‹ Les morts mystérieuses de l'histoire;Chapitre 38 sur 56 · CHARLES LE TÉMÉRAIRE · texte numérisé non relu

CHARLES LE TÉMÉRAIRE

qui le tourmentaient le plus ; dans les derniers temps, cette réserve avait affaibli et ruiné son intelligence {that closeness did impair and a Utile perish hisunderstanding) (1).

Après la défaite de Morat, il reste confiné pendant deux mois dans le sombre château de Joux, en proie à une mélancolie profonde (2), une mélancolie morbide.

L'historien Comynes a clairement pénétré la psychologie du duc. « il eut, dit-il, une grande maladie de douleur et de tristesse de cette honte qu'il avait reçue. Et, à bien dire la vérité, je croy que jamais depuis il n'eut l'entendement si bon qu'il n'avoit eu auparavant. » Et y revenant un peu plus loin, il coniirme le diagnostic de vésanie : « Oncques depuis ladite maladie, ne fut si saige qu'auparavent, mais beaucoup diminué de son sens. »

La débilité mentale est ici nettement indiquée.

Charles le Téméraire était sujet à de véritables phobies. N'exigeait-il pas d'avoir toujours autour de lui ses six médecins, chargés d'examiner les viandes qui lui étaient servies (3) ?

(1) Cité par Y Intermédiaire, 1881.

(2) « II fut probablement devenu fou de chagrin, dit Michelet (il y avait eu beaucoup de fous dans sa famille : Charles IV, Guillaume l'Insensé, etc , etc.), si l'excès même du chagrin et de la colère ne l'avaient relancé. •• Michelet, Histoire de France (Louis XI et Charles le Téméraire), t. VI, p. 402.

(3) LEslal de la maison du duc Charles de Bourgogne dicl le Hardy, composé par messire Olivier de la Marche, l'an 1474,

222 Li:S MOHTS MYSTÉHIIÙLSKS

Sans doute la crainte de la mort devait-elle entrer pour quelque chose dans ce souci constant de sa santé. Et cependant, on nous le dépeint brave jusqu'à la témérité. 11 se lançait sans réflexion dans les entreprises les plus hasardeuses, mais il était également prompt à les abandonner : encore nn signe de mobilité mentale, qu'un psychiatre ne saurait manquer de noter. '

La manière dont fut tué Charles le Téméraire à la bataille de Nancy est assez généralement ignorée ; au récit emprunté aux Curiosités historiques (1), que nous avons publié dans la première édition de cet ouvrage, nous croyons devoir substituer, parce qu'il présente plus d'exactitude et de précision, celui qu'a donné le docteur Revillet (de Cannes), dans la Chronique médicale, du 1" octobre 1908, p. 633 et suivantes. Cette relation, peu connue, croyons-nous, a le mérite de nous révéler les véritables causes de la défaite et de la mort du duc de Bourgogne ; nous y renvoyons nos lecteurs.

fournit les plus curieux détails sur les médecins et chirurgiens de la cour de Bourgogne à cette époque. (Cf. !\'otes el documents pour servir à l'histoire de la médecine en Franche- Comté, par Bernard Prost, pp. 43 et suiv.) (1) Paris, Paulin et Lechevalier (1855), p. 334.

CHARLES VllI

Mort, le 7 avril 1498, à la suite d'uu traumalisme crânien.

Le second mariage de Louis XI avec Charlotte de Savoie ne fut pas stérile, comme l'avait été sa première union avec la fille de Jacques P'" d'Ecosse.

Louis XI s'était marié ou plutôt accordé (le ik février l/iôl) avec la fille du duc de Savoie, Louis II; le mariage ne fut, semble-t-il, consommé que six ans ans après (1).

En l/i58, naissait un premier enfant, Louis, mort en bas âge, et dont plusieurs historiens ont même nié l'existence. Un second enfant, Joachim, qui ne vécut pas, le suivit de près. Vint ensuite CharleSy qui devait succéder à son père sous le nom de Charles VIII [2).

(1) Peignot, op. cit., p. 137.

