LE ROI HENRI 11° A M. DE HUMYERES
De Montréal, le 16 septembre 1549.
Mon cousin, j'ai receu deux lettres de vous, les dernières du 11^ de ce mois, par lesquelles j'ay veu comme mon filzle Dauphin se trouvoit mal d'un flux de ventre, procédé, aiusy que disent les médecins, des humeurs cuittes et accumullées dedans son corps, pour ne se moucher poinl la pluspari du lemps. A quoy, pour l'advenir, il faut bien que vous pourvoyez, l'admonestant par doulceur de se moucher, et luy mettant en avant cestc malladie qui par faulte de celuy est advenue : et là où pour cela il n'en feroit rien, vous l'y contraindrez, car il seroit bien difficile que autrement il feust jamais sain. Vous avez très bien faict d'envoyer que. rir Aquaquia et Fernel — et suis très aise de ce qu'ils n'ont encores trouvé aucun danger en sa malladie, et aussy de ce
(1) Le Cabinet historique, loc. cil.
que mon filz d'Orléans et mes filles sont en bonne santé ; vous asseurant bien, mon cousin, que ne me scauriez faire plus agréable plaisir et service que de m'advertir souvent de leurs nouvelles.
Hemîy.
Et plus bas :
Clausse,
{Leitres et mémoires du rèijne de Henri II, Mss. Eycrlon, '1 et 3.)
Mort, le 30 mai 1374, de broncho-pleuro-pneumonie ■ tuberculeuse.
Charles IX avait 10 ans quand il monta sur le trône (1). Un historien rapporte que, dans l'oraison funèbre qu'un frère prèclieur prononça devant le cercueil de ce roi, on trouve ce suggestif détail : qu'au moment de son sacre, le jeune prince versa d'abondantes larmes, parce qu'il avait de la peine à supporter les ornements royaux, trop lourds pour ses faibles épaules (2). Ce n'est pas tout à fait en
(1) Charles-Maximilien, fils de Henri II et de Catherine de Médicis, est né à Saint-Gerraain-en-Laye le 27 juin 1550, à 5 heures un quart du matin. Il fut duc d'Angoulème, d'abord ; ensuite, duc d'Orléans à la mort de son père Henri H. (V. dans le Journal de l'Esloile, t. V, p. 287, comment la reine-mère s'empara de la régence, qui devait revenir à Antoine de Bourbon, roi de Navarre, en lui présentant l'une des filles de sa Cour n par laquelle il se laissa captiver au lieu de veiller à ses intértMs ...)
2) Beiîthevin, op. cil., p. 77, n.
?A2 LES MORTS MySTERli:USES
accord avec ce que d'autres disent de Tônergie, de la résolution et de la volonté ferme du roi-enfant, qui aurait répondu à sa mère, le jour du sacre, lorsqu'elle lui avait demandé si toutes ces cérémonies ne le fatiguaient point : « Je ne relîuseray jamais, Madame, une telle peine, et me sera très doux, toutes et quantes fois qu'un tel royaume se présentera k moi (1 ) ».
La connaissance de l'éducation de Charles IX nous permettra de comprendre certains traits de son caractère futur.
Il s'annonça de bonne heure tel qu'il devait être plus tard : coléreux, irrésolu, jaloux, cruel avec volupté.
Les ambassadeurs vénitiens, accrédités à la Cour de France, en font, au début de sa minorité, le portrait suivant (2) :
Sa figure est belle, il a surtout de très beaux yeux, tout à fait ceux de son père. Il n'est pas robuste, il mange et boit peu ; il demande à être ménagé. Les exercices violents lui plaisent, il s'y fatigue et y perd toute sa respiralion...
Il se montre adroit à tous les sports, habile à tous les métiers. Il danse, joue à la paume, dresse des chevaux, mène à volonté le carrosse ou le cha-
(1) Brantôme, Œuvres cemplèles, éd. Lalanne ; Paris, 1864.
