‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 248 sur 277 · COMMISSARIAT GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

COMMISSARIAT GÉNÉRAL

de Police à Toulon POLICE GÉNÉRALE Toulon, le 26 décembre 1816.

Cabinet

Monseigneur,

11 m'a fallu quelque tems pour la vérification des faits sur lesquels Votre Excellence m'a demandé des éclaircissemens pour la lettre qu'elle m'a fait l'honneur de m'écrire le 18 du mois dernier^ au sujet de la femme désignée comme étant la veuve du savetier Simon que la Convention avait chargée de la garde du Dauphin. Je viens vous soumettre le résultat des informations que j'ai faites.

J'ai d'abord entendu un sieur Portanier marchand de planches qui m'avait été indiqué comme ayant fourni sur la ^eu^e Giraud, des notes desquelles il résultait qu'il avait oui-dire à cette femme qu'avant d'épouser le sieur Giraud,

son dernier mari, elle en avait eu deux précédents, dont un était perruquier, et l'autre se nommait Simon ; que du vivant de ce dernier, ils habitaient Paris et que la Convention Nationale leur avait confié la garde du malhcfureux Dauphin ; que lorsqu'il avait (lui Portanier), témoigné à cette femme l'indignation quMl éprouvait pour tout ce qu'on avait fait souffrir à ce prince infortuné, elle lui avait répondu que les journaux avaient épargné les faits, qu'il était cependant réel que le Dauphin ayant conserve l'orgueil de sa naissance, elle et son mari avaient été obligés de le contrarier pour en faire un citoyen, ainsi qu'on le leur avait ordonné ; M. Portaniec que j*ai questionné, dis-je sur ces rapports, m'a déclaré qu'il avait en effet ouï dire cela à la veuve Giraud, mais qu'il le savait bien moins par elle, que par un sieur Bonnaud, négociant très lié avec elle et qui se trouve en ce moment à Paris.

J'ai crû devoir entendre la veuve Giraud; elle habite une maison de campagne au tenoir de cette ville, je l'ai fait appeler, elle s'est rendue auprès de moi, et j'ai eu avec elle une longue conversation dont voici à peu près le résumé.

Elle est de Paris, née Aimé Louise Le droit et âgée de 53 ans; elle se maria en premières noces, à l'âge de 16 ans, au nommé Antoine Rasson, perruquier, demeurant à Parisi aux Invalides ; elle divorça avec lui en l'an 2, et ne s'est remariée qu'en 1807, qu'elle épousa le sieur Giraud, âgé a1or& de soixante-onze ans, qui vivait avec elle depuis vingt ans, pendant lesquels elle avait eu de lui plusieurs enfans, dont trois vivent encore. Ce M. Giraud était employé dans les bureaux de la marine et il obtint, en 1807, une place de gardemagasin à Toulon. C'est à cette époque qu'il y est venu avec sa femme qui n'a plus quitté cette ville, o\x son mari est mort depuis deux ans.

Elle était à Paris en 1789 et elle a été demeurer, en qualité de mercière, dans la rue St-Dominique, dans une maison de M. Caraman n* 1535, et elle y a restée jusqu'à son second mariage. Elle y était connue sous le nom d'Aimé Louise Le droit, ayant divorcé.

Elle n'a jamais vu le Dauphin, qu'une seule fois aux Tuî leries;elle nie absolument d'avoir tenu aucun des propos qu'on lui attribue, et se rappelle seulement d'une conversation qu'elle eut à Toulon, il y a cinq ans, où elle dit

qu' (moi illisible) Beauharnais ressemblait au Dauphin, Je Tai questionnée longtems et rien dans ses réponses ne m'a offert des sujets de contradiction ; à son langage, à son ton et au rang qu'elle tient, il est difficile de croire qu'elle fut de la classe de Simon le cordonnier.

Il paraît que des gens qui lui en voulaient, ont fait servir leur animosité pour lui nuire, il serait trop long et ennuyeux d'entrer dans tous les détails de l'entretien que j*ai eu avec elle, je me bornerai à vous faire observer que tout ce qu'elle m-a dit est si loin de tout ce qu'on lui impute, que je crois inutile d'en entretenir plus longtems Votre Excellence, qui peut être assurée que cette femme n'a jamais pu être ni se dire la veuve Simon.

Je suis. Monseigneur, avec un profond respect, de Votre Excellence,

le très humble et très obéissant serviteur. Le Com" général de police ./* La BoissiÈRE.