(2) Postérieurement à Charles, vinrent, successivement, au monde : Louise, née en 1461, morte en bas âge ; Anne de France, née en 1462, mariée au sieur de Beaujeu Qn 1474, dont elle eut

224 Il-S MORTS MYSTERIKUSES

Charles naquit au château d'Amboise, le 30 juin 1,470. Certains ont prétendu qu'il était un enfant supposé : on est même allé jusqu'à indiquer son origine, et on lui attribue pour père véritable un boulanger. Louis XI aurait, en ce cas, joué de malheur, puisqu(! l'enfant, dont il avait accepté d'être le père, fut tout aussi stérile que s'il eût appartenu réellement à la branche des Valois : le seul fait que Charles V[II est mort sans enfants viables (1) suffirait à laisser planer un doute sur la supposition d'enfant.

Quoi qu'il en soit, avec Charles VIII s'éteindra la maison royale de Valois, u après avoir passé par la folie, les névropathies, les crimes, les débauches, l'imbécillité, les vices de conformation et enfin la mort prématurée et la stérilité (2)»; et la couronne de France passera à la branche cadette des Valois, la branche des Valois-Orléans, issue de Louis d'Orléans, fils de Charles V et frère de Charles VL

un fils, mort en bas âge, et une fille ; elle-même mourut le 14 novembre 1522 ; Jeanne de France, née en 1464, dite Jeanne la boiteuse, mariée à Louis, duc d'Orléans (depuis Louis XII), qui fit annuler son mariage le 22 décembre 1498 : elle mourut à Bourges le 10 janvier 1504 ; François, duc de Berri, né en 1472, mort à l'âge d'un an.

(1) « Si Charles VIII, prince délicat, et successeur de Louis XL mourut, et subitement, au dire de Brantôme, ce fut pour avoir aimé les femmes plus que ne lui perraettoit sa complexion. Cependant il n'eut point d'enfants naturels.» Cf Méni.hist. et secrets concernant les amours des rois de France, p. 40.

(2) Jacoby, op. c//., p. 393.

(Recueil de prières de la fin du xv siècle : manuscrit latin, 1190. Bibliothèque nationale.)

Guichardin (1), noble Florentin, ambassadeur des papes Léon X et Clément Vil, qui s'est, il est vrai, montré dans toutes les circonstances l'implacable ennemi des Français^ a tracé ce portrait de Charles YIII:

Il est certain que le Roy Charles, dès son enfance, fut de complexion fort délicate, et de corps malsain, de petite stature (2) et de visage (si tu luy eusses osté la vigueur et dignité des yeux) fort laid, ayant les autres membres proportionnez, en sorte qu'il ressembloit plustot à un monstre qu'à un homme.

Sans nous arrêter à ce que ce jugement a d'exagéré, retenons-en seulement cette indication : que le roi Charles était d'un tempérament débile, demandant de grands ménagements..

S'il faut en croire cette mauvaise langue de Brantôme, il ne fut pas toujours raisonnable, et malgré la laideur que lui prête le chroniqueur Florentin dont nous venons de reproduire le texte, il acquit une réputation de coureur de guilledou, qui n'est peut-ôtre pas, hâtons-nous de le dire, tout à fait méritée. Brantôme n'hésite pas à afQrmer que le roi mourut « pour

(1) Histoire des guerres d'Italie, composée par M. François Guichardin, gentiltionime florentin, et traduite d'italien en français par H. Cfiousedey, Parisien. Nouvelle édition diligemment reveue, et corrigée, à laquelle ont esté adjouslées les Observations politiques, militaires et morales du sieur de La Noue, etc., etc., 1593, in-8 ; citée par Le Roux de Lincy, Vie de la Reine Anne de Bretagne, t. I, pp. 95-97.

(2) C'était, dit CoMiNF.8, « un petit homme de corps ».

ayraer trop les dames et s'y être par trop adonné en sa débile complexion et faible habitude (1) ». Un peu plus loin, il prétend qu'on attribua la mort du roi à une apoplexie et même qu'on parla de poison (*2).

Reportons-nous, pour en décider, au récit de cette mort, tel que l'a résumé le biographe d'Anne de Bretagne (3), d'après les relations contemporaines. Nous verrons ensuite à l'interpréter.

Le samedi 7 avril, veille de Pâques fleuries, la cour se trouvait au château d'Amboise, vers deux heures après midi. Charles VIII quitta la chambre de la reine, et se dirigea avec elle vers les fossés du château pour assister à une partie de paume qui y était engagée; il fallait traverser une petite galerie qu'on appelait Galerie llacqiielcbac, du nom d'un des anciens gardiens ; c'était le plus sale endroit du château car chacun y venait sans se gêner.

