‹ Les moteurs à explosions dans la marine de pêcheChapitre 60 sur 171 · TITRE II · texte numérisé non relu

TITRE II

Avant d'entreprendre l’étude approfondie de l'application du moteur aux bateaux de pêche et sans préjuger des enseignements qu’elle nous apportera, nous synthétiserons, en quelques mots, les notions que nous avons déjà eu à plusieurs reprises l’occasion d'acquérir sur les avantages que procure au voilier l’aide de la propulsion mécanique.

La propulsion mécanique par le moteur à explosions assure l'abondance et la régularité de la pêche.

Elle assure l’abondance, car, par son emploi, la faculté de déplacement et donc le rayon d’action du bateau est accru. Le pêcheur peut ainsi pénétrer dans une zone qui, jusqu'alors, lui était interdite et, au lieu de travailler sur des fonds côtiers épuisés, de faible rendement, il a à sa disposition des terrains de pêche neufs et productifs.

Elle assure la régularité puisque, soustrayant le bateau au régime des vents, elle autorise des sorties aussi fréquentes que le permet l’état de la mer et des rentrées au port à heure fixe.

Cette abondance et cette régularité de la production ont

comme conséquence directe la possibilité d'extension du mar-

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ché, l'organe de cette extension, le train de marée ne pouvant apparaître que là seulement où s'offre un produit abondant et régulier.

Nous savons, d’ailleurs, qu'à son tour, l’accroissement des débouchés favorisera la modernisation du matériel.’

Un auteur, dont le nom revient souvent dans le cours de ce travail, M. Hérubel, dit, à propos de la question sardinière, toujours d'actualité, malheureusement : « L’unique solution consiste à rendre plus régulière la production et cela n’est possible qu’en changeant radicalement les méthodes de pêche. II faut que nos marins bretons, imitant les Danois et les Arcachonnais, remplacent leurs misérables chaloupes à voiles par des chaloupes à moteurs. Depuis de nombreuses années, les bateaux thonniers, les navires de grand cabotage, signalent la présence des sardines au large, alors même qu’il n’y en a pas le long de la côte. Eh bien! toute la question est d’aller les y chercher. Au temps des pinasses à voiles, l’industrie sardinière sommeillait à Arcachon. C’est la pinasse à moteur qui la fait florissante ».

Et dans un discours à la Chambre, le 6 juin 1913, M. Le Bail généralisait ainsi :

« À mesure que les moyens d'attaque se développent avec la pêche organisée, les moyens de défense des poissons se modifient à leur tour.

S'il paraît bien que la pêche intensive ne détruit pas la race des poissons, il résulte de l’observation récente que les poissons se déplacent et qu'’effrayés, ils fuient les côtes.

Pour citer un exemple particulier à la pêche de Bretagne, je dirai que les eaux littorales de la baie d’Audierne fourmillaient autrefois de merlus, qui constituaient pour les populations maritimes de ce pays une proie annuelle nombreuse, lucrative et assurée.

Les chalutiers sont venus, il y a vingt ans, et, depuis lors,

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les bancs de merlus se sont déplacés, d’où la nécessité d’aller pêcher au large ou au loin ces espèces, ou de se livrer, pour vivre, à des pêches de remplacement.

A côté des grandes pêches de Terre-Neuve, d'Islande, du Doger-Bank, d’autres pêches sont nées, se sont développées, comme la pêche sur les côtes de Mauritanie ou sur les côtes anglaises (Sorlingues).

Enfin, la pêche du thon, qui se pratiquait autrefois à trente | ou quarante lieues du littoral, se fait actuellement jusqu’à cent cinquante lieues des côtes et même à l’ouest de l'Irlande.

D'où la nécessité de construire des bateaux plus forts, tenant mieux la mer et de se procurer aussi des bateaux mixtes pour rallier plus tôt le port après la campagne de pêche et mieux

assurer la conservation du poisson pêché. »

Si le moteur à explosions n’est pas la panacée infaillible et unique à la crise de la pêche, il est tout au moins l’un des meilleurs moyens que le progrès offre aux pêcheurs pour conquérir le mieux-être auquel leur donne droit l’exercice d’un

métier toujours pénible et souvent périlleux.

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