‹ Les morts mystérieuses de l'histoire;Chapitre 33 sur 56 · LES HEMORROÏDES DE LOUIS XI · texte numérisé non relu

LES HEMORROÏDES DE LOUIS XI

Louis XI a souffert, presque toute se vie, des hémorroïdes ; elles ont été son tourment constant, et elles suffiraient, presque seules, à expliquer l'irritabilité de caractère, l'humeur agressive de ce sombre et maladif monarque, qui avait ses heures de gaieté — une gaieté de pince-sans-rire, mais qui n'allait pas sans une certaine causticité : on en a un exemple dans cette anecdote, qu'a rapportée Armand Baschet(i;.

Dès la nouvelle de la mort de Charles VII, les Vénitiens avaient dépêché auprès de Louis XI, pour lui rendre hommage, deux ambassadeurs extraordinaires, Benardo Guistiniano et Paolo Barbo.

Louis XI était loin d'être un ami sûr pour les

(1) Les Princes de VEurope au seizième s/èc/e, pp. 297 etsuiv.

Vénitiens et, dans les deux ans qui précédèrent la signature du traité de l/i78, il se montra plutôt favorable aux intérêts de Milan^ excitant l'ambassadeur de Sforza à conseiller à son duc renvahissement des possessions vénitiennes.

Une dépêche de cet ambassadeur milanais, Francesco Pietra-Santa, nous révèle sous un jour singulier la politique et les procédés du roi de France.

La dépêche de l'envoyé milanais, dont M. Baschet a donné l'interprétation fidèle, d'après le texte italien, renferme une phrase latine, que l'ambassadeur met dans la bouche de Louis XI. Il serait malaisé de la traduire sans lui ôter la piquante originalité qui est en elle. Les convenances même du langage de nos jours interdisent particulièrement la traduction du second membre de la phrase. On sait, du reste, que le roi Louis XI avait l'esprit trop gaulois pour ne point appeler les choses par leur nom.

« Le samedi matin j'allais à la Cour, écrit l'ambassadeur, et aussitôt que le roi fut levé, bien qu'il ne fût encore qu'enrobe de chambre {zapparello), il me fit appeler dans son appartement, et s'étant assis à une fenêtre, il me dit avant toutes choses qu'il s'était trouvé malade : puis s'étant informé si maître Pantaléon était avec moi, il le fit appeler.

Sa Majesté s'exprimant alors en latin, dit ces propres paroles : « Ego sum passas emoroydos^ quas etiam alias liabai, sed non fuerunt lia véhémentes,

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qiiod credo fuisse propter labores animi el corporis in isto ilinere et in cogitandis ralionibus belloviini el eliampropler abstineniiam coïtus quia siel lanto lenipore absens ab uxore meâ. En sorte que ce mal m'a causé quelque chaleur de tête (certe funiositate alla lesla) et m'a produit des palpitations au cœur qui me donnent de grands tourments. » Et saisissant le bras [sporgendio il braccio) à maître Pantaléon, il voulut qu'il lui toucliàl le pouls et recommanda à ses médecins de s'entretenir avec lui parce qu'il était valenthomo^ qu'il le connaissait depuis trente ans, et ainsi maître Pantaléon lui donna une consultation... »

On voit la préoccupation constante de Louis XI (1) Il ira même jusqu'à demander une consultation à un médecin italien, par la double entremise du duc de Milan et de son ambassadeur à la cour ducale, et ce dernier sera chargé de faire la description des hémorroïdes royales.

On peut s'étonner de cette désinvolture du médecin soignant à distance et par lettre ses malades. Mais cela est courant dans la seconde moitié du moyen âge (2).

(1) Dans sa Correspondance, il ne manque pas à maintes reprises de parler de son infirmité : « El cuideroit-on que je eusse les ainnioroites ! » écrit-il, le 21 décembre 1473, au chancelier, au grand maître et au sire de Clisson, après avoir passé une journée à cheval.

(2) Ferraki da Ghado, Une chaire de médecine au quinzième siècle, p. 106.

La consultation que nous allons reproduire n'est pus datée. Notre confrère, le docteur Ferrari, à qui nous en devons le texte, pense qu'elle dut être écrite aux environs de I/166. Elle l'ut, en eil'et, demandée par Emmanuel de Jacopo ou de Jacob, ambassadeur du duc de Milan ; or, cet ambassadeur fut accrédité à cette époque, si nous nous en rapportons à la Correspondance du roi ; oji lit, en effet, à la date du 23 avril 1/1 ()():

De par le roy.

Très cher et très aimé cousin, noslre chier et amé Manuel de Jacob, noslre serviteur et ambassadeur, s'en va pre- SPGlement par devers vous auquel avons chargé vous dire aucunes choses : si vous prions que en tout ce qu'il vous dira de noslre part, veuillez adjouter plaine foi et créance.

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