octobre). Mort de Charles Martel
règne, le plus long de celui des rois fainéants, en expiation du meurtre de saint Léger par Ebroïm : « Qui ajoute 4 saura qu'il est mort en l'an 10 fois 9, plus 50 fois 12. .. 4 + 90 + 600 = 694.
Il n'était pas facile de mettre 694 en vers latins; voici comment l'auteur de lépitaphe a trouvé le moyen de tourner la difficulté :
« In decies nono cum quinquagies duodeno anno, defunctum sciet hune, qui quatuor addit. « L'épitaphe de Thierry III comprend six ou huit distiques de ce genre, avec le nom de sa deuxième femme Doda (mère du roitelet d'Austrasie, Clotaire IV, sous Charles Martel, lequel Clotaire ne régna que deux ans à peine, vers 718).
Mort, en 898, de Manie aiguë:.
Robert, dit le Fort, comte d'Anjou, fondateur de la Maison de France, apparaît pour la première fois dans riiistoire le 3 avril 852,
Il est difficile d'établir ses antécédents héréditaires, puisqu'on est encore à discuter l'origine de la famille capétienne (1).
On ne saurait être davantage éclairé sur ses antécédents physiologiques et pathologiques ; tout au plus les historiens nous révèlent-ils qu'il fut blessé en 86Zi, et qu'il reçut un coup mortel dans un combat livré deux ans plus tard contre des pirates normands.
Des deux fils de Robert le Fort, l'un Robert P'', qui occupa le trône de France, de 866 à 923, fut tué à la bataille de Soissons ; l'autre, le frère aîné de
(1) Cf. Revue critique, 1873, II, 97; Revue des queslions historiques, 1873, I, W8; Revue tiislorique. 1893, 11,99.
Robert, Eudes, eut une fin sinon mystérieuse, au moins entourée de quelques soupçons.
Le regretté Auguste Brachet, érudit de l'école de Littré, qui nous a précédé dans la voie où nous nous sommes engagé après ces deux maîtres, a le premier soulevé, à propos de la mort du roi Eudes, un problème de psychopathie historique qui n'est pas dénué d'intérêt.
Les biographes de ce roi se sont pour la plupart bornés à fixer la date de sa mort. Ce n'est que près d'un siècle plus tard, que l'on trouve dans le recueil du moine Richer,qui était médecin, la première mention des symptômes pathologiques, présentés durant sa vie par le prince de la Maison de France que nous étudions.
A une époque où la pathologie mentale est encore dans l'enfance, il ne faut pas se montrer trop exigeant. Richer se contente de conclure à une affection cérébrale, sans se prononcer autrement sur la nature du délire aigu qui a emporté le malade. Il ne s'est pas attaché à rechercher (le pouvait-il avec les lumières insuffisantes de la science de l'époque ?) si le délire qui a provoqué le dénouement fatal était essentiel, c'est-à-dire si c'était un accès de folie, ou pour parler plus rigoureusement, de manie aiguë ; ou bien, si ce délire était lié à une affection fébrile, telle que la fièvre typhoïde, la pneumonie, la méninge-encéphalite, etc.
Le problème que le médecin Richer n'a pas même tenté d'aborder, Brachet en a victorieusement poursuivi la solution.
Et d'abord, il s'agissait de ne pas prendre pour base de la discussion un texte controuvé. Or, sur ce point, la lumière est faite : ceux qui font autorité en matière d'histoire médiévale se sont prononcés et accordent pleine confiance au récit de la mort d'Eudes par le moine Richer. Il est vraisemblabhî que le moine-médecin a eu entre les mains non une simple relation historique contemporaine, mais un document scientifique émanant de médecins du temps d'Eudes.
En suivant pas à pas la relation de Richer, d'une rigueur telle qu'on n'était pas en droit de l'attendre d'un médecin de ces temps presque barbares et encore tout imprégnés des doctrines scolastiques, Brachet (l) est arrivé à nous présenter un tableau clinique de la maladie du roi franc, qui nous paraît ne pas devoir prêter le flanc aux critiques même les plus subtiles.
Selon les règles habituelles en médecine, il considère successivement : le malade, la maladie.
Sur le malade, pas de renseignements directs. De ses antécédents héréditaires tout au plus sait-on qu'il a eu un père et un frère ayant succombé à
(1) Pathologie mentale des rois de France, t. I.