(2) Baschet, loc. cit.
(Par Clouet : Musée du Loui<ie.)
CHARLES IX ;{ir>
riot. 11 connaît parfaitement le métier d'armurier. aussi bien que celui de canonnier (1),
Artiste, musicien (2), il s'occupe en outre, de peinture, de ciselure, et lit beaucoup. Mais le jeu des armes l'emporte et l'exercice des chevaux, et le tumulte des chasses. La fougue qu'il montre ù courre le cerf, est d'autant plus surprenante, qu'à le voir on n'imaginerait pas en lui une telle fièvre ni une telle ardeur.
Il veut à tout prix la fatigue ; il reste à cheval douze ou quatorze heures consécutives ; il va, chassant et courant à travers bois la même bête jusqu'à des deux et trois jours, ne s'arrctant que pour manger, ne se reposant qu'un instant dans la nuit. Aussi a-t-il des mains calleuses, rugueuses, pleines de coupures et d'ampoules.
« Lorsque Sa Majesté mourut, dit l'ambassadeur italien Gavalli, il ne lui manquait plus qu'un mois pour avoir accompli sa vingt-quatrième année ; si
(1) CiMBER et Danjou, Archives curieuses de r Histoire de France, l'" série, t. VIII, pp. 341 et suiv.
(2) « Entre toutes les sciences, il s'attacha d'affection à celle (lue le Roi son père chérissoit davantage, je veux dire la musique, en faveur de laquelle il fit estime de bons chantres, et entre tous d'un chastré nommé Leroy, lequel non seulement il ne se contentoit pas d'entendre, mais luy-mesme se mesloit dans le chœur des musiciens, pour chanter sa partie ; il leur donnoit, outre leurs gages, des bénéfices de grand revenu, et sçavoit bon gré à ceux de ce mestier qui se faisoient valoir. » CiMBER et Danjou, toc. cil.
310 LRS MORTS MYSTERIEUSES
elle n'eut point détruit sa complexion par les exercices d'une violence inouïe auxquels elle se livrait, peutêtre eût-elle vécu davantage.
C'est une chose à ne point croire, que les insupportables fatigues qu'elle prenait à la chasse (1), et
(1) « Dès sa jeunesse il s'adonna si fort à la chasse, qu'on peut dire qu'il estoit fol de ce pénible exercice, qui le rcndoit errant nuit et jour dans les forests, jusques à perdre le boire et le manger, aussi bien que le repos du sommeil, pour satisfaire sa passion. On voit un livre qu'il composa des armes et des engins nécessaires à la vénerie, comme aussi des moyens de prendre les bestes et de les forcer dans leurs retraites, lequel il donna à traduire en latin à un sçavant de la Cour... » Avec une sorte de rage il s'attaquait aux sangliers de la forêt de Fontainebleau, seul à pied et l'épieu à la main. Une fois, entre autres, il faillit être victime de son imprudent courage ; un moment même, on crut qu'il avait été mortellement blessé et le bruit en arriva jusqu'à l'armée qui assiégeait la Rochelle. Catherine de Médicis, pour dissiper ces craintes, écrivit de sa main au duc d'Anjou :
« Mon filz, j'ay été d'advis de vous envoyer ce courrier pour autant que l'on fera croyre que le roy vostre frère seroit fort blessé, mais. Dieu mersy, ce n'est pas guères; il est vray qu'il a eschappé ung grand coup, car il s'est mis en opinion de tuer le sanglier à pied, à coup d'espieu, et ilz n'y estoient pas beaucoup, et estant Brion et Fontaine et luy, à pied, voullant enferrer le sanglier, il y a retourné son mesme espieu sur le pié et luy a coupé auprès du gros orteil, mais il n'y touche point au nerf, mais seulement quelques tendons, et affln que l'on ne vous fasse pas le mal plus grant, je vous en ay voullu advertir incontinent, car je l'ai veu penser et sa blessure n'est pas plus longue que ceste raye. Il estau lit, j'espère que dans cinq ou six jours, il sera aussi gaillard qu'il fust jamais. Je prye à Dieu qu'il vous garde de plus grande blessure. Envoyez
quand elle n'y pouvait aller — c'était d'ailleurs bien rare — elle s'adonnait aux armes, à la paume. Bien plus, ce roi poussait la recherche des exercices violents jusqu'à battre une enclume trois ou quatre heures durant, usant d'un marteau énorme, forgeant un corps de cuirasse ou toute autre arme solide, et rien ne le rendait plus glorieux que de lasser ses rivaux. Lorsque l'un d'eux renonçait à la lutte, Sa Majesté ressentait à cette défaite un plaisir merveilleux. ))
Dans les derniers temps de sa vie, Charles IX s'occupait d'écrire un livre sur la chasse au cerf, chasse où il avait acquis une très grande expérience. On parlait beaucoup entre gentilshommes de cet ouvrage ; l'ambassadeur Cavalli n'omet pas de le mentionner dans sa relation.
