‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 255 sur 277 · Gruau de la Barre, /tppei à la Conscience publique, etc · texte numérisé non relu

Gruau de la Barre, /tppei à la Conscience publique, etc

3. Le dossier complet a été publié dans la Revue rétrospecHve {mzTs 1894). Nous ne donnons qu'une analyse, accompagnée d'un commentaire, des pièces mises au jour.

4. En 1818, Pelletan s'était adressé à la marquise de Talaru, qui jouissait d'un grand crédit à la cour; il lui avait montré le cœur dix-sept ans auparavant, elle ne pouvait donc pas douter de l'authenticité de la relique :

4c On objecte, lui disait-il entre autres choses, la difficulté du cérémonial qu'entraînerait le transport des précieux restes du Roi.

Sur ces entrefaites, Chateaubriand prend la parole à la Chambre des Pairs, et dans un discours entraînant, demande qu'on rende les derniers devoirs aux restes de l'infortuné dauphin. Pellelan, se croyant cette fois au bout de ses peines, écrit à l'illustre orateur pour solliciter une entrevue. 11 lui expose l'objet de sa visite et obtient que celui-ci en parlera à Sa Majesté, à la duchesse d'Angoulême, voire même à la Chambre. Mais Chateaubriand oublia ses promesses, et Pelletan n'eut plus vent de rien.

C'est alors que la duchesse d'Angoulême vient visiter l'Hôtel-Dieu, et naturellement Pelletan, qui est chirurgienchef de l'hôpital, lui est présenté. « S. A. R., dit-il, daigna s'approcher de moi. Elle me dit avec bonté qu'elle me connaissait depuis autrefois ; me demanda effectivement si j'avais donné des soins à son frère, et s'il était vrai que je pourrais reconnaître son corps à la section du crâne que j'y avais faite *. Ma réponse fut que oui,et S. A. R s'éloigna de moi.»

« Sans doute, si l'on annonçait d'avance l'acceptation du dépôt, l'opinion s'établirait qu'il ne peut être transporté dans le lieu de la sépulture qu'avec cérémonie. Mais s'il plaisait à Sa Majesté de le faire transporter sans pompe et qu'on publiât par suite que le cœur conservé par le professeur P... ayant été reconnu et constaté par des enquêtes suffisantes j Sa Majesté a ordonné qu'il fût déposé sur le maître-autel de VégHsede Saint-Denis ou ailleurs^ personne ne penserait à blâmer la volonté du Koi dans une démarche dont il est le maître, qui est effectivement celle autrefois en usage, et consistait à déposer le cœur des princes de la maison royale dans une église, à Paris, ou ailleurs ; tandis que le corps était inhumé avec la pompe convenable...

« Tandis que les méchants calomnient les sentiments de Sa Majesté, ils ne laissent pas que de faire remarquer dans le public que l'on néglige un précieux objet qui Cbnstaterait seul la mort de Louis XVll, et nous mettrait à Tabri des prétentions criminelles et absurdes du premier intrigant qui voudrait se faire reconnaître pour la jeune victime du Temple. Eh! ne m'accuserait-on moi-même d'être un de ces intrigants, en ne reconnaissant pas l'authenticité du dépôt que je présente?... i?

(i) \Xi\c\ la pièce à laquelle il est fait allusion :

« Je soussigné, Chevalier de l'Ordre Royal de la Légion d'Honneur, membre de l'Académie royale des sciences, pro-

Le lendemain, Pelletan était mandé auprès de S. A. 11 confirma de vive voix ses déclarations de la veille, et S. A. lui réitéra ses remerciements. Deux jours après un événement considérable, le retour de l'île d'Elbe, interrompait toute négociation .

Toutes les démarches faites par Pelletan n'avaient pas manqué d'éveiller l'attention publique. Plusieurs personnes demandèrent à voir de près le fameux viscère, et pendans quelque temps ce fut comme un pèlerinage. 11 se présenta un militaire décoré qui affirmait qu'un de ses amis possédait le crâne de l'enfant qui avait été exhumé du cimetière Sainte- Marguerite, et qui voulait s'assurer si c'était bien le véritable. 11 vint encore un M. Simien-Despréaux,se qualifiant d'auteur des Annales historiques de la maison de France ; puis « un homme très honnête, qui questionna beaucoup », Regnault- Warin, auteur de Mémoires sur Talma et autres ouvrages historiques et littéraires.

