PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
J'ai passé une partie des vacauces de Pâques à lire les bonnes feuilles des Morts mystérieuses de r histoire. C'est une lecture édifiante, instructive et d'une haute portée philosophique.
La méditation qu'a fait naître cette lectur(î m'a montré une fois de plus Timportance de la médecine légale pour l'histoire. C'est en utilisant ses connaissances biologiques que le médecin légiste parvient à résoudre certains problèmes, dont les historiens seuls ne pouvaient trouver la solution. N'est-ce pas au médecin légiste qu'il appartient de préciser des faits de naissances précoces ou tardives, d'expliquer certains actes incohérents ou bizarres, mais toutefois caractéristiques de formes morbides déterminées ?
C'est encore notre rôle de discuter et de détruire d'absurdes légendes d'empoisonnement et d'arriver ainsi à réhabiliter différents personnages calomniés
LES MOliTS MYSTERIEUSES
depuis des siècles. Nos connaissances de psychopathologie nous autorisent à comprendre et à expliquer quelques natures étranges qui sont restées comme des rébus historiques. Est-il indifférent de savoir que Louis XI avait des phobies, que Louis XIII était aboulique et Louis XV un hypocondriaque, toujours ennuyé, sans cesse en quête de distractions nouvelles ?
Les ouvrages de Littré, de Légué, de Funck- Brentano (avec la collaboration de Brouardel et de Paul Legendre), n'ont-ils pas mis au point, d'une façon décisive, le drame des poisons sous Louis XIV? MM. Pierre Clément, Jules Loiseleur, etc., avaient, il est vrai, laissé peu de choses à glaner à ceux qui sont venus après eux.
Que de mystères, de sombres tragédies, pendant le moyen âge, dans la venenosa Italia, au temps de la caniarella des Borgia, de Vaqua Tojfana ou petite eau de Naples !
Le poison a toujours été l'arme des lâches, instrument facilement manié par la femme. Plus près de nous, n'a-t-on pas dit que Cimarosa avait été empoisonné par ordre d'une reine ? La légende n'a été détruite que par la publication d'un rapport médical, montrant que l'illustre musicien avait succombé a des accidents hépatiques.
Les médecins — c'est un autre de leurs privilèges, je pourrais dire une autre de leurs supériorités —