PREFACE
peuvent encore, il nous semble, expliquer et faire comprendre le « vertige du pouvoir ». Napoléon disait : « J'ai couché dans le lit des rois et j'y ai pris une maladie terrible. » Cette maladie, nous la connaissons : c'est la césarite^ mélange de phobies variées, d'instinct destructeur excité et jamais satisfait.
Ne sont-ce pas les médecins qui enseignent que, dans les mariages princiers, les unions entre parents favorisent l'extinction des dynasties par dégénérescence, ainsi qu'il a été indiqué dans l'article Consanguinité du Dictionnaire de Dechambre et plus amplement dans l'ouvrage du docteur Cabanes?
Le docteur Cabanes suit, mais en l'élargissant singulièrement, la voie dans laquelle s'étaient engagés Desgenettes, Brachet, Dubois (d'Amiens), HoLLET, Charcot, Jacoby, Corlieu, Ciiereau. Mais ces médecins érudits n'avaient précisé que quelques faits ou jeté des clartés sur des sujets jusque-là inexpliqués, comme l'ont montré ailleurs des historiens de profession, tels que Sainte-Beuve et Miche- LET, Taine et Renan.
Ce qui a distingué surtout cette intervention médicale dans le domaine de l'histoire, c'est une prudence excessive, une méthode sévère, n'avançant une théorie que basée sur un fait indiscutable, certain, ne cherchant pas la vérité absolue, mais un relatif suffisant pour permettre d'expliquer ou d'en-
trevoir. Ces médecins se sont conduits comme les experts devant la justice : ils ont rapporté, en leur honneur et conscience.
Les historiens sont semblables aux aveugles ou infirmes qui, de leur lit ou dans leur fauteuil, grâce au théâtroplîone, entendent un drame ou un opéra. Les voix des acteurs, la musique, le bruit de la salle et des coulisses arrivent en même temps à leurs oreilles. Il y a quelques éclaircies, parfois des auditions distinctes, souvent du brouhaha, des sons, des bruits. Mais où sont les décors, les costumes, le jeu des acteurs, leurs attitudes et leurs gestes, le mouvement scénique ?
Si l'art peut faire revivre le milieu, le médecin seul renseigne sur la psychologie morbide des personnages et fait comprendre les actes ou les mouvements qui en résultent.
Le philosophe et l'historien racontent les événements dont ils expliquent l'évolution. Ils montrent la part qui revient aux chefs d'Etat ou aux hommes émancipateurs de la pensée, recherchant ainsi l'influence de la force ou de l'esprit. Les essais d'explication, les ébauches de théories, pour classer les faits ou les personnes, sont utiles, mais la méthode n'est pas toujours juste.
Le tort est de s'imaginer les hommes comme des pions sur l'échiquier. Ce sont des unités différentes, parce qu'elles se conduisent d'après leurs qualités