4 août 1817

Monseigneur,

En communiquant à votre Excellence l'induction qu'on avait tirée de la différence du langage de la femme Simon, lorsqu'elle parle de S. M et de S. A. R. Madame ou de Louis XVn, j'étais loin de prévoir que cette induction fut susceptible d'être combattue, elle l'est cependant, et elle Test par un témoignage qui semble inspirer à la multitude une grande confiance, c'est-à-dire par l'une des religieuses, attachées à la maison qu'habite la femme Simon ; s'il faut en croire ce que M' M... a entendu hier, de la bouche d'un médecin qui vient de payer comme tant d'autres son tribut à la curiosité, cette religieuse assure : que depuis sept ans qu'elle est dans cet hospice, elle a toujours entendu la femme

I. Cf. Nauroy, Les Secrets des Bourbons, p. 92 et suiv. Nous rappelons que toutes ces pièces justificatives ont été copiées sur les originaux déposés aux Archives. Nous ne citons le livre de M, Nauroy que pour reconnaître son droit de priorité ; mais nous n'avons connu son ouvrage que postérieurement à nos recherches aux Archives.

Simon parUr de V enlèvement et de l'existence de Louis XVII, comme elle en parle aujourd'hui.

Cela prouverait tout au plus, que la femme Simon est de bonne foi dans Terreur, car enfin elle ne rapporte que des ouï-direj mais les intrigants qui se mêlent de cette affaire, ou les hommes avides du merveilleux, ne raisonnent pas ainsi et ils ont grand soin de conclure du témoignage de la religieuse, qu'il n'est plus possible d'élever le moindre doute sur ces deux faits capitaux, puisque la femme Simon les a racontés dans un moment où personne en France n'osait se flatter de voir triompher le système de la légitimité, et où elle ne pouvait pas soupçonner l'apparition du prisonnier de Rouen.

11 faut que votre Excellence sache aussi, que cette même religieuse a prétendu avoir été abordée il y a quelque temps, par un inconnu, qui lui dit en parlant de la femme Simon : Cest une folle, il est bien vrai que le Dauphin a été enlevé ; mais il est mort dans la Vettdée ; et nous avons son cœur.

« Voyez-vous, disent les initiés, on n'ose plus nier le fait, •« mais on cherche à en altérer l'influence par une fable grosse sière », et les esprits faibles font chorus avec eux.

Un autre trait raconté par la femme Simon, et qui ne fait pas moins fortune ; c'est qu'elle a été visitée dernièrement par un jeune homme vêtu d^un habit vert, qui lui offrit du tabac, et qu'après en avoir accepté une prise, elle éprouva un tel désordre dans ses sens, qu'il lui fut impossible de ne pas croire qu'on y avait mêlé une substance dangereuse. Aussi se montre-t-elle fortement décidée à ne plus accepter de tabac de personne.

Les principaux de l'affaire du féaux* Dauphin, assurent que M. le Ministre d'Etat, Préfet de Police est allé faire un voyage à Rouen, et que malgré qu'on se soit plut di donner la couleur de l'affaire Maubreuil, ils étaient persuadés au contraire^ que ce voyage était relatif au féaux Dauphin.

M. de Foulque est partit ce matin, à l'effet de procurer à M' M... une mission expresse. Aussitôt que celui<i l'aura reçue il m'en instruira, afin que je fasse connaître à votre Excellence le jour et l'heure de son départ pour Rouen.

1. Nous avons respecté l'orthographe et la ponctuation des pièces originales.

2 août 1817.

Monseigneur,

J'ai promis, hier, à votre Excellence, des détails sur une conférence que trois personnes ont eu avec la femme Simon,

11 résulte de cet entretien :

1* Qu'à Tepoque où elle cessa d'être la gardienne du Dauphin, c'est-à-dire cinq à six mois, avant la nouvelle de sa mort, il était plein de force, et n'avait aucun des symptômes de la maladie dont on a dit quMl était atteint ;

2' Qu'elle ne doute nullement, qu'il ait été enlevé de la prison du Temple, parce qu'elle fut informée, dans le tems, par le cuisinier de la prison, et de ce fait, et de la translation au temple, d'un enfant rachytique et contrefait, qu'elle avait elle-même vu sortir de l'école de médecine dans un panier qu'on avait chargé sur une voiture de linge sale;

3* Qu'elle est égallement certaine de son existance, soit parce qu'elle n'a presque pas cessé d'en avoir des nouvelles, depuis son évasion ; soit parce qu'il fût la voir il y a environ douze ans, dans l'hospice où elle est, et qu'elle le reconnut, non-seulement au premier aspect, mais à divers gestes de vivacité, auxquels il se livra pour l'engager à ne pas trahir l'incognito qu'il avait intérêt de garder, et qui lui rappellcrent ceux qui lui échappaient lorsqu'il était sous sa garde ;

4* Qu'elle a attesté tout cela dans une espèce d'interroga" toire, qu'on lui a fait subir, 6 semaines avant le mois de janvier dernier, au château des Thuilleries, en présence de deux personnes qu'elle ne connaît pas, mais dont l'une paraît être, d'après le signalement qu'elle en donne, M. le Prince de Talleyrand;

y Qu'elle a réitéré les mêmes déclarations, tant à Leurs Altesses Royales Madame et Madame la Duchesse de Berry, dont elle a reçu la visite ; qu'à deux ambassadeurs, deux Anglais de distinction, et à toutes les personnes qui lui ont parlé de cette affaire ;

6* Qu'elle est sûre de reconnaître le prisonnier de Rouen

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