II
' Le 21 juillet, ou le lendemain de grand matin, roi consentit à ce qu'on lui servit un coulis * : « et sur ce point, ayant une cuillier d'argent pour cuider prendre dudit coulise, n'en put avaller *».
Malgré une faiblesse croissante, Charles VU avait gardé toute sa connaissance *.
Une des paroles qu'il prononça doit être recueillie : comme on l'exhortait à prendre quelque nourriture, disant que, s'il se défiait de quelqu'un, il lui fit faire son procès et le fit tirer à quatre che-
deffiance, que à la plus grant paine du monde le povoit-on faire menger; et si petit qu'il voullust manger en sa maladye, jamais il ne vouUut prendre par mains de nul serviteur qu'il eust ne d'aultre fois que monseigneur le comte de Foix luy mesme, de sa propre main.le lui bai Hast et administrast... Et est à penser que sa maladie le destreignoit et luy estoit si dure et tant oppressive que le manger lui estoit en ce point fastidieux. » Ms. fr. 4992, f* 101. (Histoire du comte de Foix, citée par Beaucourt, t. VI, p. 442).
I . Voici la formule d'un coulis pour malade : « prenez ung chapon et soit bouilly tant qu'il soit fort cuit et prenez le blanc; broyez en mortier, coulez en une étamine; salez ou sucrez et servez froit ou chaut. » (Taillevent, le Viandier du
a. Sources citées par Vallet de Viriville : Hisi. de Charles y II (Paris, 1865), t. 111, p. 457, n. ; Alain Bouchard, Annales de Bretagne, 1541; Comynes, édition Dupont, t. 111, pp. 215,
3. « Quel jour est-ce ? », demanda-t-il aux religieux qui l'entouraient. — « Sire, lui répondirent-ils, il est le jour de la glorieuse Magdeleine. » — « Ah! reprit-il, je loue mon Dieu et le remercie de ce qu'il lui plaît que le plus grand pécheur du monde meure le jour de la pécheresse.» 11 se confessa, reçut le saint viatique et l'extrême onction, et prit ses dernières dispositions. Il demanda à être enterré à Saint-Denis, dans la chapelle où reposaient son père et son grand-père; il recommanda à Chabannes de servir fidèlement le petit seigneur son fils.
vaux, le Roi répondît: «Je remets la vengeance de ma mort à Dieu*. >>
Charles Vil expira le mercredi 22 juillet 1461, entre midi et une heure ; il avait cinquante-huit ans, cinq mois et un jour.
On prétend qu'il ne dit pas autre chose en mourant que ces mots : « Par Saint-Jean, nous ne mangerons plus M »
Cette exclamation n'indique-t-elle pas que, jusqu'au bout, l'idée du poison * hanta cet esprit troublé ? cette obstination à refuser tout aliment, ce délire des persécutions ne sont-ils pas des symptômes sinon de démence, au moins de ramollissement cérébral *?
Il s'est trouvé pourtant des historiens contemporains* de Charles Vil pour laisser entendre que le roi avait été réellement empoisonné. C'est là une simple assertion, qui n'est fondée que sur de