Cité par Brachct, H
La « chaude maladie » ne serait-elle pas, dans ce cas, ce que nous nommons aujourd'hui le tnal comitiaU Vépilepsie ? Voici, du reste, la confirmation de notre hypothèse : Dans le « Propriétaire des Choses » (De proprietatibus rerum), au chapitre qui traite des vertus de la pierre d'aigle (aetites), nous relevons cette phrase : <( Hic etiam lapis (aetites) .caducorum prohibet casum » ; ce qu'en 1375 le médecin Corbichon traduisait de la sorte : < J'ethice vault moult contre le chaud mal », et ce que nous interpréterions actuellement de la sorte: la pierre d'aigle est souveraine contre le mal caduc. Or, le mal caduc, qu'est-ce autre chose que l'épilepsie? Donc, à notre sens, la «chaulde maladie )> de Froissart est Itmorbus sacer, le mal sacré, le haut mal.
On nous dit, il est vrai, que cette première maladie du roi fut « tant angoisseuse qu'il en perdit les ongles et les cheveux »*, et on en tire l'induction que ce pouvait être une fièvre typhoïde à forme convulsive, une fièvre ataxo-adynamique *.
L'alopécie et l'onyxis s'observent, en effet, dans les fièvres éruptives, et non pas seulement dans la fièvre typhoïde, mais dans la rougeole et la scarlatine. Or, si le roi avait présenté une éruption, les historiens du temps n'auraient certainement pas manqué de la signaler.
D'autre part, nous écartons l'idée d'une fièvre
1. Plaidoyer de Jean Petit (Monstrelet, I, 237, édition Doûet d'Arcq), cité par Brachet, H, 215.
2. C'est l'opinion de Brachet, que nous nous permettons de ne. pas adopter.
typhoïde, parce que le roi fut très rapidement sur pied, et se remit bientôt à chasser comme auparavant.
Au surplus, le voyage d'Amiens avait eu lieu en avril; à 1* Ascension, « retourna le roy de France à Paris en bon point et en bon estât » : la convalescence d'une fièvre continue aurait été beaucoup plus longue.
Restent à expliquer la chute des ongles et des cheveux. Mais ce symptôme implique-t-il autre chose qu'un trouble de la nutrition ? et chez une personne de souche arthritique, comme Tétait Charles VI, est-ce un phénomènes! exceptionnel? Dans l'épilepsie même, ce signe ne se voit-il pas? Nous ne saurions répondre d'une manière trop affirmative, mais nous avons un vague souvenir de l'avoir vu mentionné par les auteurs.
Nous nous appesantirons moins sur les autres maladies de Charles VI, puisqu'elles se résument toutes dans une seule, la folie, dont nous parlerons plus longuement ailleurs ^
La première manifestation des troubles psychiques chez le roi doit être cependant précisée: elle eut lieu du i«' au 5 août 1592*. Le 3, éclatait le premier accès de manie aiguë. L'affection dura trente ans et se termina par la mort, le 21 octobre 1422*.
1. Nous consacrerons un chapitre à Charles VI dans les J'eus de V Histoire (en préparation).
a. Religieux de Saint-DeniSj t. Il, 19; et Monstrelet, 1, 227^ édition Douet d^Arcq.
3. « Item, le XXl' jour du moys d'octobre, vigille de XI* Vierges, trespassa de ce siècle le bon roy Charles, qui plus longuement régna que nul roy chrestien dont on eust me*
On ne possède pas le rapport d'autopsie, ce qui eut peut-être permis de diagnostiquer la maladie finale : tout ce que nous apprend un chroniqueur de l'époque*, c'est qu'«il avoit le cuer (cœur) et le foye net », notion, en vérité, bien insuffisante pour asseoir une. opinion .ferme.
Tout ce que nous pourrions ajouter ne serait que vaines conjectures.
moire, car il régna roy de France XLIU ans... % Journal d*tm bourgeois de PariSy édition Tuetey, Paris, Champion, 1881, p. 177. Il s'éteignit dans le plus triste abandon (note i, hc, cit.). I. Chronique de Monstrelet, édition DoUet, t. VI, 324.
ChaMes VII
Mort le 32 juillet 1461, de Gichexie tuberculeuse.