Un assez long temps s'était écoulé sans autre incident, quand Pelletan reçut avis de se rendre chez le ministre de la police générale, M. Decazes. Le ministre l'interpella en ces termes: « Le roi m'a dit qu'il savait que vous aviez le cœur de Louis XVll, et m'a demandé ce qu'il fallait en faire. — Sire, lui ai-je répondu, il faut prendre ce cœur.—- Eh bien, ajouta S. M., occupez-vous-en. — C'est pour cela, continua le Ministre, que je vous appelle ». Pelletan remit alors à

fesscur de la Faculté de médecine, certifie de plus, qu'après avoir scié le crâne en travers, au niveau des orbites, pour faire l'anatomie du cerveau dans l'ouverture du corps du fils de Louis XVI, qui m'avait été ordonnée, j'ai remis ta calotte du crâne en place, et l'ai couverte de quatre lambeaux de peau que*j*en avais séparés et que j'ai cousus ensemble; qu'enfin, j'ai enveloppé toute la tête d'un linge ou mouchoir, ou, peut-être, d'un bonnet de coton fixé au-dessous du menton ou de la nuque, comme il se pratique en pareil cas. On retrouvera cet appareil, s'il est vrai que la pourriture ne Tait pas détruit; mais certainement la calotte du crâne existera encore enveloppée des débris de ces linges ou l>onnet de coton . •

^ Paris, 17 août 1817.

« Pelletan. »

M. Decazes toutes les pièces justificatives qui authentiquaient l'objet qu'il avait en sa possession.

Le lendemain, c'est au tour du garde des sceaux, M. Pasquier, à mander Pelletan dans son cabinet. Celui-ci apporte tous les documents originaux qu'il avait entre les mains, et même le bocal qui contient le viscère, mais sur sa demande, la garde lui en est conservée.

L'odyssée était loin d'être terminée. M. Pasquier, M. Decazes, le ministre de la guerre, comte de Clermont-Tonnenre, veulent bien assurer Pelletan » de toute leur sympathie, mais ne lui fournissent aucun moyen d'aboutir. Le Gouvernement mettait une mauvaise volonté évidente à se charger de l'encombrant dépôt.

On engage alors Pelletan à s'adresser à l'archevêque de Paris qui avait paru s'intéresser à son infortune. Le précieux cœur fut présenté à Mgr de Quélen par la femme de Pelletan. L'archevêque s'empressa d'accepter et délivra même un récépissé du don ; mais c'était par pure charité qu'il en agissaitde la sorte et il ne le laissait pas ignorer.

« M. Pelletan, disait le prélat, se trouvant indisposé et ayant d'ailleurs épuisé tous les moyens qui étaient en son pouvoir pour remettre ce dépôt à la famille royale m'a prié de le recevoir, mais je ne le reçois qu'à condition que je pourrai moi-même le rendre au Roi et je promets, si je ne puis y réussir, de remettre ce dépôt à M. Pelletan ou à sa famille. »

Malgré l'invitation pressante de l'archevêque, le Roi, qui était Charles X, fit la sourde oreille. Et cependant on y avait mis toutes les formes voulues. «Si Sa Majesté veut ordonner une enquête, à la suite de laquelle l'identité serait reconnue et prononcée, on ose lui soumettre quelques propositions, dont l'exécution semble facile. » Et ces propositions étaient de faire déposer le cœur au bas du sanctuaire de Notre-Dame, « au même endroit oir étaient déposées les entrailles des rois Louis Xlll et Louis XIV». On ferait, à cette occasion, un service en grande pompe à l'église métropolitaine. Si cette proposition n'agréait pas au Roi, on déposerait le cœur, avec le même cérémonial, à Sainte-Geneviève, auprès de l'autel de Saint-Louis, ou encore dans le caveau de l'Eglise de Saint- Louis.

Pelletan succombait cinq mois, jour pour jour, après la remise de la note de Monseigneur de Quélen au roi Charles X. Le cœur de Louis XVll n'avait été ni déposé dans une église, ni restitué au docteur, de façon qu'il se trouvait encore à Tarchevêché, quand ce monument fut mis à sac, en février 1831.

