Brachet fait, à ce propos, des remarques très justes
« Lafrenêsis ou délire aigu, se présentant rarement dans la dysenterie pure, écrit Brachet, les médecins rapprochèrent ce trouble cérébral de l'excessive continence du roi (Cf. ci-dessus les Antécéd, pbys.). En posant ce diagnostic étiologique de troubles nerveux d'origine génésique, ils cédaient à l'idée préconçue du moyen-âge (chaque siècle médical a la sienne), qui voyait dans la fonction sexuelle le facteur essentiel de la neuropathologie. La conception médiévale du rapport entre l'acte génésique et les neuropathies était d'ailleurs l'inverse de la nôtre. Dans le trouble nerveux, c'est Vexcês sexuel que nous incriminons aujourd'hui comme cause provocatrice : c'était, au contraire, la continence qu'incùmlnsiit la pathologie du moyen-âge. Préoccupée d'accorder les prescriptions religieuses sur la chasteté avec l'équilibre psychophysiologique (cf. la locution minuere monacbum), elle ne pouvait s'empéchcr de retrouver partout cette action morbide de l'abstinence sexuelle.
« L'indication thérapeutique contraria contrariis ressortait ici du diagnostic. » Brachet, op. cit., 1, 103.
4. Sur la confiance que l'on doit avoir dans l'histoire de Puilaurcnl, cf. P. Mcycr, IntroJ. à la charte des /tlbl^eois^
Histoire des Albigeois, et que Voltaire, avec sa causticité habituelle, a traduit de la plaisante façon qui suit :
C'est ici le lieu de relever un étrange conte que font tous nos historiens. Ils disent que Louis VIII étant au lit de la mort, les médecins jugèrent qu'il n*y avait d'autre remède pour lui que Tusage des femmes; qu'ils mirent dans son lit une feune fille, mais que le roi la chassa, aimant mieux mourir» disait-il, que de commettre un péché mortel. Le P . Daniel, dans son Histoire de France, a fait graver cette aventure i la tête de la vie de Louis VUl, comme le plus bel exploit de ce prince»
Cette fable n'est« comme tous les autres contes de ce temps-là, que le fruit de Tignorance. Mais on devrait savoir aujourd'hui que la jouissance d'une fille n'est point un remède pour un malade ; et, après tout, si Louis VUl n'avait pu réchapper que par cet expédient, il avait Blanche sa femme, qui était fort belle* et en état de lui sauver la vie*.
Ce nous est une occasion de réfuter une calom-
p. XIll-XVl. C'est l'évêque de Toulouse, Folquet, qui en avait fait la confidence à Puilaurent.
Voici, au surplus, le récit de Guillaume de Puilaurent :
« Au retour de la croisade en Albigeois, le roi tomba malade en Auvergne ; on disait qu'il pourrait guérir s'il voyait une femme ; son fidèle compagnon, Archambâud de Bourbon, choisit une belle jeune fille et la fit entrer dans le lit du roi pendant son sommeil; à son réveil, le roi lui demanda pourquoi elle se trouvait là; elle répondit qu'elle venait l'aider à le guérir. Le roi la remercia et refusa le remède, pour ne point commettre de péché mortel. >
Selon Giraud de Barri, Louis aurait montré la même chasteté en Aniçleterre en 1216. {De PriruAp. instrucL, 133). 11 est bon d'ajouter que le même auteur raconte une anecdote exactement seml^lable à l'honneur de Louis Vlll (ibid,, 1. 111, 132). Cf. Petit-Dutaillis, Etude sur la vie et le règne de Loms yillf p. 15.
1. « Eleganter composita in corpore, in aspectu, in pulchritudine. » Mathieu de Paris, 11, 128.