En y entrant, Charles VIII, malgré sa petite taille, ne hciirla nideinenl le front à la porte; il continua pourtant son chemin, resta quelque temps à regarder les joueurs, causant avec les uns et les autres. Au moment où il disait :

(1) Œuvres de Brantôme, éd. Lalanne, t. Il, pp. i523 et suiv.

(2) Branlùnie écrit : » L'on parla fort diversement du genre de la morl de ce grand roy. Aucuns le disoient mort d'un catarre ou apoplexie, à laquelle il ne pouvoit este subject vu sa complexion débille el son naturel point y adonné ; car il n'esloit gros, gras ny replet ; et le!» gens y sont subjects. Aucuns disoienl qu'il avoiteu le boucon Ilatiano, d'autant qu'il menaçoit fort l'Italie, et le craignoient. » T. IL p. 21 des Œuvres comptèles, in-H.

(3) Lk Rolx de LiNCY, op. cit., I, pp. 137 el suiv.

j'espère bien ne commellre aucun péché soil niorlel, soil véniel... il tomba pour ne plus se relever. l'étendu sur une mauvaise paillasse, qu'on jeta en hâte à l'entrée de cette galerie, il expira vers onze heures du soir (li, n'ayant pu dire que ce peu de mots, à trois reprises : Mon Dieu, Vierge Marie, Monseifjneur sninl Claude, Monseigneur ftainl Biaise me soient en aide !

Il était à peine âgé de vingt huit ans.

Les circonstances de ce récit ont été empruntées à Philippe de Comines (liv. 8, ch. XXV), qui les tenait de l'éx'^que d'Angers, confesseur du roi; mais le texte de riiistorien de Louis XI ne nous a pas été rendu dans son intégrité par Le Roux de Lincy : « Il marcha, dit Comines, quelque trois ou quatre pas en avant, puis il fut tout à coup atteint d'un catharre (?), qui lui tomba dans la gorge... Ce prince vesquit dans l'elTort de ce catharre environ neuf ou dix heures... »

Que signifie ici le mot de catarrhe ? S'agit-il d'une toux quinteuse ? Ou d'une expectoration provenant de la gorge ? Nous avouons notre impuissance à fournir une explication acceptable.

x^'oublions pas que Comines n'était pas sur le lieu de l'accident ; que sa version est de seconde main : cela seul doit nous mettre en défiance.

Ce qu'on ne saurait mettre en doute, c'est qu'il y

(1) A une heure du soir, dapiès une lettre de Louis XII à Isabelle, reine de Castille {Brilish Muséum, collection Egerton vol. 743, f» 8), citée dans le .Seizième siècle el les Valois, par le comte H. de la Febrièhe.

eut un traumatisme crânien, et qu'il a très bien pu en résulter soit une commotion cérébrale, soit même une fracture du crâne ; mais on n'a observé chez le roi, ni convulsions, ni paralysies, ni contractures, ni troubles de l'intelligence ou de la sensibilité. Il a eu, cependant, de l'aphasie transitoire.

Faudrait-il en conclure que le traumatisme ne peut en aucune façon être invoqué comme une des causes de la mort de Charles VIII et qu'il n'y a eu là qu'une coïncidence ? Alors nous serions ramené à l'hypothèse de ï apoplexie — ou à celle de V empoisonnement.

Cette dernière version a rencontré, nous devons le dire, quelques partisans. Paul de Musset, qui avait fouillé, lors de son voyage en Italie, les archives de Venise, a publié jadis (dans le National, en 1848), un article qui produisit, à son apparition, une sensation marquée : l'auteur y reproduisait un certain nombre de documents, qui inculpaient nettement le Sénat de Venise d'avoir fait empoisonner Charles VIII (1). Déjà, dans ses Annales et Histoire de France, Belleforest avait rapporté qu'on disait, mais sans preuves, que Charles VIII avait été empoisonné en fleurant une pomme d'orange.

(1) V. un document relatif à une proposition faite, par des proscrits vénitiens, au conseil des Dix, d'assassiner Charles VIII, dans C. de Cherrier, Hisl. de Charles VIIL roi de France (2' édition), t. II (Paris, 1870), pp. 492-493.

CHAULES Vm 231

C'est une tendance trop générale qu'ont la 'plupart deshistoriens, j'entends ceux qui mêlent trop complaisamment le roman ou la légende à l'histoire, de; faire intervenir la puissance mystérieuse et occulte du poison, quand la solution leur paraît trop « bourgeoise ».

