‹ Les morts mystérieuses de l'histoire (volume 2)Chapitre 69 sur 277 · Cf. Brachet, op. cH.y · texte numérisé non relu

Cf. Brachet, op. cH.y

5. «Comme on craignait fort qu'en raison de sa maladie il ne se portât à quelque violence contre la personne de la reine, on ne la laissait point coucher avec elle. Mais on lui avait donné pour concubine une jeune personne, belle, gracieuse et charmante, qui était ftlle d'un marchand de chevaux. Cela s'était fait du consentement de la reine : ce qui semblait fort étrange. Mais- quand elle songeait aux maux qui la menaçaient, ainsi qu'aux violences et aux mauvais traitements qu'elle avait déjà endurés avec le roi, la pensée qu'entre deux inconvénients il vaut mieux choisir le moindre,

ne prenait guère souci des infidélités de ss peu chaste épouse, la superstitieuse^ Isabeaa/

Cette découverte n'infirmerait, hâtons-nous de le dire, aucurle des conclusions qu'on pourrait tirer de l'hérédité paternelle de Charles VII, même s'il était avéré qu'lsabeau de Bavière ait eu pour amant, en» 1402, Louis d'Orléans, le propre frère de Charles VI»-

Celui-ci ne pourrait, en tout cas, renier le legs maternel. Et s'il se présente au médecin psycho-

faisait qu'elle se résignait à ce sacrifice. La jeune fille fut amplement dédommagée de son dévouement. On lui donna deux beaux manoirs avec toutes leurs dépendances, situés l'un à Créteil et l'autre à Bagnolet. Hlle était généralement et publiquement désignée sous le nom de la peiiir reitu. Elle resta longtemps avec le roi et eut de lui une fille. » Religieux de SainUDeniSy traduction Bellaguet, t. VU

Le roi déserta pendant des mois, peut-âtfe même pendant des années, le lit conjugal. Jouvenel des Ursins, à la date dt» 9 mars 1408, signale comme un événement que «cette nuit, le roy alla coucher avec la reyne, et disoit-oh qu'à cause de ce qu'il avoit esté plus malade, qu'il n'avoit été dix ans auparavant... » Jouvenel des Ursins, édition Buchon, p. 438, col. I.

I. Cf. Comptes d*lsabeau de Bavière, éditions Douet, Le Roux de Lincy et Vallet de Viriville.

On pourrait ajouter : « la très raffinée Isabeau ». Au dire de son historien, V. de Viriville, la reine, en hiver, se gantait de gants fourrés, brodés, parfumés, de gants tannés ou préparés avec du sain ou graisse de chapon. Elle passait aussi dans sa main des boules d'or ou d*argent é vidées, s'ouvrant en boîtes, et remplies de charbon en ignition. Au temps chaud, la reine se faisait éventer à l'aide de chasse-mouches assez vastes, qui se nommaient émoucboirs ou bannières,

3. Ce fut Louis, duc d'Orléans, frère de Charles VI, qui ramena Isabelle en France. H devint à la cour son instituteur en toutes choses, son conseiller politique, et, d'après la commune renommée, son amant.

Louis, duc d'Orléans, était le vice aimable. Pour cette fille

logue comme un neurasthénique, sujet à des phobies multiples, il n'est pas téniéraire d'affirmer que sa mère en est quelque peu responsable. Isabeau^ passa, en effet, sa vie dans des appréhensions continuelles, effrayée par le bruit du tonnerre *, craignant Dieu et le diable, ne se trou* vant nuUe part en sécurité, n'osant rester longtemps sur un plancher de peur qu'il ne s'écroulât.

d'Eve, si prête à faillir et trop aisée à charmer, il eut la séduction du Tentateur. Depuis quel jour et jusqu'à quel degré s'étendit cette séduction? Isabelle trahit-elle à ce point ses devoirs qu'elle ait souillé de fruits adultères la dynastie, la couche royale dont l'honneur lui étaitxenfi^ ? Louis, duc d'Orléans, fut-il le complice de cet adultère ? Tout. le dit, mais rien ne ie prouve... Un fait qui n'est point douteux, c'est que le duc d'Orléans exerça une influence absolue sur H conduite et l'esprit d'Isabelle. {Isabeau de Bavière^ par V. de Viriville).

1. Isabeau de Bavière mourut fyAropiqtu; elle jouissait d'un embonpoint excessif, pour lequel elle usa sans succès de plusieurs remèdes, tous plus bizarres les uns que les autres: grains d*écarlate, c'est-à-dire du kermès animal, électuaire de pierres précieuses (rubis, hyacinthes, émeraude), électuaire de perles, rubans de soie, sans préjudice de nombreuses neuvaines, oraisons et pèlerinages.

Isabelle atteinte par Page (46 à 47 ans), par l'obésité, valétudinaire, avait fait son testament dès 141 1. Les comptes nous la montrent, vers cette époque (1416-1417), souffrante, retirée, podagre, et ne se mouvant qu'en chaise roulante.

Dès 1415, en novembre ou décembre, la reine, malade à Melun, se fait porter à Paris par des hommes k pied. Dans les comptes d'isabeau, nous relevons une « chaise roulante, sur quatre roues, pour voiturer la reine malade » (20 avril 1416, KK, 49, f* 7 v"). Ces détails se renouvellent postérieurement à cet exemple. Voyez sur ce point les extraits publiés à la suite de la nouvelle édition de J. Chartier; Paris, Janet, 18^, in-16, t. m, p. 369-380.

a. On dit qu'elle eut en France la première voiture suspendue. Elle possédait un chariot spécial « servant pour le tonnerre », c'est-à-dire contre le tonnerre. Elle se servait éga-

ni passer à cheval sur un pont de bois pour le même motif.

Les antécédents collatéraux de Charles Vil sont tout aussi utiles à connaître pour expliquer certaines particularités du dossier pathologique de ce prince.

Trois de ses frères au moins paraissent être morts tuberculeux :

I» Charles de France, duc de Guyenne, mort le 1 1 janvier 1400, d'une « grave maladie qui l'avait réduit à un état de maigreur effrayante : son corps n'avait plus que les os et la peau ' ».

2** Louis de France, duc de Guyenne, mort le 18 décembre* 1415, également tuberculeux, à la suite d'excès de toute sorte ^. Dans les derniers jours de sa vie, il eut de la fièvre * et de la diarrhée*, qui hâtèrent sa fin. Cette mort fit naître des soupçons d'empoisonnçment, d'au-

lement de chariots de fer remplis de charbons ardents;, qu'on promenait, en guise de calorifères, dans les galeries de ses palais. (V. de V.).

1. Religieux de Saint-Denis, traduction Bellaguet, t. 11, p. 770.

2. Journal d'un bourgeois de Paris, édition Tuetey, p. 06. « Assez brief ensuivant, le duc d'Aquitaine accoucha malade de fiebvres, dont il mourut le dix huitiesme jour de décembre en Tostel de Bourbon. » Chronique de Monsirelet, 1. 1, ch. 159.

3. Religieux de Saint- Denis, traduction Bellaguet, t. VI, p. 29; Nicolas de Baye, 11, p. a^i.

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