CHARLEMAGNE ET PEPIN LE BREF
(Bibliothèque Ducale de Gotha, n» 84, f» 148.)
[Collection Boinet].
de la maladie : il eut des accès de fièvre passagers et des crises douloureuses de rhumatisme — ou de goutte.
On prétend que c'est en revenant de la chasse qu'il éprouva les premiers symptômes du mal qui devait l'emporter.
D'après la version la plus généralement acceptée, une pleurésie se déclara et le septième (1) jour de sa maladie, le 28 .janvier, à neuf heures du matin, après avoir reçu la communion, Gharlemagne, âgé de près de soixante-douze ans (2), rendit son âme à Dieu (3), qui lui avait confié sur la terre la plus
d'usage pour lui-même ; que son unique remède dans ses maladies, d'aifteurs peu fréquentes, éloit la diète. » Gaillard, Hisloire de Charlemagne, t. II, pp. 152-153.
(1) « Il fut saisi d'une fièvre qui l'emporta en sept jours. » Gaillahd, t. II, loe. cit.
(2) Le lieu de naissance et la date de la mort de Charlemagne ont été l'objet d'une controverse qu'on trouvera parfaitement exposée dans Warnkoenig et P.-A.-F. Gérard, Histoire des Carolingiens, t. I, pp. 140 et suiv.
(3) Le peuple ne croit pas que les grands hommes et les grands rois puissent mourir, sans que l'ordre des éléments soit troublé, sans que des signes célestes annoncent cet événement. On renouvela, pour Charlemagne, l'histoire de tous les préfendus prodiges dont on veut que la mort de César ait été précédée, accompagnée et suivie. « Ces prodiges, dit Mézerai, en parlant de ceux qui concernent Charlemagne, furent capables d'étonner ceux même qui n'y ajoutent point de foi. On érigeoit tout en présage. » Histoire de Charlemagne, auct. cit., t. II, p. 170.
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grande mission qu'aucun chef d'Etat ait jamais accomplie (i). »
Le docteur Bougon ne partage pas l'opinion commune. « Ce fut certainement une pneumonie aiguë franche qui l'emporta en six jours », écrit notre confrère, et voici son argumentation.
A cette époque, on ne savait pas encore ausculter et les médecins donnaient lé nom de pleurésie à toute affection caractérisée par une douleur dans le côté (uXeucov, en grec : d'où l'on a fait pleuresis, point de côté). Mais, aujourd'hui, il n'est pas possible de méconnaître une pneumonie dans une maladie qui se caractérise :
V Par une fièvre vive à début subit ;
2° Par un point de côté qui se déclare consécutivement ;
3° Par un affaiblissement progressif ;
/i° Par une fièvre continue, avec soif intense et perte d'appétit.
Il y manque, pourrait-on objecter, un sympt'ôme : c'est l'expectoration. Mais, chez les vieillards, la pneumonie ne s'accompagne que très rarement de ce symptôme, pour ne pas dire exceptionnellement.
La vieillesse, a dit depuis longtemps Charcot (2), imprime à toutes les manifestations morbides un cachet particulier... Il existe pour le vieillard des immunités spé-
(1) VÉTAULT, Charlemagne, p. 454.
[ (2) Charcot, Leçons sur les maladies des vieillards.
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ciales... Aussi les désordres les plus graves se traduisent-ils par des symptômes peu accentués : ils peuvent même passer inaperçus, et c'est dans l'âge sénile qu'on observe le plus grand nombre de maladies latentes. C'est surtout dans la pneumonie lobaire qu'on remarque cette absence presque complète des signes généraux.
Tous les pathologistes sont d'accord sur ce point. « Chez le vieillard, dont l'organisme réagit peu, écrit le professeur Dieulafoy (1), la première pneumonie est insidieuse, le frisson est insignifiant, et le point de côté peut passer inaperçu; la coloralion du visage et la sécheresse de la langue soid quelquefois les seuls signes révélateurs ; c'est en vain qu'on attend les crachats rouilles^ qui n'apparaissent pas... en un mot, la pneumonie est défigurée par l'âge de l'individu. »
Si l'on veut bien se rappeler que Gharlemagne (2) était dans sa soixante-douzième année quand il a succombé, on acceptera que les observations précédentes s'appliquent de tout point à son cas.
Des réserves doivent cependant être faites, étant donnée l'insuffisance de la description clinique de la maladie dont nous avons cherché à interpréter les trop vagues symptômes.
(1) Dieulafoy, Manuel de pal hologie interne, t. I (1885), p. 113.
(2) Sur la personne de Gharlemagne, voir ce qu'en dit son contemporain et secrétaire Eginhard ; il n'est pas de récit plus pittoresque et, ce qui vaut mieux, plus véridique. (Cf. Warn KOEXiG, op. cit., I, pp. 285 et suiv.)
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