Dans le cas de Charles VIII, il semble que l'ébranlement nerveux, qui a dû résulter du choc de la tcte contre le corps étranger (I), chez un homme déjà usé par les plaisirs, et qu'on nous représente de tempérament faible, a pu suffire à provoquer la mort.

Nous nous en tenons à cette conjecture, que de nouveaux et démonstratifs documents pourraient, seuls, infirmer.

(1) La porte, contre laquelle Charles VIII se heurta le front, existe encore au ch/Ueau d'Amboise. Elle est au bout de la terrasse. Le haut est cintré et un peu surbaissé. Au-dessus on a sculpté le porc-épic, (|ui est, comme on le sait, l'âme de la devise du roi Louis .XII. Le sol a été baissé, depuis, de cinquante centimètres (Le Roux de Lincy, loc. cil.].

LOUJS Xll

Mort, le ['^'janvier 151o, de la goiille.

Les quatre enfants qui naquirent de l'union de Charles VIII avec Anne de Bretagne, union contractée en l/i91 (6 décenbre), succombèrent en bas âge.

Au mois d'août lIOô, Charles VIII, alors à Turin, recevait une lettre l'informant que la petite vérole régnait à Amboise, et qu'on attendait ses instructions. Le roi s'empressa de* donner l'ordre d'assembler plusieurs médecins, afin de savoir si le Dauphin courait quelque danger. Olivier Laurens, Bernard Chaussade, Jean Michel et autres « physiciens » se réunirent. Le résultat de la consultation fut qu'il y avait eu des cas de petite vérole à Amboise, mais qu'elles tiraient à leur fin ; au surplus, des ordres avaient été donnés pour empêcher les gens de la ville de communiquer avec le château. Les archiatres estimèrent qu'il n'était pas nécessaire que l'en-

LOUIS XII, A>>E DE BllHTAGNE ET CLAUDE DE FRANCL

Oibliothèque nationale, manuscrits français 225, f' 165.)

fant changeât de résidence. Anne de Bretagne dépêcha au roi un courrier rassurant.

Les nouvelles devenaient bientôt plus alarmantes et le 6 décembre, le dauphin succombait, à peine âgé de h ans (il était né le 10 octobre 1/|92).

Chacune des trois années qui suivirent la mort du jeune dauphin, Anne de Bretagne mit au monde un enfant.

Le premier fut un lïls, nommé Charles : il naquit le 8 septembre l/i96 et mourut le 2 ouïe 3 octobre suivant ; le second fut encore un fils, nommé François, né en l/i97, mort peu de jours après sa naissance ; le troisième fut une fille, née en lZi98, qui s'appela, comme sa mère, Anne : elle ne vécut pas (1).

Anne de Bretagne ne fut pas plus heureuse avec

(1) n En vain la pauvre mère prenail-elle toutes sortes de précautions pour assurer la vie de ces frêles créatures que la mort lui arrachait si vile : elle appelait, de son pays ou des environs, les femmes des officiers de sa maison, ou de celle du roi, pour lui servir de nourrices ; les croyances superstitieuses de sa Bretagne lui revenaient à l'esprit : elle avait un coffret rempli d'amulettes ; elle en tirait pour les donner à la nourrice, avec un chapelet de cassidoine et jaspe, un écu de Guyenne enveloppé dans du papier, un morceau de cire noire renfermé dans une bourse de drap d'or, six langues de serpent : une grande, deux moyennes, trois petites ; le sort fatal qui poursuivait la reine ne put être conjuré. L'opinion singulière que ces naissances funestes résultaient de l'illégalité du mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne courut le monde, et l'impitoyable Commynes eut soin de la l'épéter. « Le Roux de Lincy, op. cil., t. I, pp. 134-135.