Des douze enfants * que Charles VI eut, de son union avec Isabeau de Bavière, quatre succombérenten bas âge: un, le jour où il vint au monde (Philippe)*; un autre, dans Tannée de sa naissance (Charles de France, dauphin de Vincennes); un troisième enfant, une fille (Jeanne), à l'âge de deux ans ;
1. Voici la descendance de Charles VI et d' Isabeau : l' Charles, né le 25 septembre 1^86, mort le a8 décembre suivant; 2* JecMfte, net le 14 juin 1388, morte en IÎ90; y Isabâlhf née le 9 novembre 1389, morte le 13 septembre 1409; 4* y^<i»ff^, née le 34 janvier 1391; 5* CbarleSyné le 6 février 1392, mort le 13 janvier 1401 ; 6' Marie, née en juillet ou août 1393; 7* MicbeUe, née le 13 janvier lyq^ ; 8* Louis, né le 22 janvier 1397; 9* Jean, né le 31 août 1398; lo* Catberine, née le 22 octobre 1401 ; ii* Charles \ 12' Philippe, né le 10 novembre 1407, mort le même jour. (Voir Notes sur Mat civil des princes et princesses nés de Charles yi et d'Isabeau de Bavière, par M. Vallet de Viriville, Bibliothèque de V Ecole des Chartes, t. XIX, p. 475-4830
2. « La naissance de cet enfant marqua, pour Isabeau dt Bavière, le terme de la période maternelle. Pour elle, la saison des passions galantes ne tarda point à se clore également, par un arrêt de la nature ou de la Providence. » Vallet de Viriville, Hist. de Charles y II, \, p. 34.
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un garçon (Charles de France, duc de Guienne), âgé de huit ans. Le futur Charles VU était né le cinquième (le 22 février 1403).
On a élevé des doutes sur la légitimité de la naissance * de Charles VU. On n'a pas oublié la scène de Tentrevue de Jeanne d*Arc avec le prince, où la vierge lorraine lui dit ces paroles, dont le sens a pu paraître mystérieux : « Je te dis de la part de Messire que tu es vray héritier de France et fils duroy*.»
Si, d'autre part, on se reporte au mois de la conception du cinquième enfant d'isabeau de Bavière, c'est-à-dire au mois de mai 1402, on ne peut se défendre de certaines réflexions.
Au mois de mai (1402), quelques jours avant la Pentecôte (qui tomba cette année-là le 14 mai), Charles VI éprouvait un accès de folie \
Le samedi après la Pentecôte (20 mai), Charles était encore dans sa crise, quand parut un édit du
1 . « Le XXV* jour du moys de septembre audit an MCCCC XXXV mourut en Thostel du Roy près Sainct Pol à Paris Mme Ysabeau de Bavière reyne de France. Le corps de la quelle dame fut mis en une nacelle sur la rivière de Seine en petite solennité... Ce fut une grant honte aux Angloys qui Tavoient en leurs mains de laisser en cest estât conduyre le corps de ladicte dame... Et qui plus est disoient à ladicte Royne que ledit Roy Charles son filz estait illégitifM et n'estoit point filzdudit Roy Charles. » Nicolle Gilles, 0^. cit., t- XCll.
2. « ...Carolum regem ejus filium incesto (Louis, duc d'Orléans) concubitu natum, Anglus diffamabat. » R. Gaguin, Annales, lib. X, sub. ann. 1435.
3. Religieux de Saint- Denis, 1. 1, p. a8 ; Jouvenel des Ursins, p. 417, cités dans la Revue des questions historiques, t. IX, 1870, p. 350.
duc d^Orléans pour la levée d'une imposition générale.
Ce n'est que dans les premiers jours de juin qu'il recouvra la raison *. Il éprouva une rechute au milieu du mqîs de juillet, se remit le i«r octobre, pour retomber le 3, Au commencement de février, il était rétabli.
Si nous ouvrons maintenant les comptes de Tannée 140^2, nous voyons que la reine séjourne au mois de mai à l'hôtel Saint-Paul, résidence de Charles VI. Le 14, elle dîne au palais, soupe et couche à SatnUOuen\ les 21 ti 2H mai, elle est de nouveau à l'hôtel Saint-Paul, où elle reste pendant la plus grande partie de Tannée, sauf quelques séjours à la Porte^Barbette. Ces dates peuvent jeter quelque lumière sur la question '.
Dans les cours étrangères, on était fixé, d'ailleurs, à cet égard ', Il y a telle dépêche dans les archives de Milan *, qui est suffisamment explicite.
Charles VI, faisant le plus souvent lit à part*.
{.Religieux de Saint-Denis, loc, cit., pp. 28 et 34; Jouv«ïiel des Ursins, p. 147.