Je ne veux pas omettre comme détail que la chasse étant soQ amusement favori, il avait composé un livre qui en traitait et qui, d'après ce que j'ai su, était tel qu'on ne pouvait voir chose plus parfaite en celte matière.
quelqu'un de vostre part le visiler. Il en sera bien ayse. •< Le 2:i mars suivant (1573), C/iar/es /A' écrivait de Fontainebleau au duc d'Anjou : « Je commence à me guérir de ma petite blessure, j'espère lestre bientost du tout. Je garde le lit de peur de la délliixion et vous asseure ma playe n'avoir esté que la moitié de celle que j'ay eue au bras. » Bibliolh. impér. de Sainl-Pélersbourg, vol. 20, p. 84, cité par le comte Hector de la FERRif:RE, les Chasses de François I<='', pp. 84-85.
Le Livre chi Roi Charles (1) nous autorise à dire que Charles IX était plutôt chasseur que Roi (2).
Si nous avons insisté sur ce goût de Charles IX pour la chasse, c'est qu'il dénote, selon nous, des instincts de cruauté, qui avec l'âge ne feront que se développer.
Ce continuel acharnement après les bestes, écrit un chroniqueur (3), le rendit sanguinaire, mais contre les seuls animaux ; car on ne remarque point qui! ait jamais tué personne de sa propre main, mais bien qu'il couppa le col en présence de ceux de sa suite à quelques asnes qu'il rencontra en son chemin; encore les payoit à ceux auxquels ils appartenoient. 11 tuoit aussi des pourceaux, et sans épargner ses mains dans leur sang, leur arrachoit les entrailles, et les habilloit avec autant d'adresse qu'auroit fait un garçon charcutier. T"n jour qu'il voulut aussi luer le muletdu sieur de Lanssac, l'un de ses plus grands favorys : « Quel différend, Roy très chrétien, luy dit-il, peut estre survenu entre vous et mon muleti»
On voit se silhouetter le sinistre et falot person-
(1) M. Henri Chevreul a publié naguère l'intéressant Livre du Roi Charles, d'après le manuscrit de la Bibliothèque de l'Institut. Cette édition a été fort soignée, tant au point de vue littéraire qu'au point de vue typographique (Paris, chez Auguste Aubry, 1859. Imprimerie Bonavenlure et Ducessois).
(2) Le Roi n'a pas fini cette étude singulière, il n'a pu composer que vingt-neuf chapitres ; son livre a été interrompu par cette maladie si violente qui, déclarée le 20 mai 1574, en peu de jours lui ôta la vie.