236 LES MOnrS MYSTERIEUSES

son second mari. Elle eut avec Louis XI Ile même nombre d'enfants qu'avec Charles VIII : deux fils, dont riiistoire n'a pas conservé les noms, et deux filles. Les filles seules ont vécu. L'aînée, Claude de France (1), née le i5 octobre 1/i99, épousa François

(1) Ce fut pendant la première expédition du roi, quelques jours après son entrée à Milan, qu'Anne de Bretagne donna le jour, au château de Blois, à cette fille. Lannée lô07, elle eut de vives inquiétudes au sujet de cette enfant : celle-ci fut prise, au mois d'avril, d'une « fièvre continue », que les médecins s'empressèrent de déclarer inguérissable. Claude avait alors un peu plus de sept ans ; elle revint à la santé, malgré les fàcheu.\ pronostics des médecins ; aussi la reine les chassat-elle hors de sa présence et défendit-elle qu'ils approchassent de son enfant. Obligée de quitter Blois et de se rendre à Grenoble au-devant du roi, qui revenait d'Italie après avoir puni la révolte de Gènes, elle avait défendu à la dame de Tournon, gouvernante de la petite princesse, de laisser venir aucun médecin : « Ma commère, lui écrivait-elle de Grenoble, à la date du 11 juin, j'ay reçu vos lettres et les bonnes nouvelles de ma petite fille dont je suis bien ayse : faites m'en toujours savoir... Elle n'a que faire des médecins et vous en donneztoujours garde comme avez fait jusqu'ici. » Elle semble, toutefois, avoir fait une exception honorable en faveur de maître Honorât Picquet, médecin du Roi (Louis XII), qui avait sauvé la jeune héritière du duché de Bretagne, en dépit des préventions de sa mère contre la science des phj-siciens ; aussi celleci accorda-t-elle, dans l'élan de sa gratitude, des honoraires très élevés à ce praticien : trois cents écus d'or couronne, valant 525 livres tournois, « en souvenance de plusieurs services qu'il a faiz tant à ftous que à nostre chère et amée fille durant sa dernière maladie. » Ce « mandement « d'Anne de Bretagne est daté du 22 janvier 1508 (anc, style).

AN>E VE BUETAGNE

(École française, coUeclion privée.)

d'Angoulême, devenu roi SOUS le nom de François I*"" ; la seconde, Renée de France (1 527) , naquit à Blois (1 ) , le 25 octobre 1510; elle épousa le duc de Ferrare (2),

Le premier fils, issu du mariage de Louis XII avec la reine Anne, vint au monde le 21 janvier 1503, après le voyage que fit Anne de Bretagne dans le Dauphiné et à Lyon, mais il mourut en naissant ; le même sort était réservé au second, qui vint au monde le 21 janvier 1512 (3).

De nombreux portraits, en buste ou en pied, de nombreuses médailles nous permettent de juger du physique (ÏAnne de Bretagne.

Elle était d'une taille moyenne (sa taille estoist belle et médiocre, dit Brantôme) ; elle avait de la noblesse dans la démarche, et essayait de pallier de son mieux une difformité qui la déparait sensiblement : elle avait un pied plus court que l'autre, et on s'en apercevait, quelque artifice dont elle usât pour le cacher [h).

(1) L'enfant fut nommée Renée, en l'honneur de saint René d'Angers, aux reliques duquel le roi et la reine avaient fait plusieurs pèlerinages pour obtenir « lignée », car le bienheureux évéque était continuellement invoqué par les femmes stériles (Le Seizième Siècle, par Paul Lacroix, t. IV, p. 230).

(2) Elle mourut à Montargis, le 12 juin 1575.

(3) Le Roux de LmcY, loc. cil.

(4) Voici le portrait que traçait de la reine Anne, un diplomate du seizième siècle : « La Reine a dix-sept ans ; elle aussi

210 LES UOhTÈ MYSTÉRIEUSES

La reine Anne fut souvent visitée par la maladie (1). Outre qu'elle eut des couches très laborieuses, elle fut atteinte, dans le courant du mois de mars de l'année 151 1, d'une aiïection fébrile, longue et douloureuse, qui la mit en péril de mort. Le mois suivant, elle entrait en convalescence (2).

Dans les dernières années de sa vie, elle souffrit d'un mal très incommode, la gravelle. A l'époque, cette affection était peu connue, et la malheureuse reine ne reçut pas les soins que comportait son état. Le 2 janvier iôl^i, étant au château de Blois, elle eut une attaque plus violente que les autres, très probablement une attaque de colique hépatique, et sept jours plus tard, le 9 janvier, environ sur les six heures du matin, elle succombait, les uns disent dans les plus terribles souiîrances ; les autres,

est maigre de sa personne, boiteuse d'un pied et d'une façon sensible, bien qu'elle s'aide de chaussures à talons élevés {zaccoli), hrunelle et fort jolie de visage, et, pour son âge, fort rusée ; de sorte que ce qu'elle s'est une fois mis dans l'esprit^ elle le veut obtenir de toutes manières, qu'il faille rire ou pleurer pour cela. Elle est jalouse et désireuse de Sa Majesté outre mesure, si bien que depuis qu'elle est sa femme, il s'est passé peu de nuits qu'elle n'ait dormi avec le Roi, et en cela elle s'est aussi très bien conduite, puisqu'elle est grosse de huit mois... » Cf. A. Baschet, les Princes de l'Europe au seizième siècle, p. 32G.

