RECIT DES OBSEQUES DE LA REINE-MERE FAITES A SAINT-DENIS
La Reine ayant marqué par son testament qu'elle souhaitait d'estre inhumée dans l'église de Saint- Denis auprès du feu Roy Henry IV, son Epoux, Le Roy Louis XllI son fils donna les ordres nécessaires pour transporter son corps d'Allemagne en France, ce qui ne fut pas si tost exécuté.
Gepandant les Religieux de Saint-Denis de leur propre mouvement célébrèrent un service solennel l'onzième d'Aoust pour cette princesse. Au mois de mars suivant son corps estant prest d'arriver à Saint- Denis, Dominique Séguier de Ligny Evesque de Meaux premier aumosnier du Roy fut envoyé de Sa Majesté pour régler les Cérémonies de la Réception. Le septième de mars il fit tendre de deuil la Chapelle de Saint-Eustache qui est dans la partie supérieure de l'église.
(1) Document trouvé au dos d'une estampe de la collection Hennin et qui nous a été communiqué très obligeamment par le docteur l*aul Guillon.
Le lendemain qui estoit un dimanche le convoy arriva près de Saint-Denis sur les trois heures après midy. L'evesque de Meaux qui avoit ordre de ne faire recevoir le corps que sur les sept heures du soir et sans beaucoup de solennité, fit rester le chariot hors la ville près de l'Eglise Saint -Remy. Sur les six heures le Clergé et la Justice de La Ville sortirent au devant du convoy : et environ cent pas hors de la porte de Saint-Rcmy, les Religieux de Saint- Denis tous en chappes, et un cierge à la main, receurent le Corps de la feue Reine-Mère. L'officiant ne put s'empescher de se plaindre au sieur de Percy chef du Convoi, de ce qu'il ne se trouvait aucun Ecclésiastique pour présenter le corps selon la coutume, et pour attester que c'estoit celuy de la feue Reine Marie de Médicis, et qu'elle estoit décédée munie des derniers sacremens dans la communion de l'église Catholique.
Après les prières accoutumées, le Convoy accompagné d'environ cinquante flambeaux marcha vers l'église où le Corps fut mis d'abord dans le Chœur pendant que Ion chanta les vêpres des morts; et ensuite déposé dans la Chapelle de Saint-Eustache, Il y resta jusqu'au vingtiesme may sur une estrade environnée d'un balustre avec des cierges allumez à Tentour, après quoy le cercueil fut descendu dans le caveau des Bourbons, et posé a costé de celuy d'Henry IV. Le vingt huitiesme d'Avril le cœur de
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la feue Reine, qui avait esté apporte avec le corps, fut rerais par ordre du Roy entre les mains des Jésuites, pour le porter à La Flèche auprès de celuy du Roy Henry I V, leur fondateur.
L'on lit sur cette malheureuse princesse, le sonnet satirique qui suit en forme d'Epitaplie.
Le palais florentin rae donna le berceau. Le Louvre de Paris a veiï briller ma gloire; Le nom de mon Epoux d'Immortelle mémoire Est placé dans Le Ciel comme un Astre nouveau.
Pour gendres J'eus deux Rois, pour fils ce clair llambeau Qui de mille rayons éclate dans l'histoire. Entre tant de Grands Rois, se pourroit-il bien croire? Je suis morte en exil, Cologne est mon tombeau.
Cologne, œil des Citez de La terre Allemande,
Si jamais un passant curieux te demande
Le funeste Récit des maux que J'ay soufferts,
Dis, ce triste cercueil chétivement Enserre La Reine dont le sang règne en tout L'univers, Qui n'eut pas en Mourant un seul pouce de terre.