(3) CiMCER et Danjou, loc. cil.
nap^e qui présidera aux massacres de la Saint-Barthélémy ; le cerveau faible et insensé, qui laissera, tout au moins, se consommer le monstrueux attentat, sans rien faire pour Tempêcher. Encore, s'il faut en croire un de ses contemporains, aurait-il eu un rôle plus actif qu'on ne l'a dit dans cette tragédie (1) : ne prit-il pas une grande arquebuse de chasse pour tirer « tout plein de coups » sur les mécréants ? Et incessamment criait : « Tuez ! tuez ! (2) » N'alla-t-il pas repaître ses yeux du spectacle des débris sanglants de ceux qu'on avait, par ses ordres, exterminés ? N'insulta-t-il pas, avec un air d'odieuse forfanterie, aux restes de l'amiral Coligny ? Mais tout cela, c'est de l'histoire connue.
Un de ceux qui observèrent le jeune roi en 156/i, l'ambassadeur Marc-Antonio Barbaro, fait cette observation, que « son teint tourne au pâle, son corps
(1) Charles IX fil vendre jusqu'aux châsses et aux reliquaires pour subvenir aux frais des guerres de religion qui ensanglantaient le pays. (Lettre de Charles JX au gouverneur de la Normandie, in Leber, Apprécialion de la fortune privée au moyen âge, 2' édition, p. 28.)
(2) Brantôme, op. cit. En revoyant les bonnes feuilles de notre volume, M. F. Chambon, bibliothécaire à la Sorbonne, nous fait observer qu'il a été établi, par diverses communications à l'Intermédiaire des chercheurs, et par Edouard Fournier, dans son livre sur l'Esprit dans l'Histoire, que la part active qu'aurait prise Charles IX à la Saint-Barlhélemy, en « giboyant aux passants, » n'est qu'une légende. Dont acte.
est bien pris, quoique maigre un peu trop. Ses jambes sont grêles et sans proportion avec le reste du corps ; il marche un peu courbé et sa pâleur est extrême. Il ne boit que de l'eau (1), et cependant le foie est malade et très attaqué, »
f/ambassadeur ajoute ce trait, qu'il convient de relever :
Le Roi avait coutume de dire que jusqu'à l'âge de vingtcinq ans il voulait faire le fou, c'est à-dire ne penser qulà son bon temps ("2).
Cependant, cet être à moitié sauvage s'humanisa un jour : il aima Marie Touchpt (3), fille d'un apothicaire d'Orléans, qui « étoit fort belle et de bonne grâce » et de laquelle il eut deux enfants naturels (/j).
On dit qu'ayant vu le portrait de la reine Elisabeth, nouvellement arrivée en France, il dit en riant :
(1) « Il ne mangeoit qu'autant qu'il en avoit besoin pour se fortifier, et dans son enfance il heuvoit son vin pur, jusques à ce que, croyant que cela nuisit à sa santé, il se contenta d'eau ou d'hypocras,' composé d'eau, de sucre et de cannelle; il dormoit peu, et bien souvent csloit levé devant minuit; il aimait les chiens et les chevaux, et esloit toujours en action... » Cim- BER et Danjou, loc. cil.
(2) Baschet, op. cil.
(3) Marie Touchet épousa en hlTS, François de Balzac d'Entraigues, et en eut deux filles, dont l'une fut la célèbre marquise de Verneuil, maîtresse de Henri IV.
(4) Un enfant mort en bas âge, et Charles de Valois, qui fut successivement grand-prieur de France et duc d'Angouléme.
(( cette Allemande-là ne me fait point mal à la teste. » Le roi étant allé la voir, dans un intervalle de sa longue maladie, le bruit courut aussitôt que, pour n'avoir pas été « en estât de l'approcher, ou pour avoir fait quelques excez, » sa maladie empira, et que cette visite hâta sa fin(l).
Jusqu'en 1573, sa santé s'était maintenue relativement en bon état. 0-a parle seulement d'une saignée que lui fit le médecin Portai, saignée qui fut suivie d'une syncope, dont les archiatres furent fort eifrayés. Seul, Paré conserva son sang-froid en la circonstance ; c'est même à cette cure qu'on attribue généralement l'affection du roi pour son chirurgien. Mais, pour Brantôme, l'origine de cet attachement serait autre. Le malicieux conteur assure que le roi aurait été affecté du mal vénérien, pour lequel Paré le traitait encore au temps de la Saint-Barthélémy, et que c'est à cette circonstance que le médecin aurait dii son salut (2).
