LA DERNIÈRE MALADIE ET LA MORT DE DESAULT
Il mourut le i" juin (13 prairial) i79»5. Les troubles du premier prairial avoient profondément affecté son ame. La crainte de voir renaître les proscriptions le frappa, et dés lors on le vit traîner une vie languissante. En vain, pour se distraire, chercha-t-il à s'entourer de ses amis, et à se jeter dans une vie plus bruyante. Que pouvoit l'amitié contre le mal dont il portoit le germe!
Tous les symptômes d'une fièvre maligne se déclarèrent dans la nuit du 29 au 50 mai. Leurs rapides progrès firent présager bientôt quelle enseroit l'issue. Ses élèves accoururent dès qu'ils apprirent son état, pour lui donner leurs soins. Soins inutiles! Dès le premier jour de sa maladie, il étoit tombé dans un délire, dont il ne sortit plus, pendant les trois jours qui précédèrent sa mort.
I . Œuvres chirurgicales de P.J, Desault^ par Xavier Bichït, t. I, p. 52-56.
L'amitié jeta quelques fleurs sur sa tombe, et les vers suivans furent placés au-dessous de son buste :
Portes du lemple de Mémoire, Ouvrez-vous : il l'a mérité.
Il vécut asse^ pour sa gloire, El trop peu pour V humanité.
Le vulgaire se persuada qu'il avoit été empoisonné. Ce bruit eut pour fondement la promptitude et l'époque de sa mort, qui ne précéda que de quelques jours celle du fils de Louis XVI, qu'il voyoit malade dans sa prison du Temple. On publia qu'il mouroit victime de son refus constant à se prêter à des vues criminelles sur la vie de cet enfant. Quels sont les hommes célèbres dont la mort n'ait pas été le sujet de fausses conjectures du public, toujours empressé d'y trouver quelque chose d'extraordinaire ? Accoutumé à les voir marcher par des routes différentes des siennes pendant la vie, il se persuade que pour la quitter, ils ne doivent pas suivre la même voie. Quelques détails sur l'ouverture de Desault et sur sa maladie, démentiront ces bruits que la crédulité accueille encore, et que peut-être la malignité s'est .plu à entretenir. Je dois ces détails au citoyen Corvisart, professeur de médecine clinique à l'Ecole de Santé, en qui Desault trouva dans ses derniers instans, les tendres soins de l'amitié et les secours éclairés de l'art. Les citoyens Lépreux et Laurenslui furent associés dans ces tristes devoirs
L'examen des trois cavités, abdominale, pectorale et cérébrale présenta les objets suivans :
I* Dans le bas ventre :
Nulle altération sensible; nul changement de couleur, soit dans la face externe, soit dans la face interne des parois de cette cavité; large échimose dans la gaîne du muscle droit, du côté gauche, située sur les deux faces et dans l'épaisseur de ce muscle, occupant l'espace compris entre l'ombilic et sa partie supérieure et s'étendant au-dessous de l'appendice xiphoïde, à la faveur du tissu cellulaire, dans la gatne du muscle opposé où elle descendoit moins bas et étoit
moins considérable. (Un peu de rénîtence, et une légère douleur dans la région gauche de l'épigastre furent, pendant la maladie, les seuls indices de cet accident), intégrité parfaite de tous les viscères abdominaux (Desault avoit été sujet, pendant sa vie, à de fréquentes coliques, qu'il n'avoit point éprouvées durant sa maladie, et en particulier des reins et de la vessie, qui offroit ces colonnes charnues qu'il n'est pas rare d'y rencontrer (il avoit rendu assez souvent des graviers).
a* Dans la poitrine :
Nul épanchement notable, pâleur et flaccidité plus grandes qu'à l'ordinaire dans la substance charnue du cœur, état naturel dans les autres organes.
3* Dans la teU :
Altération particulière de la face, présentant l'empreinte et l'expression d'une vieillesse presque décrépite; intégrité de la dure-mère; défaut d'adhérence entre le cerveau et les deux autres membranes, qu'il a suffi de pincer dans une de leurs parties pour les enlever en un seul lambeau de toute l'étendue des circonvolutions; nulle différence dans leur couleur ni leur consistance, profondeur remarquable des circonvolutions du cerveau ; couleur terne, mollesse extrême dans l'une et l'autre substance de cet organe, où ne se remarquoit d'ailleurs aucune altération^ sérosité épanchée en petite quantité, vers la base du crâne et le canal vertébral ; aucune trace d'inflammation dans l'aspect des parties; at)sence de toute espèce de phénomène de dégénérescence putride.
Si on compare ces différents faits, surtout ceux observés dans la tête, ainsi que la non putridité du corps, à l'ensemble rapidement enchaîné des symptômes de la maladie, il sera facile de se convaincre que sa nature étoit essentiellement maligne et nerveuse, et qu'elle avoit son siège dans l'état de colapsus particulier du cerveau. En effet, dès le premier jour de son invasion, pesanteur de la tête, altération de la face, regard fixe, dès lors, trémoussemens habituels.
mouvemens irréguliers et convulsifs des différentes parties, mais toujours nul symptôme inflammatoire, nulle apparence d'état humoral.
Le premier jour, une saignée du pied fut pratiquée, diaprés l'avis d'un de ses amis, qui ne lui a guère survécu, et dans la crainte peu fondée d'une inflammation au cerveau. Les cordiaux, les stimulans, les vésicatoires largement étendus, tout l'appareil des moyens propres à exciter l'action vitale, profondément atteinte, ont composé la suite du traitement, qui n'a paru avoir sur les symptômes aucune influence. Leur violence, constamment accrue chaque jour, n'a laissé que quelques intervalles de mieux auxquels succédoit bientôt un état plus fâcheux.
La mort les a terminés le quatrième jour^ à neuf heures du soir.
note relative* au procès- verbal original d'autopsie de l'enfant du temple
Les recherches pour découvrir les traces d'une transmission de vingt pièces relatives aux dépouilles mortelles de S. M. Louis XVll, qui aurait été faite par le Ministère de la justice au Ministère de la Police générale, au mois d'octobre 1817, ont été absolument infructueuses.
II n'existe aux Archives qu'une seule pièce relative au Décès du Prince : c'est une déclaration d'un Sr. Damont, propriétaire à Paris, qui était de garde au Temple, en qualité de commissaire civil de sa section, le jour même du décès et qui fut témoin de la mort du prince et de l'inhumation. Cette déclaration fut reçue au Ministère delà police générale.
Mais il résulte d'une note d'ordre que l'Archiviste du Ministère remit, le 27 septembre 1816, à M. le comteDecazes:
1* Le Procès-verbal en original et en copie de l'autopsie du Prince qui eut lieu au Temple le 21 prairial an 3 (9 juin 179s).
a* Copie du Procès-verbal d'inhumation dans le cimetière de Ste Marguerite, rue St. Bernard, daté du 22 prairial an 3.
Ces deux Procès^verbaux n'ont pas été réintégrés aux Archives.
Si l'envoi du mois d'octobre 1817 a effectivement eu lieu, il est probable que ces dernières pièces auront été retenues (sans passer par les bureaux) au cabinet du Ministre, pour être réunies aux deux procès verbaux-ci-dessous mentionnés.
Le 15 mars 1826.