Peu de jours après le pillage, Philippe Pelletan, fils du chirurgien Pelletan dont nous avons conté les mésaventures, recevait d'un sieur Lescroart, ouvrier imprimeur, un billet lui faisant connaitre qu'un « hasard singulier » avait fait tomber entre ses mains « les restes de Louis XVll ».

Lescroart était entré dans le cabinet de travail du cardinal avec rémeute, avait aperçu, sur un des rayons delà bibliothèque un étui en bois et un rouleau de papier. La curiosité le poussant, il avait dévissé l'étui, et avait découvert dans son intérieur un bocal en cristal, orné d'une riche monture. Se doutant qu'il avait en mains un objet précieux, il P'avait emporté avec précaution pour aller le déposer à l'Hotel-Dieu. Mais en chemin, un des forcenés voulant le lui disputer, fit voler en éclats vase et étui. II ne restait à Lescroart que le rouleau de papier.

Sur ces indications, Pelletan fils se rend à l'archevêché et, après dé longues recherches, est assez heureux pour découvrir « dans un tas de sable, placé entre la porte attenant à la grille et l'église, le cœur entièremmi intact. 11 avait encore conservé son odeur d'esprit-de-vin.» Le manuscrit, le cœur et les débris du vase furent remis par Philippe Pelletan à sa mère, accompagnés d'une note justificative.

Grâce aux révélations de la Revue rétrospective, on suit pas à pas la filiation des dépositaires successifs de la relique.

Philippe Pelletan meurt en 1S79, désignant M* Barre, notaire honoraire, pour son exécuteur testamentaire, et M. Deschamps, architecte, pour légataire universel. D'un commun accord, il fut décidé que le vase en cristal et son contenu, découverts dans la succession, ne seraient pas compris dans l'inventaire, et que M. Barre se mettrait en rapport avec M. Barrande, administrateur des biens du comte de Chambord *. 11 était entendu qu'on proposerait de le restituer

I. D'après Corlieu, le descendant de Pelletan tenta maintes démarches auprès du comte de Chambord, dernier

au prince, en ayant soin d'ajouter « que Toffrc était entièrement désintéressée * pour l'avenir aussi bien que pour le présent et faite dans le seul but de remplir un pieux devoir. »

Survint, tôt après, la mort du comte de Chambord, puis celle de Barrande. Les pièces relatives à l'authenticité de la relique, envoyées par M. Barre au mandataire du comte de Chambord, devenaient la propriété de M. Huet du Pavillon, exécuteur testamentaire du Prince.

En 1886, les héritiers du comte de Chambord n'avaient pas encore pris de décision à l'endroit du viscère.

Le vase contenant « un cœur desséché, tenant à la paroi supérieure (du bocal) par un cylindre en cuivre »,ct « dans son fond intérieur, quinze morceaux de cristaux brisés» resta entre les mains de M.Edouard Dumont, beau-fils de M. Prosper Deschamp, héritier du Docteur Pelletan fils, jusqu'en juillet 1895 * : époque à laquelle un légitimiste fervent, M. de Maillé, faisait remise, par devant notaires', à don Carlos d'Espagne, qualifié chef des Bourbons et héritier des droits du comte de Chambord sur la couronne de France, d'un vase en cristal, renfermant un cœur réduit à l'état de parchemin desséché et qu'il affirmait être celui du fils de Louis XVI, mort au Temple en 1795.

représentant de la monarchie légitime, sans réussir à lui faire accepter le viscère. Le comte de Chambord chargea un de ses conseillers, M. de Damas, de faire une enquête. Aboutit-elle jamais? Il est à croire que non, puisque Texécuteur testamentaire du petit-fils de Pelletan se présentait vers 1870 dans diverses bibliothèques de Paris, pour composer, à l'aide de tous documents nécessaires, le rapport qui servirait à établir l'identité de Louis XVll avec l'enfant du Temple.

1 . Pas si désintéressée que cela : il y avait, en effet, cette clause bizarre dans le testament de Pelletan que les héritiers ne rentreraient en possession de leurs legs que quand le fameux cœur aurait reçu un abri définitif dans la demeure du prétendant au trône de France ! Nous tenons ce curieux détail du docteur Dureau, bibliothécaire de l'Académie de Médecine.

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