiée. (Note en marge de la pièce originale.)

joint de ses déclarations, les circonstances d'après lesquelles elle prétend avoir la conviction de la substitution d'un étranger à la personne du jeune Prince dans la tour du Temple, et de l'existence actuelle de ce dernier^ puisque s'il fallait l'en croire, elle a la certitude d'avoir reçu sa visite aux IncurahUSy il y a eu on^e ans au mois de juillet dernier.

Cette femme, n'aurait-elle poir.t, en paraissant convaincue de ce qu'elle débite, l'arrière-pensée d'intéresser en sa faveur.

Puisque cette faible annonce la reconnaissance du jeune Prince qui, pour souvenir de ses bons traitemens, serait venu la visiter dans l'hôpital où elle est retirée?

Cependant la veuve Simon parait-avoir plus de disposition à un dérangement d'esprit, que d'intention à se mêler d'intrigues de ce genre.

Elle a raconté son histoire à S. A. Madame la duchesse de Berry dans une visite dont cette Princesse a honoré l'hospice des Incurables ; quelques détails ont du paraître singuliers, et il est vraisemblable que S. A. Royale en a entretenu des Dames de sa cour, qui en auront parlé, peut-être de manière à exciter des curiosités fort indiscrètes.

C'est là, très probablement, l'origine de bruits étranges qui circulent dans certaines coteries.

La veuve Simon affirme n'avoir reçu depuis deux mois que la visite de deux dames qui paraissaient titrées : elles l'ont questionnée, et en ont reçu un grand détail, communication de ses rêveries.

On lui a fait observer l'inconvenance de s'entretenir de faits aussi invraisemblables que ceux dont elle alimente h crédulité, et elle a promis d'être plus circonspecte.

Cette particularité ne parait sans importance dans un moment où certaines personnes paraissent disposées à s'armer de toutes les calomnies et detous les rêves pour agiter les esprits auxquels il faut du changement à quelque prix que ce soit, et dont les vœux, les indiscrétions et les provocations coupables, sont depuis longtemps hors de toutes les limites des bienséances et du devoir.

EMPIRE FRAHÇAIS Notc

DIRECTION 6ÉNÉBALE des Archives.

Lundi i8 novembre, la femme Simon des Incurables a été amenée à la Police générale, on l'a beaucoup questionnée sur ce qu'elle prétend connoitre de l'existence de Louis XVll. Un grand nombre de personnes distinguées ayant été voir et consulter depuis un certain tems cette femme, on lui a demandé si elle ne pourroit pas dire les noms de ces personnes ; mais elle les ignoroit. La police la renvoyé en lui ordonnant sous les peines les plus sévères de ne plus rien dire à l'avenir sur ce sujet. Cependant cette femme qui paroit être en parfaite raison * tient toujours les mêmes discours à ceux qui peuvent l'approcher ■.

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