LA MALADIE DE CHARLES IX EN OCTOBRE
Le 31 octobre (1573), le secrétaire du roi, Pinart, écrit à la Ville que « le roy a esté un peu indisposé depuis deux jours, mais grâces à Dieu il se porte maintenant fort bien, espérant partir d'ici lundy prochain pour s'acheminer en son voyage ; dont je n'ai voullu faillir de vous advertir, afin que vous n'en soyez point en peyne. » Reg. H. 1787, ap. f° S/jO.
Le 1®"^ novembre, le roi lui-môme adresse à la Ville les explications qui suivent sur sa maladie :
De PAR LE Roy : Très cbers et bien amez, nous arrivasmes, il y a quatre jours en ce lieu, où nous nous trouvasmes ung peu mal disposé, qui a esté cause que nous y sommes arresté pour nous reposer et prandre quelque purgalion, affin de nous guarir, comme espérons. Dieu aydant, que nous serons entièrement dedans quatre ou cinq jours, et que nous poursuivrons après nostre voyage de Nancy et de Metz, pour conduire nostre très cher et très amé frère le roy de Polongne, suivant nostre délibération, dont nous avons bien voulu donner advis, affin que, si d'avanture l'on faisoit courir d'autre bruict de nostre indisposition,
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VOUS en saichiez la vérité, qui est telle que ce que nous vous en escripvous cy-dessus et n'en croyrez autre chose. » Donné à \'itry-le-François, le premier de novembre do73. Ainsi signé: Chaules ; et au dessoubz : Pinart et, à côté, sont escriptz ces mots : « Ne voulions vous celler que les médecins disent qu'il y a quelque apparence que c'est la petite vérolle, combien que nous l'ayons déjà eue une fois, toutefois, grâces à Dieu, nous n'avons aucune fiebvre, et conimance la graine et petites pustulles qui nous sont sortiz à maturer et blanchir de sorte que nous espérons estre bien tost du tout guary (\).
Le 12, le roi écrit une seconde lettre, datée de Vitry-le-François, pour annoncer à la Ville de Paris que le roi de Pologne s'est mis le même jour en route pour son royaume, mais que, par suite de sa maladie (2), il a dû laisser la reine-mère et le duc d'Alençon « faire compagnie à son dict frère le roi de Polongne, le reste du chemin jusqu'à Metz ».
Charles IX venait enfin de se débarrasser de son « très cher et très amé frère le roi de Pologne », et pour être bien sûr que ce n'étoit pas un faux départ, il l'avait reconduit avec toute la cour vers les Marches d'Allemagne. Mais Charles IX avait été obligé de s'arrêter à Vitry-sur-Marne. 11 était
(1) Cité par RoniQUET, op. cil., p. 655.
(2) La santé de Charles IX n'était pas rétablie le i février 1571, car le secrétaire Pinart écrit à cette date au prévôt des marchands, M. le Charron, « que le roy n'a pu lire ses despesches parce qu'il estoit ung peu indisposé. »
épuisé « par une fièvre lente qui croissait tous les jours, ce qui donna à deviser à toutes sortes de gens, accordant à cette maladie les menées de la reine-mère pour prolonger le parlement du roy de Pologne jusques après Thyver, les regrets de cette princesse qui n'estoyent pas peu violents, tesmoignez avec aigres paroles (1). »
De Tlîou fait exactement les mômes réflexions que d'Aubigné sur le caractère singulier de la maladie de Charles JX (t. Vil, p. 23). 11 est intéressant de rapprocher de ces deux appréciations d'historiens comme de Thou et d'Aubigné, les lettres de Charles IX à la Ville de Paris, que nous venons de reproduire, lettres dans lesquelles le royal malade explique et précise les symptômes de son mal (2).
Charles IX, en proie aux cruelles souffrances qui devaient l'emporter à quelques jours de là (cette lettre (3) est du 2/i mai, et il mourut le 30), parle de sa santé ou plutôt de sa maladie, comme s'il n'était pas condamné à brève échéance. Il ne se doutait
(1) D'Aubigné, Hisl. Univ., col. 669.
(2) RoBiQUET, op. cit.
(3) Nous la reproduisons d'après le Cabinet liistorique, de L. Paris, t. H, pp. 239-240.
pas, à coup sûr, de la gravité de son mal et s'abusait sur son état : il n'est pas rare de voir les phtisiques, arrivés à la dernière période, s'illusionner ainsi jusqu'au bout.
Monsieur de Matignon,
Le surplus de ma lettre sera pour vous dire et assurer que grâces à Dieu, je voye tousiours de bien en mieulx en ma guérison. Ne me restaiit plus qu'à me fortifier comme je fais de sorte que j'espère estre bieutost du tout achevé de guairir. J'ay eu depuis jeudi dernier quelque petit accès de lièvre de double-tierce, mais les médecins asseurent que cella aidera fort bien à m'achever du tout de bien guairir, dont aussi je vous ay bien vouUu adverlir et les gens de bien qui sont avec vous, sçachant certainement que ces bonnes nouvelles-là vous seront et à eulx, et aussi à mes autres bons subjects, estimé par delà très agréable ; priant Dieu, Monsieur de Matignon, vous avoir en sa sainte garde.
(.le) me porte fort bien grâces à Dieu, mais je seray encores plus content et me trouveray beaucoup mieulx quand je sauray la prinse de Dompfront et de Montgommery et des autres places que tenés assiégées; à quoi je m'asseure que vous et les gens de bien qui sont par delà pour mon service ne perdez point de temps etferésen sorte que Montgommery et Colombieres ne se sauveront pas ; prenez-y bien garde, je vous prie, sur tous les services que vous désirez me fere. — Escript au bout le Linarmur (?), le XXIIIj'' jour de May, t574.
Chablks.
[Let. des Rois et Reines de Fr., Ms Egerlon, 5.)