(^uoi qu'il en soit, il est certain que, sur l'esprit de Charles IX, la Saint-Barthélémy eut une répercussion manifeste. Son besoin d'activité devint plus grand ; sa physionomie prit un aspect singulier, qu'on ne lui avait pas encore connu.
(1) On Qt à ce sujet l'épitaphe suivante :
Pour aimer forl Diane et Cylhcrée au.^si, L'une et Vaulre m'ont mis en ce tombeau ici.
(2) V. aux Pièces justificatives la note A.
Les deux ambassadeurs qui l'observèrent de près et dont l'un, Sigismondo Cavalli, demeura à la Cour jusqu'à sa mort, survenue deux ans plus tard, ont rapporté sur lui ces impressions :
Ses regards sont devenus sombres. Dans ses entretiens et ses audiences, il ne regarde pas en face celui qui lui adresse la parole; il baisse la tête, ferme les yeux, puis il les ouvre tout à coup, et, comme s'il souffrait de ce mouvement, il les referme avec non moins de soudaineté. On craint que l'esprit de vengeance ne se soit emparé de lui; il n'était que sévère, on redoute qu'il ne devienne cruel (i).
On sait que, le soir et le lendemain du massacre, le roi manda Ambroise Paré : il se plaignait de fièvre et d'hallucinations.
Ambroise, dit-il, s'adressant à son médecin, je ne scay ce qui m'est survenu depuis deux ou trois jours, mais je me trouve l'esprit et le corps grandement esmeus, voire tout ainsi que si j'avois la fiebvre, me semblant à tout moment, aussi bien veillant que dormant, que les corps massacrez se présentent à moy, les faces hydeuses et couvertes de sang (2).
Dès ce moment, il se livre à des exercices de plus en plus violents, pour fuir le remords et chasser les horribles visions. Les fatigues ne tardent pas à
(1) Baschet, op. cil.
(2) Sully, Mémoires ou Œconnmies royales, etc. Amsterflam,
altérer profondément sa santé, et en 1573 commence la maladie à laquelle il succombera (1).
Il tomba malade au mois d'octobre 1573, lors du départ de Henry, son frère, pour le voyage de Pologne, d'une fièvre erratique qui le prit ensuite d'un mal de /;ou/mo/i jusqu'alors ignoré, laquelle tantosl se tournoit en quarte, lantost en continue, et ne le quittoit jamais que (Jean) Mazille, son premier médecin, ne le creut guéiy. Son mal s'augmenta de l'appréhension et de l'horreur qu il eut de deux conspirations qui se brassèrent contre lui pendant sa maladie (2).
Le mal évolua avec rapidité ; des hémoptysies (3), de la dyspnée survinrent. Le roi changea plusieurs fois de séjour, sans que se produisit l'amélioration qu'il espérait de ces déplacements, allant de Vitry à Saint-Germain, du faubourg Saint-Honoré à Vincenues.
Au mois de mai 157/i, survient une fièvre continue,
(1) V. aux Pièces jusli/icalives la note B.
(2) CiMBER, loc. cit.
(3) D'un document découvert par M. Baschet au Record office^ Slate papers, France, vol. LVII, nous extrayons ces quelques lignes : « Le Roy, par l'indisposition de sa personne et longueur de maladie, est réduit en telle maigreur et foiblesse qu'il n'a plus que la peau et les os, et les jambes et cuisses si amoindries et atténuées qu'il ne se peusl soutenir, mercredy dernier se trouva tant faillij de haleine et paroles à l'occasion du flux du sang par la bouche qu'on en attendoit plus la mort •{uc la vie, mais depuis sa saignée s'est mieux trouvé.... » A. Baschet, op. cit., p. 389.
qui bientôt se transforme en «tierce, quarte, puis erratique, avec frissons ».