EUDES 3î»
un traumatisme ; mais on ignore, ce quïl importerait de savoir, c'est-à-dire s'ils étaient affligés de tares morbides transmissibles à leur descendance.
Sur la maladie elle-même on est un peu mieux instruit. Le roi Eudes en a éprouvé les premiers signes à La Fère (sur l'Oise), non loin de Laon. Les symptômes qu'il a présentés : inquiétude et tristesse, avec insomnie-persistante ; délire non fébrile; et un peu plus tard, délire aigu amenant la mort, fixent le diagnostic, qui aurait pu rester suspensif entre la manie aiguë et le délire consécutif à une maladie fébrile, infectieuse, comme nous l'avons indiqué plus haut.
Brachet conclut, après une discussion très serrée, à laquelle pourront se référer les spécialistes, que le roi franc a succombé à un accès de folie aiguë (1), âgé de quarante ans.
Ce fait, ajoute notre docte confrère, qui doit prendre place désormais dans l'histoire de la maison de France, ne sera pas inutile aux historiens de la période carolingienne, pour éclaircir plus d'un point obscur de la biographie d'Eudes.
Deux points, au moins, sont restés obscurs dans l'histoire du roi Eudes. Le biographe le plus auto-
(1) Nous ne discuterons pas la version de l'empoisonnement. Il convient, seulement, de dire que cette version a été mise en circulation par un historien du nom de Folquin.
risé de ce souverain, M. Favre (1), s'était déclaré impuissant à expliquer les deux derniers actes de la vie politique du roi, savoir : le « honteux » traité sig-né par Eudes, quelque temps avant sa mort, avec les Normands ; la prière faite à ses fidèles, pendant sa dernière maladie, de reconnaître comme roi, après sa mort, son propre compétiteur, le prétendant Charles le Simple.
Ces lig-nes de l'historien d'Eudes sont h citer, parce qu'elles résument clairement toute son argumentation.
Son règne (le règne d'Eudes) finit dans le décoiiragemenl et la limite est difficile à tracer entre les actes qu'on peut attribuer à une sage temporisation et ceux qui ne sont que le résultat d'une exlHme lassitude . Le traité qu'il conclut avec les Normands en 898 ne peut être le symptôme que de ce dernier sentiment, quelque pénible qu'il soit à constater dans le cœur du défenseur de Paris.
S'il renonça à protéger son royaume contre un ennemi dont les constantes attaques lassaient sa bravoure, il réussit, après des années cruellement troublées, à établir momentanément une paix relative dans le royaume.
Est-ce pour maintenir la concorde, est-ce dans l'espérance d'éteindre la guerre civile et pour écarter toute compétition au trône que, sur son lit de mort, il semble avoir sacrifié la grandeur de sa maison? Nous n'osons pas l'affirmer. Est-ce par politique qu'il n'a pas voulu rompre avec le prestige carolingien et donner à son frère un titre contesté sans un pouvoir suffisant?Les quelques parolesparlesquelles
" (1) Favre, Eudes, pp. 189-195.
Eudes désiirna Charles le Simple comme son successeur, et qui sont un trop court testament politique, ne sont-elles pas inspirées par un profond découragement ?
Les historiens ont, comme on peut s'en rendre un compte suffisant par cette courte citation, émis une simple hypothèse, à savoir la dépression mentale du roi, pour justifier, sans les expliquer, des actes incohérents. La pathologie mentale donne un nom à cette dépression ; et c'est ici que l'on voit l'utilité de cette alliance, que nous ne cesserons de préconiser, pour les bienfaits qu'on ne saurait manquer d'en retirer, de la médecine et de l'histoire. Si nous appliquons les données de cette pathologie spéciale au cas particulier qui nous occupe, immédiatement l'obscurité se dissipe, la solution du problème apparaît avec netteté.
Tout accès de manie aiguë, nous apprennent les aliénistes, est précédé d'une période latente de dépression mélancolique. T.e sujet n'est plus le même dans ses rapports sociaux ; ses sentiments afïectifs sont modifiés. Ce changement de caractère passe inaperçu sur le moment, ou est attribué à des causes accidentelles ou banales. Ce n'est qu'après coup, lo- sque la maladie est déclarée, que l'entourage du malade s'explique bien des choses et les interprète dans leur véritable sens (i).
Ne s'explique-t-on pas mieux, en effet, les actes, jusqu'alors incompris, du roi dément, maintenant, qu'on connaît mieux son état psychopathique ?
(1) D' P. SoLLiER, Maladies mentales,^. 39.