‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 28 sur 277 · Médecine et Médecins^ p. 473 et suiv · texte numérisé non relu

Médecine et Médecins^ p. 473 et suiv

gloriose viguity poiion$m a Jobanne medico Camotensi, qui ex eventu surdus cognominàbaiur, spe longioris et sanioris vitœ occspiL Sed quia voto suo magis quant prœcepto archiairi obsecundavit, et aquam, dum veneno rimanU inieriora nimis angtretur, clam a cuhiculario siiiens proposât, medicoque ignorante antê purgatUmen bibitj prob dolor I in crastinum cum magno multorum mœrore obiit.

Voîlà, commente Llttré, une purgation de précaution qui tourne d'une manière bien funeste! Et voilà un archiâtrequi s'absente bien mal à propos ! Ce Jean de Chartres fut, dit l'annaliste, surnommé le sourd après l'événement, sans doute parce qu'il n'entendit pas les plaintes de son royal patient et qu'il ne vint pas à son secours.

L'annaliste attribue la mort du roi à une imprudence : à savoir que, tourmenté par la soif avant que le médicament eût commencé son action, il but secrètement, à l'insu de son médecin, de l'eau que lui donna son chambellan. Cette infraction, dans l'opinion de l'annaliste, met complètement à couvert la responsabilité de l'archiâtre; et il est probable qu'il ne l'a pas inventée, mais que l'archiâtre la mit en avant, aussitôt qu'il vit les accidents mortels se déclarer.

Mais pouvons-nous la recevoir comme fait Orderic Vital ?

Pour que le purgatif, étant ingéré dans l'estomac et avant le commencement de l'évacuation de l'eau bue, déterminât des accidents graves, au point de devenir promptement mortels, il faudrait que la substance purgative fût telle que, mise en contact avec de l'eau, elle se décomposât et laissât libre un agent rapidement toxique. Or, il

n'est aucun purgatif, salin ou autre,simple ou composé, qui soit tel. Et dans un cas pareil, de la soif étant survenue, Teau que Ton boira sera inoffensive. Soit ignorance, soit mauvaise foi, Tarchiâtre a couvert d'une fausse excuse l'imprudence qu'il avait commise et dont le roi fut si promptement la victime.

Bien que l'observation, qui n'est pas médicale, soit fort incomplète, on y reconnaît cependant un trait qui indique une meilleure explication que celle de cet archiâtre à la fois imprudent et négligent.

Le malade, quand il eut pris le purgatif, en ressentit très vivement l'action immédiate (veneno^ rimante interiara) et fut rapidement en proie à une extrême angoisse (nimis angeretur). Avec cela et l'issue prompte et fatale, il est possible de compléter l'observation : le purgatif était drastique, la soif et l'anxiété devinrent très fortes; soit qu'il survint des évacuations, dont, il est vrai, l'annaliste ne dit rien, soit qu'il n'en survînt pas, une inflammation interne s'alluma, et le roi succomba à l'action du purgatif administré.

11 serait mort, quand bien même il n'aurait pas bu cette eau qui lui fut reprochée. 11 est heureux pour l'archiâtre que le patient lui ait fourni cette excuse, fausse, mais acceptée pour le disculper.

I . Le bruit courut que le roi avait succombé au poison : « Malè fuit potionatus » {Çbron. Alherici Trium-Fontium monacbifH.F.f XI, 357 ;et William de Malmesbury,H.F,,XI,

Par HF nous désignons le Recueil des Historiens de la France, qu'on peut consulter à la Bibliothèque nationale, dans la salle de travail des imprimés.

Maintenant, quelle fut la nature du médicament administré? Y eut-il erreur dans la dose, ou le roi se trouva-t-il susceptible d'une manière excessive à l'efTet du médicament? C'est ce qu'il est impossible de dire.

Maison lit, dans la Collection hippocratique, des cas qui, par leur similitude, éclaircissent celui de Henri i«^

Une femme en santé, est-il dit dans le V* livre des Epidémies, t. V, p. 333, fut prise, à la suite d'un purgatif administré pour conception, de douleurs dans le ventre^ tortillements dans l'intestin : elle gonfla; la respiration devint gênée, anxiété avec douleur ; elle n'avait guère vomi; elle resta morte cinq fois au point de paraître avoir passé. Le vomissement par Teau froide ne lui procura aucun relâche, pas même quand la douleur était pressante, pour la dypsnée. On lui fit des affusions d'eau froide sur le corps, environ trente amphores; et cela seul parut la soulager... Elle réchappa.

Elle réchappa, oui ; mais combien près fut-elle de la mort! Un autre n'eut pas la même chance.

Antandre, à la suite d'un purgatif, n'éprouvant rien, du reste, parut avoir de la douleur à la vessie, aussitôt il rendit rapidement beaucoup d'urine; à partir du milieu du jour, une très forte douleur se fit sentir dans le ventre; étouffement, anxiété, jactitation ; il vomissait, ne rendait rien par le bas; il souffrit la nuit, et le sommeil ne vint pas. Le lendemain, il rendit beaucoup par le bas, le sang en dernier lieu, et il mourut (t. V, ibid.).

Un auteur hippocratique (t..VI, p.24i),dit qu'avec les évacuants cholagogues et phlegmagogues, commencent les dangers et les accusations contre les médecins. Le fait est que, dans l'antiquité et sans doute aussi dans le moyen âge, la pharmacie ne

savait pas doser suffisamment les substances énergiques qu'elle faisait entrer dans ses médicaments composés*.

Il ressortirait donc de la dissertation de Littré, que le roi Henri 1*" ne serait pas mort* à la suite de manœuvres criminelles, mais bien plutôt à la suite d'un purgatif violent, administré peut-être à haute dose, peut-être aussi hors de propos. Nous acceptons cette solution, faute d'éléments suffisants pour la discuter ou la réfuter.

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