Favre, Eudes, p
Son règne (le règne d'Eudes) finit dans le découragement et la limite est difficile à tracer entre les actes qu'on peut attribuera une sage temporisation et ceux qui ne sont que le résultat d'une extrême lassitude. Le traité qu'il conclut avec les Normands en 898* ne peut être le symptôme que de ce dernier sentiment, quelque pénible qu'il soit à constater dans le coeur du défenseur de Paris.
S'il renonça à protéger son royaume contre un ennemi dont les constantes attaques lassaient sa bravoure, il réussit, après des années cruellement troublées, à établir momentanément une paix relative dans le royaume.
Est-ce pour maintenir la' concorde, est-ce dans l'espérance d'éteindre la guerre civile et pour écarter toute compétition au trône que, sur son lit de mort, il semble avoir sacrifié la grandeur de sa maison? Nous n'osons pas l'affirmer. Est-ce par politique qu'il n'a pas voulu rompre avec le prestige carolingien et donner à son frère un titre contesté sans un pouvoir suffisant? Les quelques paroles par lesquelles Eudes désigna Charles le Simple comme son successeur, et qui sont un trop court testament politique, ne sont-elles tas inspirées par un profond découragement ?
Les historiens ont, comme on peut s'en rendre un compte suffisant par cette courte citation, émis une simple hypothèse, la dépression mentale du roi, pour justifier, sans les expliquer, des actes incohérents. La pathologie mentale donne un nom à cette dépression; et c'est ici que Ton voit l'utilité de cette alliance, que nous ne cesserons de préconiser, pour les grands bienfaits qu'on ne saurait manquer d'en retirer, de la médecine et de l'histoire. Si nous appliquons les données de cette pathologie spéciale au cas particulier qui nous occupe, immédiatement l'obscurité se dissipe, la solution du problème apparaît avec netteté.
Tout accès de manie aiguë, nous apprennent les aliénistes,
est prérédé d'une période latente de dépression mélancolique. Le sujet. n'est plus le même dans ses rapports sociaux ; ses sentiments affectifs sont modifiés. Ce changement de caractère passe inaperçu sur le moment, ou est attribué à des causes accidentelles ou banales. Ce n'est qu'après coup, lorsque la maladie est déclarée, que l'entourage du malade s'explique bien des choses et les interprète dans leur véritable sens^.
Ne s'explique-t-on pas mieux, en effet, les actes, jusqu'alors incompris, du roi dément, maintenant qu'on connaît mieux son état psychopathique?
Nous mentionnerons seulement les noms des souverains qui onc occupé le trône de France après Eudes, avec la date de leur mort '. Des recherches ultérieures nous permettront peut-être d'être moins bref.
Charles IV, dit le SimpUy fils posthume de Louis le Bègue, couronné roi de France le ^8 janvier 893, mais reconnu seul et unique souverain de toute la monarchie cinq ans plus tard, à la mort d'Eudes, meurt dans sa prison le 7 octobre 929.
Robert, duc de France, frère cadet du roi Eudes, est élu roi de France le 29 juin 922. 11 est tué dans une bataille près de Soissons, le 15 juin 923.
Raoul ou Rodolphe, duc de Bourgogne, succombe le i4 janvier 936; Louis IV, dit d'outre-mer, meurt d'une chute de cheval, le 10 septembre 954 ; Lotbaire, le 2 mars 986 ;