(1) Anne de Bretagne avait été, dit-on, mallrailée par les sagesfemmes et elle était restée depuis, maladive.

(2) Le Glav, Négocialions entre la France et l' Autriche, t. I.

LOriS Ml 241

au contraire, soutiennent qu' « elle était morte en pleine santé, que les médecins s'étaient trompés et qu'on devrait les tous chasser (1) ».

Anne de Bretagne était morte le lundi 9 février ; son corps resta dans sa chambre jusqu'au samedi suivant. Les chirurgiens et apothicaires eurent le temps de procéder à l'embaumement du corps et d'en extraire le cœur, qui fut enfermé dans une boite d'or, en exécution de la dernière volonté de la mourante ; elle avait expressément recommandé que la meilleure partie d'elle-même fût inhumée à Nantes, chez ses Bretons qu'elle avait tant aimés (2).

Louis XI 1 donna plusieurs témoignages de la douleur qu'il ressentit de la mort de son épouse. Néanmoins, neuf mois, jour pour jour, après la mort de la reine-duchesse, le 9 octobre (15L4), il contractait sa troisième union avec Marie d'Angleterre, sœur du roi Henri VI II : en premières noces, il avait épousé Jeanne de France ; il avait fait annuler

(1) Le Roux de Lincy, op. cit., II, 199.

(2) Le cœur de la reine Anne fut porté en grande pompe dans l'église du couvent des Carmes, à Nantes, où se trouvait déjà le tombeau de François II, père de la reine. Le 17 février 1792, le mausolée de François II fut mutilé et la boite en plomb, contenant le cœur de la reine Anne, brisée ; le cœur d'or fut porté au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale ; mais, en 1817, sur la demande du Conseil municipal de Nantes, la précieuse relique fut restituée à cette ville. (Le Roux de LiNCY, op. cit.. II, pp. 225-226.)

le

242 LES MOKTS MYSTÉRIEUSES

son mariage par le pape Alexandre VI (1^98).

Louis Xll était âgé de cinquante-trois ans, quand il épousa Marie d'Angleterre, beaucoup plus jeune que lui. Aussi Brantôme a-t-il pu écrire que la « belle Marie d'Angleterre fut cause de sa mort (de la mort de Louis Xll), pour Vembrasser trop souvent (1) ».

Pour parler un langage plus sérieux, Louis Xll était goutteux (2) (la goutte, il est vrai, est souvent le résultat des plaisirs défendus), et il est vraisemblable que c'est une attaque de goutte, ou une complication de cette maladie, qui mit fin aux jours de ce prince (3).

(1) Brantôme, Œuvres, t. III, p. 243 ; cî. Études sur François /", par Paulin Paris (Paris, 1885), t. I, ch. III.

(2) « Le Sénat, dans une lettre à l'ambassadeur de Rome, 15 octobre (1512), lui raconte l'ouverture de négociations amicales entre Antonio Justiniani, et le roi Louis XII... Le Roi est à Blois, en son château ; messer Antonio Justiniani, docteur, d'abord prisonnier des Français, est mis en rapport à Milan avec le seigneur Jean-Jacques Trivulce, qu'il avait ensuite retrouvé à Lyon, arrive à Blois le dernier jour d'août : le Roi souffrait de la goulle. »Bascheï (A.), op. cit., pp. 366-371.

(3) « Les malheurs publics ou privés, qui avaient accablé coup sur coup Louis XII, influèrent sur son tempérament affaibli et altéré par un flux de sang qui l'incommodait tous les trois jours... Sa situation était si alarmante que ses médecins pensèrent que de lui fût fait ; néanmoins, il continuait de se montrer de loin, les yeux creux, le teint jaune et plombé, le dos voûté et les jambes chancelantes... Il ne quittait sa chambre que pour se traîner sur. une terrasse, dès qu'un rayon

LOUIS XII 2i3

PIÈGES JUSTIFICATIVES

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