Désespérant de guérir et, d'ailleurs, très mal soigné par SOS médecins, il se livre à des imprudences qui ne font qu'aggraver son état.
« Aulcuns ont voulu dire, écrit Brantôme, que, durant sa maladie, il s'échappa auprès de la reyne, sa femme, et il s'y eschauffa tant qu'il abrégea ses jours. » Sauvai (i) va plus loin ; il ne craint pas d'affirmer que ce n'est pas avec sa femme, mais avec sa propre sœur, la reine Margot, que le roi se serait « échauffé ». Toujours est-il qu'il alla de mal en pis, et qu'une consultation fut provoquée. Les archiâtres ne se prononcèrent pas sur la nature de la maladie, ni sur le traitement qu'elle comportait.
Le vendredi 28 mai, le roi fit appeler son premier médecin et le conjura de le soulager, s'il ne pouvait le guérir. Celui-ci répondit qu'il n'y avait plus d'espoir que dans la Providence, ce qui ne l'engageait pas beaucoup.
Le 30 mai (157/i), jour de la Pentecôte, sur les trois heures de l'après-midi, Charles IX mourait au château de Vincennes, âgé de vingt-quatre ans moins vingt-huit jours.
Le lendemain son corps était ouvert (2), en présence des magistrats de Paris, et on n'y trouva rien qui put
(T, Cité par Dusolikiî, Ih. cil.
(2) V. aux Pièces justificatives la note D.
appuyer le fâcheux bruit (1) qu'on avait fait courir que son frère ou sa mère l'avait empoisonné (2).
Quelque incomplet que soit le procès-verbal d'autopsie, il résulte de sa lecture que Charles IX a succombé à une broncho-pleuro-pneumonie du poumon gauche(3); il eut à la fin une vomique purulente (4)
(1) Les mêmes bruits q^ui avaient couru à la mort de François II se renouvelèrent à la mort de Charles IX (de Tnou, Hisl.. liv. LVII, t. VII, pp. 23 et fiS; cf. Cl. Haton, p. 764). Bassompierrc rapporte, dans ses Mémoires, qu'ayant représenté au jeune Louis XIII, qui sonnait du cor, que cet exercice lui dessécherait les poumons et lui causerait la mort comme à Charles IX : « Bon, bon, répondit le roi, sachez que Charles IX n'est mort que pour avoir dîné chez Gondi, la créature de Catherine de Médicis, immédiatement après une querelle qu'il eut avec sa mère. » Mais Louis XIII parlait de ce qu'il n'avait pas vu.
(2) Le père Griffet [Traité des Preuves de l'Histoire, pp. 2t>l et suiv.) a justifié Catherine de cette absurde accusation. Son argumentation est si judicieuse que nous n'avons rien trouvé de mieux que de la reproduire, sans y rien ajouter. (V. aux Pièces justificatives, la note A de la p. 259 : Catherine de Médicis réhabilitée.)
(3) Peu de jours après la mort du roi, Catherine de Médicis écrivait à M. de Matignon les détails suivants : « La maladye du feu Roy monsieur mon fils a esté une grosse fièvre continue causée d'une inflammation de polmons que l'on estime Juy estre procédée des vioUens exercices qu'il a faictz, et ayant été ouvert après sa mort, on a trouvé toutes les aultres parties de son corps aussi seines et entières que se puisse veoir en homme bien composé, et est à présupposer, que sans les dicts violions exercices qu'il a faictz, il estoit pour vivre fort longuement. « L'original existe dans le volume 8765 des manuscrits de Béthunc, fol. 94.
(4) Dans le vray Discours des derniers propos mémorables du
qui, en se rompant, donna issue à une grande quantité de pus, envahit la trachée et produisit l'asphyxie.
