‹ Les moteurs à explosions dans la marine de pêcheChapitre 171 sur 171 · ÉCOLE DE PÈCHE DE LA ROCHELLE · texte numérisé non relu

ÉCOLE DE PÈCHE DE LA ROCHELLE

Nous donnons ci-après l’appel qui a été fait aux pêcheurs par l'Ecole de pêche de La Rochelle :

« Marin-pêcheur, jeune ou vieux, si tu devais traverser un pays inconnu, le ferais-tu sans, au préalable, t’être renseigné sur les routes à suivre, les passages à traverser, les dangers qui peuvent se présenter? Non, certainement, tu voudrais être averti, car il vaut mieux prévoir que voir, et tu traiterais de folie l’action de celui qui s’engagerait à l’aveuglette dans une telle aventure.

Dans ces conditions, pourquoi, patron d'hier, d'aujourd'hui ou de demain, te risques-tu sur l’océan, là où les passages ne se reconnaissent pas, où la vague d’un endroit ressemble à celle d'un autre endroit, où les seuls guides que tu puisses avoir sont les instruments nautiques : loch, compas, sonde, sextant, qui te permettent de reconnaître tes routes, et les cartes où tu devrais pouvoir les tracer et les vérifier ; pourquoi te risques-tu sur l’océan qui sert de tombeau à tant de ceux que tu as connus sans savoir parfaitement te servir de ces instruments et des ouvrages publiés pour te faciliter l'exercice de ta profession? Tu es celui qui part en aveugle, droit devant lui, sans savoir par où il passera et $ans se demander comment il reviendra.

Que doit connaître un bon patron pour mener son navire en toute sécurité?

Manœuvrer un bateau est un jeu pour tout marin après

quelques années de pratique, et, ainsi que la pêche, cela ne

s’apprend pas dans une école ; mais pour aller sur les lieux de pêche, pour les retrouver, pour s’y maintenir, pour en revenir, et enfin pour atterrir, il est nécessaire de savoir autre chose, et ceci ne s’apprend pas dans une école, avec un professeur patient et expérimenté ; il faut savoir faire le point, il faut savoir tracèr sà route sur sa carte, il faut savoir utiliser cette route tracée et la suivre exactement ; il faut pouvoir, surtout maintenant que le pêcheur s'éloigne de plus en plus des parages qui lui sont familiers, aller n'importe où et par le chemin le plus court et le plus sûr.

Quels sont les devoirs d’un bon patron et quelle est sa responsabilité ?

Un bon patron doit non seulement bien manœuvrer son navire et rapporter du poisson en quantité suffisante, mais il a aussi le devoir de faire tout ce qui est humainement possible pour ne pas exposer inutilement la vie des hommes de son équipage et le navire qui lui est confié. Or, celui qui prend le commandement d'un bateau sans être certain de pouvoir le diriger exactement et le ramener au point voulu, met souvent en péril son navire, la vie de ses marins et la sienne propre ; il risque de les égarer ou de les mener dans des parages dangéreux. Le marin qui prend le commandement d’un bateau sans s'être donné la peine d’apprendre l'usage des instruments nautiques et des Cartes, sans avoir appris à faire le point et à l'utiliser, est coupable de négligence grave vis-à-vis de ses armateurs, des hommes qui lui sont confiés et de lui-même. Si, à cause de cette négligence, il perd son bateau ou lui cause de sérieuses avaries, il peut être condamné par les tribunaux maritimes au retrait temporaire ou définitif de la faculté de commander, à une amende très élevée et même à un emprisonnement qui peut durer des années. *

« Le patron qui ne sait pas faire son point peut, en bien des cas, et à cause de cela, être traité comme un véritable cri-

iminel ».

TO et

Où peut-on apprendre à faire le point? Est-ce bien difficile ?

La Société 1” « Enseignement technique et professionnel », dans sa bienveillante sollicitude pour les marins-pécheurs, a installé dans différents ports de la côte de France des écoles absolument gratuites où les patrons ou futurs patrons peuvent vénir apprendre. On leur yÿ fournit le papier, les livres, les instruments et les cartes, sans qu’il leur en coûte un centime. Des professeurs expérimentés leur expliquent tout ce qu'ils doivent savoir.

En échange, que leur démande-t-on? D'abord de l'attention et de la politesse, car, pour apprendre, il faut vouloir ; ensuite de l’assiduité et de la persévérance, car ce qui ne peut s’apprendre ou se comprendre du premier coup, finit par pénétrer peu à peu dans les cerveaux les plus rebelles, ainsi, l’eau tombant goutte à goutte perce à la longue le marbre le plus dur ; enfin, de la bonne volonté, les occasions de profiter des leçons ne se présentent pas tous les jours. Aussi faut-il faire le possible pour venir à l’Ecole chaque fois que le bateau est dans le port.

Apprendre à faire le point et à se servir des instruments nautiques ne demande que de l’assiduité, de la bonne volonté et de la persévérance, à tous ceux qui connaissent les quatre règles de l’arithmétique et ceux qui ne les connaissent pas peuvent également venir à l’école, on leur apprendra.

Quels avantages le patron pêcheur retire-t-il des enseignements reçus ?

Tout d’abord il utilisera mieux son bateau, il ne perdra plus de temps, puisqu'il pourra toujours suivre le plus court chemin, il aura plus de tranquillité d'esprit, connaissant parfaitement la route qu'il suivra ; il gagnera plus d'argent, car il retrouvera facilement les lieux de pêche avantageux et fera un plus grand nombre de marées ; enfin, s’il lui arrive par un

malheureux hasard de perdre son navire, de l’échouer ou de

lui faire de graves avaries, sa responsabilité sera complète-

ment à couvert, puisque ces accidents rentreront dans la catégorie des risques de mer pour lesquels il ne peut être punissable. : PEL D'autre part, comme prochainement le brevet de patron sera exigé pour commander les navires de pêche à voiles ou à vapeur et toucher la pension de ce grade, il n'aura pas à s’inquiéter du nouvel état de choses, puisqu'il pourra facilement acquérir le brevet.

Le jeune homme qui n’a pas encore l’âge de commander a tout avantage à suivre les cours de l’Ecole de pêche : pourvu

du diplôme délivré en fin d’études, il est désormais levé comme

matelot de deuxième classe, et reçoit, dès son entrée au service,

jusqu'à 100 points supplémentaires pour l’avancement. Ceci vaut la peine de venir chaque fois qu'il est possible à l'Ecole de pêche, où on ne paye rien et où on est toujours certain d’être bien accueilli.

Enfin, les patrons et marins ont le devoir d'envoyer les mousses et novices apprendre à travailler le filin, le filet et à coudre aux voiles, car ils rendront ainsi de meilleurs services à bord des bateaux, tout en s’instruisant des choses de la profession. Un professeur très expérimenté est spécialement chargé

de leur montrer à travailler. »

Bulletin de l'Enseignement des Pêches, 1913, p. 69.

Vu : Le Président de la Thèse, A. SOUCHON.

Vu. Le' Doyen, F. LARNAUDE.

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