Hist. Francorum, lib. V
compagnant de fièvre, de vomissements, de diarrhée (nwrbus dysentericus), de fortes douleurs dans les reins et dans la tête *, maladie qui semble correspondre assez exactement à notre petite vérole.
L'épidémie fit de grands ravages. Dagobert et Clodobert, fils de Chilpéric et de Frédégonde, succombèrent au mal, ainsi qu'Austregilde*, Tépouse du roi de Bourgogne Gontrand. Grégoire fut atteint à son tour, mais eut la chance d'en réchapper*.
La variole ne reparut qu'un siècle et demi plus tard, avec l'invasion de l'Espagne et de la Gaule narbonhaise * par les Sarrasins (742),
Faute de documents, nous franchissons encore deux siècles : en 934, une fièvre contagieuse, avec papules érysipélaieuses\ enlève un grand nombre de personnes aux environs de Reims.
Est-ce de l'èrysipèle proprement dit ou de la variole qu'il s'agit, il est malaisé de se prononcer ab-
1. Lire le passage entier dans Ozanam, UI, p. 319, pour le texte latin ; et, en français, dans Anglada, p. 254-356.
2. C'est cette reine qui, se voyant près de mourir, voulut entraîner ses deux médecins après elle, Nicolas et Donat, disant qu'elle aurait eu quelque espoir de vivre encore, si ses deux médecins n'eussent pas abrégé ses jours par leurs médicaments. Elle exigea qu*aussitôt après sa mort les deux archfâtres eussent la tête tranchée, et cet ordre barbare fut ponctuellement exécuté (Cf. nos Curiosités de la Médeci^ie^ Paris, A. Maloine, 1900).
3. Les grands personnages mortsdela variole ne se comptent plus. Citons cependant quelques singularités : le roi Louis XV aurait succombé à une récidive, mais le fait est contestable; Lacépède était âgé de soixante-dix ans au moment où il en fut atteint, etc.
4. Le territoire de Narbonne avait été visité par l'épidémie dès 582 : cf. Recueil des Hist. de France, lib. VI, cap. XIV; rapporté par Levillain, th. citée, p. 32 (en note.)
5. Moxquoque subtil et pestis cumpapuliserysipehtis innuw/ras enecaus. (Richeri Historiarum, lib. t cap. lxv, édition Pertz).
solument ; c'était, en tout cas, une aifection épidémique, fébrile, papuleuse.
Presque dans le même temps (en 962), succombait à une maladie oifrant les mêmes symptômes Baudoin, comte de Flandre *. Or, nous sommes à répoque où régnait Hugues Capet. 11 ne sera donc pas trop téméraire de supposer — sans aller jusqu'à la certitude — que ce roi a très bien pu être atteint d'une maladie qui exerçaitalors ses ravages et qui commençait à être bien connue*, au moins dans sa symptomatologie, sinon dans sa thérapeutique '.
Cette maladie doit-elle être étiquetée variole? Le mot n'existait pas encore dans la langue médicale*. Cependant quelle autre aifection lui substituer?
En tout cas, le problème est désormais posé, et, à ce seul point de vue, l'étude critique à laquelle nous venons de nous livrer n'aura pas été supeiflue.
I. Fauchet, antiquités françaises ^ liv. Xll, cité par Ozanam, m, 320.
■ a. Au moins les Arabes, et entre autres Rhazès, l'avaient-ils parfaitement décrite. V. le Traité de la variole et de la rougeole, de, Rhazès, traduction Lucien Leclerc et Lenoir, 1866, in-8' et Levillain, thèse citée, p. 38 et suiv.
3. Faut-il s'arrêter à gloser sur la phrase citée au début, et en tirer cette conclusion: que Hugues Capet a été victime des Juifs, et peut-être de ses médecins, c'est-à-dire apparemment d'un traitement mal conduit (Judœis,medicis for tasse jexstinctus est)} Cette dernière conjecture (nous écartons, faute d'autres preuves, la première), n'est peut-être pas trop risquée, mais cela n'impliquerait pas qu'il n'ait pas été victime de son mal, au moins autant que de ceux appelés à le traiter.
4. Constantin l'Africain (1020-1087) est le premier médecin latin qui ait baptisé cette maladie variola, avec le sens actuel. Le mot variolœ, employé, au pluriel, s'est longtemps appliqué aux pustules varioliques (Ozanam, 111, 320).
rer
Mort, le 29 août 1060, d'une médication intempestive.
Le deuxième roi de la branche capétienne est Robert dit le Pieux, né à Orléans vers 970. Robert succède à son père en 996 et meurt à Melun le 20 juillet 103 1;
Son deuxième fils, Henri, lui succéda, en lo^usous le nom de Henri I".
La question de la mort d'Henri I*' a été si magistralement traitée par Littré que nous n'avons rien à ajouter à cette argumentation si lumineuse, si solide.
Comme c'est une note presque perdue dans un livre trop rarement consulté*, nous ne jugeons pas inutile de la mettre en pleine lumière, comme un parfait modèle de pathologie ou plus exactement de médecine légale rétrospective.
Pour poser les données du problème, Littré cite tout d'abord le texte qu'il se propose de commenter.
Voici comment Orderic Vital raconte la mort de Henri l*' :
j4nno ah incamaiionis Domini MLX, indid XI JI, Henficus rex Francorum, post multas prohUaUs quitus in regno