On a depuis longtemps remarqué que la scrofule, nous dirions aujourd'hui la scrofulo-tuberculose (J), va souvent de pair avec l'idiotie, avec l'aliénation mentale. « Aliénés, idiots, scrofuleux, rachitiques, en vertu de leur commune origine, de certains caractères physiques et moraux, doivent être considérés comme les enfants d'une même famille, les rameaux divers d'un même tronc (2). »
L'aliéniste Esquirol a noté la fréquence de la phtisie chez les aliénés (3).
Si on a eu la patience de nous suivre jusqu'au bout, on doit avoir son opinion faite sur l'état mental du roi
feu roi Charles IX, publié l'année même de la mort du roi, nous avons relevé le passage suivant : « Survint audict seigneur appétit de boire ; ce qu'ayant faict, lui survint un grand vomissement de matière gluante, jaunaslre et fort noire : puis entra en un grand frisson. »
(1) Le diagnostic de tuberculose, chez Charles IX, est incontestable ; le confirment, outre le procès-verbal d'ouverture du corps l'ardeur sexuelle manifestée par le roi au plus fort de sa maladie, et aussi l'inconscience du danger imminent (V. aux Pièces justificatives la note C), si fréquente chez les tuberculeux. Pour le surplus, lire la remarquable consultation de MM. Brouardel et G. de la Tourette (note D aux Pièces justificalives).
(2) Moreau (de Tours), cité par Dusolier.
(3) Cf. Annales médico-psychologiques, 1851, III, p. 144 et 1850, II, 112.
Charles IX. Les hallucinations (1) qu'il éprouva sont un suffisant indice pour le médecin aliéniste. Elles prouvent l'existence, chez ce prince, d'un trouble mental grave, d'une psychopathie, déterminée peut-être par l'émotion, mais dont la cause véritable gît dans son organisation vicieuse et dans la dégénérescence de sa race ; il est mort dans un état de folie complète (2).
Rappelons, — autant de stigmates de dégénérescence ! — qu'il était hémophile (3); qu'il avait le cou de travers (contracture) et des mouvements convulsifs de la face; qu'il était voûté (4); sans compter ses cruautés, son inversion sexuelle, ses excentricités, etc.
(1) Il eut des hallucinations à plusieurs reprises. Sans parler de celles qu'il eut après le massacre, il eut aussi une vision peu de temps après son mariage. « Ainsy qu'il estoit à la chasse dans la forest de Lyon, près dt. Roane, très belle et plaisante, un feu s'apparut à lui de la hauteur d'une picque ; le roy sans s'estonner et fort asseuré met la main à l'épée, poursuit ce feu luy tout seul jusqu'à ce qu'il s'esvanouist. « Brantôme, loc. cil.
(2) Jacoby, op. cil.
(3) N'a-t-on pas dit qu'il avait eu des sueurs de sang ? Sur ce phénomène, plutôt rare, v. le savant travail de Parrot, dans la Gazelle hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1809, pp. 633 et suiv.
(4) Il estoit grand de taille, mais un peu voûté, avoit le visage pasle, les yeux jaunastres, bilieux et menaçans, le nez aquiiin, et le col un peu de travers. Il estoit naturellement impétueux, impatient, furieux dans sa colère, maigre et non trop crédule. » Cimber et Dan.jou, loc. cil.
:528 M:S morts MYSTlinuOUSES
Des cinq fils de Henri II, Charles IX fut le seul qui eut, outre un enfant mort en bas âge, un second bâtard, Charles de Valois, avec les deux enfants duquel s'éteint définitivement la race.
Des cinq filles de Fleuri II, deux meurent en bas âge ; Elisabeth a une postérité évidemment névroipaihïqiie; Marguerite, intelligente, mais débauchée et incestueuse, n'a que des bâtards, qui meurent tous en bas âge, sauf un, qui se fait capucin et meurt sans enfants.
Des deux bâtards d'Henri II, l'un meurt sans enfants, l'autre n'a qu'un fils stérile.
A l'extinction des Valois, la maison de Bourbon accède au trône de France (1589).
PIECES JUSTIFICATIVES A